‹ Une femme apôtreChapitre 65 sur 69 · DEPART D ELVIRE. — SON ARRIVEE EN AMERIQUE ET A SAINTE-MARIE · texte numérisé non relu

DEPART D ELVIRE. — SON ARRIVEE EN AMERIQUE ET A SAINTE-MARIE

Ce fut vers la fin de septembre 1852 que Mademoiselle Elvire le Fer s'embarqua au Havre avec Monseigneur de Saint-Palais et plusieurs autres jeunes filles qui se destinaient aux missions. Son courage fut aussi grand que celui de sa sœur, peut-être le futil davantage, car elle n'avait pas, comme Irma, cette imagination ardente qui embellit le sacrifice et revêt l'avenir de riantes couleurs ; en plus sa vocation n'avait pas rencontré les contradictions qui avaient aiguillonné la vocation de cette dernière. La grande douleur de la sœur François-Xavier eût été de ne pas aller à Vincennes, tandis que le sacrifice d'Elvire était doublé par le regret de quitter la France. Aussi le démon, qui ne perd jamais une occasion de nous tenter, et qui souvent par là nous donne celle de nous enrichir, mit tout en œuvre au Havre pour lui inspirer l'effroi de sa nouvelle destination et pour lui pré-

senter l'avenir, sou s les couleurs les plus sombres. Elle a avoué elle-même qu'elle avait béni le mal de mer qui lui avait enlevé les tristesses et les angoisses qui la torturaient et lui avait ôté la faculté de penser. Et lorsque les vents se furent apaisés et que le steam boat eut pris une allure tranquille, Elvire avait retrouvé ce calme, ce bonheur profond que donne un sacrifice accompli, et surtout une vocation suivie. Lorsque, quatorze ans après ce départ, en 1866, elle revint en France pour traiter avec la bonne mère Marie, à Ruillé, quelques affaires concernant leurs maisons de rindiana, elle y passa plusieurs mois et séjourna pendant un certain temps dans sa famille. Un jour sa vieille mère (bien malade à cette époque) lui dit : «Ma pauvre enfant, tu t'es sans nul doute rattachée à la France, tu vas avoir de nouveaux déchirements en reprenant la route de l'exil ? — Ma mère, réponditelle avec fermeté, je vais vous parler franchement, et je ne crains pas que ma réponse vous offense. Mon cœur est tout entier là- bas ; je me réjouis à la pensée de revoir ma communauté, l'Indiana, mes sœurs et mes élèves. Mon esprit est sans cesse occupé de leurs intérêts; c'est à présent, si je restais en France, que je serais véritablement exilée. »La sœur François-Xavier disait avoir assisté à son propre départ pour l'Amérique comme elle l'eût fait pour une autre personne, et nous mettons ici une page qui n'a pas trouvé sa place dans ce récit

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