INTRODUCTION XVII
»e doutait pas alors que sa petite Irma découvrirait et prendrait plus tard par ce petit Ruillé le chemin de l'Amérique.
Irma, avons-nous dit, était charmante; elle était jolie et pleine d'esprit, mais elle était loin d'être sans défauts; et sa correspondance les accuse nettement. Ces défauts étaient de son âge et de son temps. La benoîte et heureuse atmosphère des Fours-à- Chaux et de Lorette n'était pas absolument préservée des miasmes du monde. Au temps de la jeunesse d'Irma, au fond de la Bretagne, en présence de cette mer dont la grande voix parle si haut de Dieu, au sein d'une famille profondément chrétienne, le souffle du monde ne devait pas avoir toute sa violence et sa pestilence. Il se faisait sentir néanmoins, et ne laissait pas de bruire au moins parmi la jeunesse. Il y avait l'imagination toujours un peu disposée à courir partout et à regarder au dehors de la maison paternelle. Irma savourait sans doute les délices des affections de famille; et elle les savourait nous l'avons dit, d'une façon si particuhère qu'elle craignait parfois qu'elle ne fût exagérée. Cependant elle aspirait encore à autre chose. Son père, sa mère, ses sœurs, ses frères ne lui suffisaient pas. C'était là le bien que Dieu lui avait donné; elle eût voulu s'en choisir un elle-même. Appliquée à des devoirs
XYIII INTRODUCTION
sérieux et importants auprès de ses plus jeunes frères et sœurs, et livrée à des joies qui semblaient devoir occuper toutes les puissances de son âme, elle cherchait au delà. Elle avait besoin d'épanchement et de confidences. Elle avait trouvé une amie qu'elle voyait et à qui elle écrivait tous les jours. Cette correspondance, pour être jolie dans les fragments qu'on nous en donne, ne laisse pas d'être empreinte de quelque exagération. La diction en est soignée. Irma se complaisait dans ses écritures. On n'est écrivain qu'à ce prix. Elle trouve de gracieux détails. Une description de l'écho dans le jardin des voisins est tout à fait charmante. Mais en tout cela, on reconnaît une certaine exagération de sensibilité : exagération enfantine, sans doute, mais déjà pleine de vague et de mélancolie. La littérature romantique, la première, celle des ménestrels et des Harmonies, a pénétré jusqu'à ce cœur pur.
Irma se rira, plus tard, de cette mode et de ces poses de sa jeunesse, de ce fond de mélancolie romantique, dit-elle expressément, où elle se complaiait. Quand elle est devenue raisonnable, qu'elle est vraiment à Dieu et qu'elle travaille au salut de son âme, écrivant à une de ses sœurs et lui parlant des solidités de la vraie piété, elle lui dit tout sérieusement dans un sourire : « Surtout pas de méditations