DERNIERES ANNEES DE MADAME D'EPINAY VOLTAIRE A MADAME D ÉPINAY
Lausanne, février 1758.
« Madame, je suis malade et garde-malade; ces deux belles fonctions n'empêcheront pas que je ne sois rongé de remords de ne vous point faire ma cour.
» Je suis tous les jours tenté de m'habiller(ce que je n'ai fait qu'une fois pour vous depuis trois mois) et d'entreprendre le voyage de Genève. Je ferai ce voyage pour vous, madame, dès que ma nièce sera mieux. Je vous demande des nouvelles de votre santé et je vous présente mes profonds respects.
» Le Suisse V. »
Madame d'Epinay répondit à Voltaire qu'elle avait la goutte et qu'elle restait aussi confinée chez elle. Le malin vieillard n'y crut guère.
VOLTAIRE A MADAME d" ÉPINAY.
LausaDue, 26 février n.38.
<( Vous, la goutte, madame ! je n'en crois rien. Gela né vous appartient pas. G'est le lot d'un gros prélat,
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d'un vieux débauché, et point du tout d'une philosophe, dont le corps ne pèse pas quatre-vingts livres, poids de Paris. Pour de petits rhumatismes, de petites fluxions, de petits trémoussements de nerfs, passe; mais si j'étais comme vous, madame, auprès de M. Tronchin. je me moquerais de mes nerfs. C'est un houhcur dont je ne jouirai qu'après le retour du printemps ; car je ne crois pas que le secrétaire et le chef des orthodoxes veuille jamais venir voir nos divertissements profanes et suisses. Cependant, j'espère, madame, qu'il vous accompagnera quand nous serons un peu en train, qu'il y aura moins de neige le long du lac, et que vos nerfs vous permettront d'honorer notre ermitage suisse de votre présence. 11 fera pour vous, madame, ce qu'il ne ferait pa-^ pour un vieux papiste comme moi ; et il sera reçu comme s'il ne venait que pour nous.
» Je vous remercie, madame, de vos gros gobets', j'en aurai le soin qu'on doit avoir dr ce qui vient de vous.
» Permettez que je remercie ici M. Linant; il n'a pas besoin do son nom pour avoir droit à mon estime et mon amitié, et j'ai connu son mérite avant de savoir (ju'il portail le nom d'un de mes anciens amis. Je