‹ Une femme apôtreChapitre 49 sur 69 · VOYAGE DE LA MERE THEODORE EN FRANCE. — SON RETOUR EN AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

VOYAGE DE LA MERE THEODORE EN FRANCE. — SON RETOUR EN AMÉRIQUE

En arrivant à Vincennes un an après les premières sœurs parties de France, ce que la sœur François- Xavier craignait davantage, c'était de ne plus retrouver dans la mission de Sainte-Marie-des-Bois cette pauvreté qui avait pour elle autant d'attrait qu'elle inspire ordinairement de répulsion aux gens du monde. Dans les premiers temps qui suivirent le départ de la mère Théodore, quand on flattait Irma de l'espérance d'aller un jour la rejoindre : « Hélas, disait-elle, j'arriverai trop tard, nos sœurs auront pris pour elles toute la pauvreté ! » Dieu, qui connaissait ses désirs, voulut bien lui accorder sa large part de ce trésor qu'elle estimait tant. La maison n'était pas achevée quand elle arriva en Amérique; les sœurs logeaient encore dans le grenier, et elle put s'associer à toutes leurs privations quotidiennes. Cependant, à la fin de l'année, leur habitation se trouva à ju u près terminée ; mais

avant de songer à y trouver un abri pour elles-mêmes, elles s'étaient hâtées d'y établir des classes, où les enfants purent être admises au mois de juillet 1841, et, l'année suivante, elles fondaient une maison à Jasper et à Francisville, où elles étaient ardemment désirées.

Par les soins des sœurs, et souvent par leurs mains, une partie de la forêt avait été mise en culture ; la moisson avait répondu aux travaux et aux espérances, et les récoltes abondantes, mises en sûreté dans les greniers et les granges, allaient permettre aux sœurs de passer en paix la saison de l'hiver. Pendant qu'elles remerciaient Dieu de cette faveur, quelques protestants, qui, en haine de la religion catholique, voyaient avec peine des religieuses s'établir auprès d'eux, essayèrent de les éloigner en mettant le feu à la ferme de la communauté, qui contenait toutes les récoltes. Elle était construite en planches; aussi, dans un instant, tout devint la proie des flammes.

Malgré l'aversion que la mère Théodore éprouvait pour les dettes, il lui avait bien fallu en contracter quelques-unes pour bâtir sa maison. Après cet incendie, non seulement elle ne trouva plus à emprunter, mais ses créanciers se hâtèrent de réclamer ce qui leur était dû. Une fallait pas que les jeunes filles confiées par leurs parents eussent à souffrir des privations que les sœurs devaient s'imposer ; et, pendant plusieurs jours, celles-ci manquèrent même de pain.

pour ne rien retrancher de la nourriture des pensionnaires.

La sœur François-Xavier écrivait à Mademoiselle Payan :

« Tu es si peu courageuse, ma chère Elvire, que je ne sais si je dois te dire que le feu a pris à notre petite ferme et l'a consumée entièrement. Elle contenait notre récolte de blé pour cet hiver et les provisions de tous nos bestiaux. Nous sommes obligées maintenant de les vendre ou de les tuer, pour les empêcher de mourir de faim. J'avais envie d'écrire à M. Dupont, parce que lui, qui connaît la valeur des croix, aurait remercié Dieu pour nous ; mais tu aurais dit que je te traitais en âme faible, si je ne te faisais pas part de nos malheurs. Eh bien, remercie donc le Seigneur de ce qu'il daigne nous éprouver. Nous avons été trois jours sans pain, après notre incendie ; ce qui n'empêche pas ma santé d'être meilleure qu'enFrance. Les pommes de terre d'Amérique sont excellentes ; et puis. Dieu peut bien faire des miracles pour l'estomac comme pour le cœur. »

Monseigneur de la Hailandière n'était pas à même de venir en aide aux sœurs ; la mère Théodore, qui connaissait sa pauvreté, ne pouvait donc songer à chercher près de lui des ressources dans sa détresse, et pourtant il en fallait pour continuer cette œuvre, que ni les sœurs ni elle-même ne songèrent pas un seul instant à abandonner. Elle tourna ses yeux vers

272 UNE FKMME APOTRE

la France, et l'évêque approuva son projet d'aller y chercher des secours pour sa mission.

