A MADAME LE FER
« Sachez bien, ma pauvre mère, que ce n'est pas moi qui suis partie, qui ai brisé des liens plus forts que la vie. Jamais je ne vous aurais quittés, et c'était parcequejenele pouvais pas que Dieu le fit pour moi. Je n'ai été que simple spectatrice de ces merveilles, et je me perdais en admiration devant le pouvoir de Dieu, car il se passait en mon âme les mêmes effets que les martyrs éprouvaient dans leur corps ; le sentiment de la souffrance était ôté. J'osais à peine vous le dire, parce que je craignais que vous ne m'eussiez jugée indifférente. Dieu, qui voulait me faire savoir que cette grâce venait de lui, me laissa à ma faiblesse lorsque je quittai Charles. Il est vrai que quelques heures auparavant j'avais eu des pensées de présomption sur mon courage, et je méritais un châtiment. Il m'a aussi laissée dans la douleur lorsque je quittai Brest, où je connaissais à peine quelques personnes, tandis qu'il me fit abandonner Ruillé sans même verser une larme, et là j'aimais tendrement nos supérieures. Vous et beaucoup de personnes m'avez attribué une vertu qui ne venait que de Dieu seul. Je suis naturellement l'être le plus misérable pi se puisse rencontrer; le bon Dieu le sait, et c'est pour cela qu'il prend tant de soin de moi, car il n'est pas venu pour ceux qui se portent bien. »
... Ces paroles adressées à une mère sont significa-
tives, et on peut bien dire que le départ d'Irma s'était accompli avec une joie surnaturelle.