DETAILS SUR LA FAMILLE D IRMA. — LETTRE
Il est nécessaire maintenant, pour l'éclaircissemert des lettres suivantes, de donner un abrégé rapide des événements les plus importants survenus dans la famille le Fer de la Motte de 1847 à 1852, et auxquels la sœur François-Xavier fait trop souvent allusion pour qu'ils puissent être passés sous silence.
En 1847, sa tante, Madame Henri le Fer de la Motte, mourut laissant six enfants très jeunes et un mari atteint d'une affection au cœur. Mademoiselle Pépa le Fer, sœur d'Irma, s'offrit à son oncle pour aller demeurer près de lui, l'aider dans la tâche difficile d'élever ses enfants et lui adoucir autant qu'il était en son pouvoir la douleur de la perte qu'il venait de faire.
Dans cette même année, Mademoiselle de la Salle, cousine d'Irma, épousa M. Charles Vittu de Kraoul, et une autre de ses cousines, Mademoiselle Olivia le Fer de Chantelou, épousa M. des Cognets.
En 1850, une des sœurs de son père, Mademoiselle Jennie le Fer de la Motte, qui habitait Lorette et consacrait sa vie à l'établissement des orphelins de Nazareth, fut emportée en quelques heures par une attaque d'apoplexie. Comme le bon abbé Cardonnet, elle fut frappée au pied de l'autel du. Seigneur; comme lui, elle put encore franchir le seuil du sanctuaire avant de franchir celui de l'éternité.
Trois mois s'étaient à peine écoulés que M. Henri le Fer de la Motte succombait à son tour, emporté par cette affection au cœur contre laquelle il luttait depuis plusieurs années. Sa mort fut comme sa vie pleine de foi, de courage et de résignation chrétienne. Le dernier jour de son existence, on attendait le retour de ses deux fils aînés, qui venaient de passer un examen à Brest. Il comptait les heures et les minutes; mais la mort se hâtait et semblait devoir arriver la première. Dans une crise qui naturellement aurait dû terminer sa vie, il offrit à Dieu le dernier et douloureux sacrifice de mourir sans revoir et embrasser ses enfants. Le Seigneur voulut bien prolonger encore son agonie et, sur les limites de la tombe, il lui accorda cette immense consolation : il revit ses fils pendant une heure, et, d'une voix forte, d'un cœur ferme, il put leur donner ces derniers et suprêmes conseils d'un père chrétien auxquels la mort appose un caractère sacré et un souvenir ineffaçable.
Après la mort de M. Henri le Fer de la Motte, le
UNE FEMME APÔTRE 3Ud
père d'Irma prit chez lui les quatre jeunes gens. Les filles furent confiées aux soins de leur tante, Madame de la S.jlle, et allèrent habiter Lorette.
Après tant de deuils, 1851 fut une heureuse année pour la famille d'Irma. Charles, l'aîné de ses frères, celui à qui elle portait une si particulière affection, pendant une station dans les mers du Sud fit connaissance à Valparaiso d'une jeune et aimable Chilienne, Mademoiselle Natalia Valdivieso, et il eut le bonheur de s'en faire aimer; mais Madame Valdivieso était trop gravement malade pour que sa fille pût songer à s'éloigner d'elle, lorsque M. Charles le Fer fut rappelé en France, et il se vit obligé de quitter le Chili en y laissant sa fiancée.
Peu de mois après son retour en France, il apprit la mort de Madame Valdivieso. Ses devoirs d'officier de marine ne lui laissant pas la liberté d'aller réclamer lui-même la main de Mademoiselle Natalia, il se fit représenter au Chili par un Français de ses amis, et contracta ainsi devant Dieu une union bénie et approuvée par l'Église, et sanctionnée également par les lois du Chili.
Pendant son long voyage d'Amérique en Europe, Madame Natalia le Fer courut de grands dangers ; elle fut exposée successivement au péril de la mer, au feu, à la fièvre jaune. Ce ne fut qu'après sept mois d'anxiétés et d'angoisses que M. Charles le Fer eut le bonheur de la recevoir à Lorient où il l'attendait.
Toute la famille avait vivement partagé les inquiétudes causées par les longs retards de cette traversée ; mais ces inquiétudes se changèrent en actions de grâces, à l'arrivée de celle que chacun aimait à l'avance, et qui n'entrait dans la famille le Fer de la Motte que pour y apporter et y recevoir sa part de tendresse et d'affection.
Le père d'Irma ne jouit pas longtemps de la présence de sa chère Chilienne; au commencement de 1852, Dieu le rappela à lui et termina la tâche laborieuse qu'il avait accomplie si généreusement ici-bas.
Dans cette même année 1852, deux des sœurs d'Irma quittèrent la maison paternelle : Cécile, pour épouser M.Joseph Choësnet; Elvire, pour aller rejoindre sa sœur à Saint e-Marie-des-Bois.