Il lui donna une lettre de recommandation explicite et très pressante.

Munie de cette autorisation, la mère Théodore n'hésita plus à entreprendre ce long voyage. Elle confia sa maison, pour le temporel, à des mains plus capables de la conduire que celles de la sœur François-Xavier ; mais elle chargea celle-ci du soin des âmes, bien certaine qu'elle ne négligerait rien pour entretenir parmi les sœurs l'esprit religieux.

La mère Théodore arriva en France en 1843. Elle était accompagnée d'une jeune novice, sœur Mary Cécile, celle-là même qui devait la remplacer plus tard comme supérieure en Amérique. Ce fut pendant sa quête en Bretagne qu'elle alla visiter les parents de la sœur François-Xavier, qui ne la connaissaient pas encore et devaient être si heureux de recevoir celle qui désormais les remplaçait près de leur fille.

Bien que la mère Théodore possédât tout ce qu'on pouvait désirer pour attirer l'intérêt sur une œuvre qui se recommandait d'elle-même, Dieu, qui voulait sans doute l'éprouver, permit que sa quête n'eût d'abord aucun résultat satisfaisant. Ses fatigues étaient extrêmes, le temps s'écoulait, et elle se demandait avec anxiété si elle devait retourner en Amérique sans apporter à la maison le secours sur lequel elle comptait, ou prolonger une absence qui semblait inutile et

UNE FEMMK APÔTRE 273

pouvait devenir préjudiciable à son établissement. Ce fut dans ces circonstances que la Providence, qui n'abandonne jamais ceux qui se confient à elle, lui ménagea un secours inespéré en lui faisant rencontrer, dans une maison pieuse, un des rédacteurs du journal ï Univers.

Il fut touché des souffrances et du dévouement de la bonne mère Théodore et de ses filles, et, n'ayant pas beaucoup d'argent à lui offrir, il lui donna plus qu'une aumône, en mettant sa plume à son service.

Faut-il dire qu'il ne savait pas si bien faire? Et après avoir promis pour la quête le concours de la bourse bien légère de ses collaborateurs et tout leur appui, il céda à la vive impression qu'il avait emportée ôies récits de la bonne mère Théodore en cherchant à en rendre quelque chose aux lecteurs de l'Univers. Sa mémoire fut assez fidèle, les deux acticles qu'il consacra à Sainte-Marie-des-Bois reçurent une bénédiction particulière et éveillèrent une sympathie générale. L'Univers n'avait alors que bien peu de lecteurs; mais, comme M. L. Aubineau le dit lui-même, les bons anges prirent soin d'en diriger les feuilles partout où la bonne mère Théodore avait besoin d'avoir accès. La quête devint facile et fructueuse. Le P. Lacordaire et Monseigneur Forbin de Janson s'engagèrent à prêcher en faveur des pauvres missionnaires de rindiana. Tout promettait uh heureux et rapide succès, lorsqu'une lettre de Monseigneur de la

Hailandière rappela la mère Théodore en Amérique. Elle savait que son départ allait briser ses espérances et arrêter l'élan qui se formait en sa faveur ; mais l'obéissance demandait son retour, et, confiant ses intérêts aux soins de Dieu, elle n'hésita pas à repartir. Ce départ, commandé par l'obéissance, devait entraîner bien des mécomptes. Les médecins défendirent la chaire à Monseigneur Forbin de Janson; pour quelque autre motif, le Père Lacordaire ne put donner le sermon de charité promis à la mère Théodore. Heureusement ses amis de VUnivers ne furent pas de ceux que l'absence rend indifférents. Ils continuèrent à solliciter et à recevoir les aumônes. Ils réunirent les deux articles de M. Aubineau dans une petite brochure qui ne laissa pas d'entretenir et de développer la généreuse sympathie qu'ils avaient eu la joie de voir s'éveiller. Grâce à leur concours, la bon^ie mère Théodore, en quittant la France, emportait une douzaine de mille francs. C'était à peu près la moitié de ce qu'elle avait' espéré et de ce qu'elle jugeait nécessaire. Mais diverses aumônes la suivirent en Amérique, et, en tout cas, la somme qu'elle emportait lui permettait d'attendre des jours meilleiipg^ Elle a toujours dit que le bon Dieu s'était servi ^^^ charitables rédacteurs de VUnivers pour contiJ^^gï. son œuvre naissante. L'intérêt qu'ils avaient m^j^^^^ à la mère Théodore en France ne s'affaibht pas q^^q le temps. Ils restèrent pour la communauté ^jeg

