‹ Une femme du monde au XVIIIe siècleChapitre 17 sur 106 · Madame d'Hondntot · texte numérisé non relu

Madame d'Hondntot

2. Séchelles (Jeaa-.Moreau de) (1690-nGl)\ d'abord iiiteudant du Haiuaut, fut noimiK' en 1741 inteudaut de l'armC'O de Bohême; il i-imlit dans; cf-s fonctions de si grands services, qu'on l'appida encore à l'intendance des armées de Flandre et d'Alsace. Frétléric II le citait comme le modèle des administrateurs militaires. Eu liai, il remplaça Machault au contrôle ^'l'-néral.

3. Silhouette (Etienne di;) (1709-1767), contrôleur général. Son avènement au contrôle général fut accueilli par la joie iml)lique. Il commença par réformer les abus qui s étaient glissés dans l'adniinisfration des finances, et, en vingt-quatre heures, il grossit le trésor de .soixaute-douze millions sans

à lui à l'avenir; M. le comte d'Affry et moi nous l'en avons averti par ordre de madame votre mère qu'il ne voit pas, mais il est d'une sécurité à laquelle je ne comprends rien, si elle n'est pas jouée.

» Votre deniièro indisposition a réveillé tout le monde; la comtesse dHoudetot, le baron, tous vos amis sont venus plus assidûment qu'à l'ordinaire chez madame d'Esclavelles pour savoir de vos nouvelles. Ils veulent tous vous écrire. Je vous conseille d'engager M. de Jully à répondre pour vous et de ne pas vous fatiguer sans nécessité.

» Courage, ma chère amie; en vérité, j'en ai bien plus besoin que vous. »

MADAME d'ÉPINAY A GRIMM.

« Je voudrais en vain vous cacher, mon ami, la peine extrême que m'a faite votre dernière lettre ; il me paraît démontré, si vous conservez la volonté

augmeutatiou d'impôts. Ses projets d'écouomie soulevèrent bientôt contre lui tous ceux qui Tavaient soutenu, et il dut se retirer après un ministère de huit mois. « Sa réputation, •> sous le rapport moral, était très mauvaise, dit Grimm. Il » passait pour fripon et pDur hypocrite. Si par hasard il a » été honnête homme, il est a plaindre, car il avait l'air faux » et coupable. >- Il mourut enilol, d'une lluxion de poitrine ou d'une ambition rentrée, on ne sait au juste.

de venir me rejoindre, que le plus léger obstacle en sera un insurmontable, par la réflexion qu'en ne le surmontant pas, c'est un sacrifice que vous faites à la raison, et dont nous recevrons la récompense dans la suite. Ce motif a plus de pouvoir qu'on ne pense, surtout s'il est soutenu d'un orateur comme Diderot. Je vois donc que je passerai ici mon temps à vous attendre, à vous désirer; vous, à vouloir venir, à tout arranger pour cela, à le déranger le lendemain, dans l'espérance que quelques semaines de plus affaibliront le mauvais effet que vous prévoyez de votre voyage, et bref à ne point venir.

» Mais raisonnons des inconvénients de ce vovasfe aussi tranquillement que cette matière le peut permettre. Quant à cette ville, il n'y a nulle espèce d'inconvénient, ce qui s'appelle nulle ; tout ce qui m'entoure ici sait que je compte sur votre visite. M. Troncbin m'aurait bien dit son avis sur cela, j'en suis sûre, et je vous garantis que l'ombre d'un soupçon contre moi n'entrerait ici dans la tète de personne. Quant à Paris, on doit en parler. Peutêtre n'en fera-t-on rien, mais malgré cela il y faut compter. Hélas! mon Dieu, on ne dira que ce que l'on a dit, et ce que l'on dira (piand même vous ne viendriez pas. Enlin, il s'agit du boubeur de notre vie, et n'est-ce pas là ce qu'on appelle le sacrilier

à une chimère. Je vous avertis sincèrement, après y avoir mûrement réfléchi, que non seulement je ne m'en estimerai pas plus pour une aussi puérile crainte, mais qu'en vérité, je rougirais d'y céder. Esl-ce à des gens, qui pensent et qui agissent comme nous, à redouter la censure du public?

» A l'égard de raisons personnelles à vous et de l'espèce de tort que cette démarche peut vous faire, j'ignore en quoi il consiste. J'ai beau chercher, je ne le devine pas ; faites-m'en un détail, et je vous y répondrai franchement. Vous me verrez toujours prête à faire céder mon bonheur au moindre avantage réel que vous en pourrez retirer. Mais, comme c'est par sentiment d'âme que je pense ainsi et non par chaleur de léle ou par héroïsme déplacé, je ne me sacrifierai jamais volontairement à une chimèie. L'opinion de Diderot n'est d'aucun poids pour moi ; avec les idées qu'il a eues sur mon compte, je ci'ois bien qu'il ne voit dans tout cela qu'un homme qui court après sa maîtresse, mais vous ne voyez pas ainsi, j'espère, car vous me connaissez comme vousmême.

