‹ Une femme apôtreChapitre 32 sur 69 · A SON AMIE DE RENNES · texte numérisé non relu

A SON AMIE DE RENNES

« Saint-Servan, i8 juillet 1839.

« Vous êtes bien bonne, ma chère Marie, de profiter de toutes les occasions pour m'écrire. Oui, vous

(1) Plusieurs de ces strophes sont tirées des poésies de Madame Darbouville. ■ - ' -' —

avez à souffrir et beaucoup à souffrir ; vous ignorez la volonté de Dieu sur vous ; moi, je la connais. Combien mon cœur est mieux que le vôtre ! Cependant je me 1 rompe, l'une et l'autre nous sommes à Dieu entièrement, vous, dans les ténèbres, moi, dans la clarté, vous, dans la pauvreté, moi, dans l'abondance ; ainsi notre bonheur est le même. Peut-être êtes-vous bien plus avant dans l'amour de Jésus ! Moi, j'aime les consolations de Dieu, et vous le Dieu des consolations. L'abbé Martin, que je vis hier seul pendant une heure, me dit qu'il était impossible, si Dieu m'appelait à faire du bien, que je restasse ainsi dans l'opulence spirituelle. « Un jour, me disait-il, Jésus vous fera M boire à son calice. Refuserez-vous de tremper un « peu vos lèvres à cette coupe amère, qu'il a épuisée « jusqu'à la lie? »

« Lorsqu'il m'eut prouvé que tous les saints avaient passé par les déserts de la désolation, avaient marché dans les ténèbres, dans les angoisses, sans douceurs sensibles, sans goût ni sentiment, il me prit presque honte d'être ainsi gâtée. Il faut que je sois bien faible, puisque Dieu me traite comme un enfant que la moindre difficulté rebuterait , puisqu'il me nourrit, comme dit saint François de Sales, de lait et de miel ! »

Le jour du départ de Monseigneur de la Hailandière était arrêté, le rendez-vous était fixé au Havre, quand on apprit que la congrégation d'Alsace, qui avait promis des sujets à l'évêque de Vincennes, venait de re-

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tirer sa parole. Quel que fût le motif qui la fit agir, le refus était formel, irrévocable, et le départ d'Irma se trouva forcément ajourné (1).

(1) Le Révérend Père Merfian, supérieur des religieuses d'41sace (appelées aussi Sœurs de la Providence),avait promis une somme d argent pour leur établissement aux États-Unis. En dégageant sa promesse (pour des raisons qui nous sont restées inconnues).il donna néanmoins vingt-cinq mille francs au Révérend Père Benoit, qui alla les chercher de la part de son évoque. La terre de Sainte-Marie-des-Bois fut achetée avec une partie de cet argent et les Sœurs de Ribeauvillé devinrent ainsi les agents de la Providence pour celles de Ruillé -sur-Loir.

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