bienfaiteurs et des amis. Les sœurs de la Providence n'ont pas perdu le souvenir de ce qu'elles leur doivent, et sont heureuses d'avoir l'occasion de leur exprimer dans ces lignes leur fidèle reconnaissance.

Lorsque le voyage de la mère Théodore en Franco fut décidé, Irma écrivit à sa mère :

«20 avril 1843

« combien vous allez être heureuse, ma bonne mère, de la misère qui nous oblige à nous séparer de notre chère supérieure ! Je suis presque tentée d'oublier mon sacrifice en pensant à votre joie. Vous allez donc voir qu'on peut revenir de l'autre monde ! Vous allez parler de moi avec celle à qui vous m'avez permis de donner mon cœur. Vous allez bien vous occuper de notre œuvre pendant le passage de la mère Théodore à Saint-Servan I Je vous recommande surtout de prier le bon Dieu pour qu'il vous inspire des paroles et des moyens de réussite... »

Et plus tard elle ajoute : « Je ne suis pas étonnée que vous ayez trouvé notre mère si parfaitement à votre goût, il est rare de réunir plus de qualités et dans un si haut degré. Elle-même me dit qu'elle n'a pu vous quitter sans bien de la peine. »

A SA MÈRE, PENDANT l' ABSENCE DE LA MÈRE THÉODORE

« 4 décembre 1843.

« Hier, fête de saint Xavier, j'ai senti que ma chère famille avait prié pour sa pauvre Irma. Sœur Olympiade me dit le soir que je m'en étais donné. II est vrai que je pleurai comme je ne l'avais fait depuis longtemps. Tant de souvenirs se rattachaient à ce jour, à ce jour le premier de ma vie religieuse ! Je pleurai et je pleurerai encore bien des fois, à inoins que notre mère ne me le défende. J'avais si grand peur d'être religieuse, j'avais fait tant de choses pour ne l'être jamais, que je ne puis penser, sans me dis' soudre en larmes, que Dieu m'a fait cette immense faveur d'être à lui par des vœux perpétuels. Je ne trouve pas de plus grand bonheur que de vous parler de cette grâce. Ma vocation me semble plus belle tous les jours. Plus nous voyons de près les choses de la terre, plus nous découvrons leur néant; mais plus nous examinons Dieu, plus nous trouvcftis en lui de perfections. Ma bonne mère, quoique ce bon Sauveur soit aux rehgieuses plus qu'à tout autre leur bien, il est entièrement à vous (1).

« J'aime à prier pour vous et pour mon père, po»r

(1) Le Père Varin disait : « Je me suis donné parfois le plaisir de rechercher de combien de sortes Jésus m'appartenait, et je me suis convaincu qu'il n'y a rien au monde dont je sois autant propriétaire comme de Jésus. »

lequel je suis toujours tentée de désirer les meilleurrj dons, à quelque prix qu'il doive les payer. S'il est mécontent de mon ambition, il me le dira, ce père bien-aimé. Vous l'embrasserez bien pour moi en lui ■ souhaitant uub bonne année, ainsi qu'à tout le chei monde de Lorette. Nous parlerons de vous tous avec la mère Théodore, qui a été parfaitement reçue par la reine Amélie. Bien qu'en parlant de ses enfants de la forêt elle se soit mise à pleurer, cela n'a pas empêché un bon résultat (l). »

Le retour de la mère Théodore en Amérique ne s'effectua pas sans de grands dangers. Leur bâtiment, le iXashville, fut assailli par une longue et violente tempête. Bien des fois les pauvres religieuses offrirent à Dieu le sacrifice de leur vie! Elles arrivèrent à la Nouvelle-Orléans le 27 janvier 1844.