» Il est au-dessus de mes forces de me faire une laison sur notre séparation. Il faut vous mellie dans la tête que, malgré toute la bienveillance qu'on me marque ici, dès que je souffre, je suis

seule vis-à-vis de mes mau\. Si j'avais cru y êti'e si longlemps et si tristement, je crois que je n'y

serais pas venue

'■> Je ne sais si ma situation est, comme vous me le dites, faite de façon à ne pas être tout à ftiil malheureuse, c'est-à-dire que je ne vais pas me noyer, comme je le ferais, si je ne devais vous revoir jamais; mais, à cela près, y a-t-il deux créatures sur la terre plus à plaindre que nous? »

Comment peindre d'une cuuleur plus vive la force du gentiment qui domine madame d'Épinay. Cette femme qui a si facilement consenti à renoncer au monde, à ses anciens amis, à appliquer son esprit aux choses sérieuses, à vivre dans la situation la plus étroite, ne peut pas se résigner à être séparée de Grinim quelques mois de plus, et pour le revoir plus vite elle est prête à fouler aux pieds toutes les convenances. Cette femme, qui cherche par tous les moyens à reconquérir l'estime qu'elle a perdue, ne craini p!ii> de hraver l'opinion quand il s'agit de son amant, et s'écrie: « Est-ce à des gens qui pensent et qui sentent comme nous à redouter la censure du puhlic ! »

GniMM A MADAMK d'kPINAY.

« Vous me percez le cœur, ma chère Louise, par la lettre} que je viens de recevoir ; i'(>n suis inconso-

lable. Pourquoi donc êtes-vous si ingénieuse à vous tourmenter. Je vous ai parlé des inconvénients de mon voyage, ils sont réels, mais vous ai-je dit que j'y céderais ; ne vous ai-je pas dit au contraire qu'il me paraît de toute impossibilité de passer l'été sans vous? Ma tendre amie, je vous en conjure, croyezmoi et ne vous échauffez point la tête. Vous nuisez à votre santé pour des chimères. Rapportez-vous-en à moi. Je vous jure bien que, sans l'ouvrage de Di- ■ derot, je ne serais pas ici le premier du mois prochain.

» Vous vous imaginez qu'il a argumenté sur ce chapitre, et cela n'est point. Il ne m'en a dit que deux mots et nous n'en avons parlé que comme entre deux hommes qui ont du sentiment et de la délicatesse. Il ne désapprouve point, il parle seulement des inconvénients, et, malgré cela, il ne doute pas que je n'aille vous rejoindre. . .

» 11 faul donc que je me détache de la douce habitude que j'ai de vous dire tout ce que j'ai dans l'âme. Si je suis occupé un jour des inconvénients de notre position, il faudra donc vous taire mes réflexions... !

» Je te jure que l'ouvrage seul de Diderot me retient à Paris. Il est vrai que je regarderais comme une faiblesse impardonnable de l'abandon-

lier dans ce moment-ci , mais ne sauriez-vous lire dans mon cœur tout ce qu'il m'en coûte! »

Le lendomain.

(« J'ai oui)!)!; de vous dire, dans le trouble qui m'agitail hier, mon amie, que madame votre mère m'avait remis un rouleau de cent louis, dont elle vous fait présent pour vous aider à payer le présent que vous faites à M. ïronchin et vous dédommager d'une partie des frais extraordinaires que vous êtes obligée de faire \

» Autre avis, 11 y a une académie- à Genève, je vous conseille d'y faire monter par Técuyer le cheval que vous destinez à M. ïronchin, c'est un cheval qui ]iourrnit bii^n se déranger dans la route. »

MADAME d'ÉPINAY A GRIMM.

<( J'admire comme tu as le pouvoir d'élever et de llétrir mon âme par un mot. Ta lettre que je viens

1. .Madame d'Épiiiay écrivait à Grimm quoique temps auparavant : « Je vieus de faire uue découverte, c'est que mou » sauveur désire avoir uu beau cLeval <le selle anglais. » M. d'Kpinay en a (|uatre, dis-lui que je veux faire ce pré- » sent à ïroncLiu, i)aie-le ce qu'il demandera. » Grimm n'accomplit pas la commission immédiatement, ce qui fut très heureux, comme on le verra plus loin.

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