Là, une nouvelle épreuve les atteiulait. Le lendemain de leur arrivée, pendant qu'elles assistaient avec bonheur au saint sacrifice de la messe, pour rendre grâce à Dieu de les avoir préservées du naufrage, la mère Théodore fut saisie d'une fièvre maligne qui mit sa vie dans le plus grand danger, et, pendant plusieurs semaines, on la disputa à la mort. La sœur Cécilia et les deux postulantes durent, à leur grand regret, se rendre à Sainte-Marie en confiant leur dhère supérieure aux soins des bonnes Ursulines de

(1). La reine lui accorda son passage gratis, ainsi qnj'à sœur Cé«ilia et aux deux jeunes filles qui parlaient avec ellaB.

278 UNK FEMME APÔTRE

la Nouvelle- Orléans, Ce ne fut que deux mois après son arrivée dans cette ville, que la mère Théodore retrouva assez de forces pour rejoindre ses chères filles de Sainte-Marie-des-Bois, qui l'attendaient avec impatience. (25 mars 1844.)

Son voyage avait duré un an, et, malgré les secours qu'elle avait fait passer de France, souvent la communauté s'était vue réduite à une extrême pauvreté. Les vivres étaient cependant à bien bas prix, et la sœur François-Xavier pouvait encore écrire :

« Chaque fois que nous faisons un bon marché, je pense à mon père. L'autre jour nous avons eu cent huit grosses citrouilles pour quatre francs. La viande se vend cinq centimes la livre ; les œufs, trois sous la douzaine, et la douzaine de poulets, trois francs ; mais, croyez-moi, l'homme ne vit pas seulement de pain, et l'on n'achèterait pas avec tout l'or de l'Amérique le bonheur de notre vie de Bretagne. »

Si faible que fût la somme nécessaire pour acheter des vivres, les sœurs ne l'avaient pas toujours. L'une d'elles disait : « Après le départ de mère Théodore, nous étions bien pauvres : sœur François-Xavier nous consolait de la privation de tout. Souvent, après un déjeuner frugal, nous n'avions rien de reste pour le dîner. J'allais essayer d'emprunter quelque chose, comme des œufs, de la farine de maïs, des pommes de terre. Les gens à qui je m'adressais étaient aussi fort pauvres, et la crainte qu'ils avaient de n'être pas

payés m'attirait souvent des refus ; je revenais alors au logis sans aucune provision. Un jour une veuve, qui avait été blanchisseuse de la communauté, eut pitié de ma détresse : il ne lui restait dans son champ que six pieds de pommes de terre, elle m'en donna quatre, n'en conservant que deux pour elle et sa famille... » Les sœurs de Sainte-Marie ont gardé le souvenir de sa générosité et ont témoigné leur reconnaissance, non seulement à la mère, mais aussi à ses enfants.

La sœur François-Xavier ne partageait pas toutes les souffrances de la communauté. Le remboursement d'une petite somme que l'on croyait perdue avait permis aux sœurs d'acheter un peu de farine de froment pour les pensionnaires, et, comme elles savaient que l'estomac d'Irma ne supportait pas le maïs, elles lui donnaient une part de la nourriture des enfants. Irma ignorait cette attention de ses sœurs et croyait manger le pain de la communauté; sans cela elle n'eût jamais consenti que l'on fît pour elle une exception; l'obéissance seule aurait pu la lui faire accepter.

De temps à autre, elle demandait où en était la farine, et quand l'économe répondait qu'il en restait encore un peu dans le sac, elle ne paraissait nullement surprise ; elle avait tant de confiance dans le secours de Dieu, qu'un miracle ne l'aurait pas étonnée.

Ce fut à cette époque que, pour expliquer à une postulante la valeur de quelques pièces de monnaie, elle ouvrit la caisse de la communauté, qui renfermait vingt-quatre dollars. Cette somme allait permettre à l'économe de se procurer les provisions les plus nécessaires. Pendant que la sœur donnait son explication, la cloche sonna pour un exercice, et, dans son empressement à se rendre où l'obéissance l'appelait, elle sortit sans prendre la précaution d'ôter la clef de la caisse. Un ouvrier, qui travaillait à quelque distance, s'aperçut de cet oubli et en profita pour enlever le petit trésor. Sœur François-Xavier fut bien affligée d'avoir, par sa négligence, causé cette perte à la maison : « Que faire maintenant ? disait-elle à l'économe. — Il faut prier saint Joseph de nous venir en aide, répondit celle-ci, car je n'attends pas de fonds avant un mois. » On était alors au jeudi, et Irma s'acquitta si bien du soin d'intercéder leur puissant protecteur, qu'avant la fin de la semaine la maison reçut, d'une façon providentielle, le double de la somme enlevée.

Après l'arrivée de la mère Théodore dans l'Indiana, Irma écrit à sa tante, Madame la baronne de la Valette :

« Notre espérance, si longtemps éprouvée, n'a cependant pas été déçue ; Dieu nous a enfin rendu notre bonne et dévouée mère. Vous verrez, par le journal qu'elle envoie à MM. Veuillot et Aubineau, à

combien de dangers elle a été exposée, et comment Dieu l'en a délivrée. J'ai lu l'intéressant extrait que M. Aubineau a écrit sur les commencements de notre œuvre ; sa mémoire peut rivaliser avec son cœur. Je me réjouis que de tels talents soient consacrés à notre belle religion. S'il venait parmi nous, il verrait maintenant, près de la pauvre log house, un beau pensionnat, dans lequel vingt jeunes filles sont réunies. Plusieurs d'entre elles ont demandé la permission de se faire baptiser. Quelle consolation pour nous et pour vous 1 ah oui, pour vous; car vous avez adopté notre œuvre, et je remercie Dieu de la sympathie qu'il a excitée dans vos âmes en faveur de notre mission.

« J'ai parlé à Henriette de la première communion des enfants de Sainte-Marie-des-Bois. Elle a eu lieu la nuit de Noôl ; quinze d'entre eux, neuf garçons et six filles, ont eu le bonheur d'approcher du divin Sauveur Jésus.

« La cérémonie se fil dans notre nouvelle église. Bien que le plancher ne fût pas fini et qu'il n'y eût encore ni portes ni fenêtres, cela n'empêcha pas cette fête d'être bien belle à mes yeux. Nous avions décoré notre autel de tous les dons précieux dont votre charité nous avait enrichies l'année précédente.

« Au lieu de cierge, nos enfants avaient une chandelle. Nous avions mis sur la tête de nos petites filles les voiles qui nous servent le jour de notre prise d'ha-

bit; plus heureuses mille fois de les parer pour Jésus, que ne le sont les femmes du monde qui ornent le front de leurs filles pour une union humaine, si souvent suivie de larmes. Oh! comme nous avons offert de bon cœur à Dieu, au nom de nos amis de France, les prémices de notre sainte mission I Pauvres enfants, comme ils étaient heureux ! Lorsqu'ils eurent communié, des larmes abondantes s'échappaient de leurs yeux : ils goûtaient pour la première fois les joies inconnues du ciel ; mais, depuis, ils ont eu souvent le même bonheur. Quelques-uns des garçons étaient âgés de seize, dix-huit et dix-neuf ans. C'est à vous qu'ils doivent ces consolations. Oh ! qu'une seule nuit de Noël, si vous l'aviez passée avec nous, vous payerait amplement de tous vos sacrifices! Nos garçons avaient fait, avec bien de la ferveur, une retraite de quatre jours, et, pendant ce temps, ils n'avaient pas quitté la communauté. Le lendemain de Noël, ils étaient bien tristes quand il leur fallut retourner dans leurs familles. Ils me demandèrent s'ils ne pourraient pas communier encore le lundi suivant, qui était le premier de l'an. Je leur dis que c'était trop tôt et d'attendre au jour des Rois ; mais l'amour ne peut souffrir les délais. Cinq d'entre eux allèrent en ambassade auprès du missionnaire, et, après avoir obtenu de lui que, si la chose qu'ils désiraient était possible, il allait la leur accorder, ils lui dirent que, pour leurs étrenncs, ils le priaient d'entendre leur confession,

afin de pouvoir comûiunier le lendemain. Oh ! que le cœur de Jésus dut se réjouir! Il dit tout bas au cœur du prêtre : « Laissez venir à moi les petits enfants, » car tous eurent la permission de communier. »

Page 1