‹ Une femme du monde au XVIIIe siècleChapitre 18 sur 106 · Gelait le mot employé pour désigner un manège · texte numérisé non relu

Gelait le mot employé pour désigner un manège

de recevoir m'enchante ! si tu m'avais parlé dans les précédentes comme dans cette dernière, mon courage n'am'ait pas été abattu et je n'aurais pas ma tête en l'air. Tu dis que dès que Diderot te laissera libre, tu viendras ; et t'ai-je jamais demandé autre chose? Si tu veux relire mon rabâchage, tu verras que je ne me plains que de nous rendre malheureux pour des chimères. Sans doute, il faut respecter le public, mais il n'est pas intraitable, et pourvu qu'il voie clairement qu'il n'est pas négligé dans le courant de la vie, il ferme les yeux sur le reste, il finit même par respecter; et quand il ne le ferait pas!... Hélas! mon Dieu, quel sacrifice chimérique que celui qui fait dire : « M. Grimm et madame » d'Épinay vivent ensemble, mais il y a du courage » à s'être séparé un an, deux ans sans avoir » cédé àl'elivie de se rejoindre », car voilà pourtant à quoi se réduirait notre éloge. Quelle pitoyal)le gloire!... et c'est tout ce qu'on pourrait faire, si un tel sacrifice fermait les yeux sur nous pour jamais; mais qui on serait la dupe? Personne, et pas même nous. Je n'ai plus qu'un mot à ajouter et qui, j'espère, est inutile, c'est la douleur que me fait la peine que vous ont causée mes dernières lettres.»

Le lendemain.

« Ta lettre m'a fait un liicn iiiconcevalile. Elle m'a mis une gaieté et un baume dans l'âme qui est étonnant. Le l)aron s'en ressentira, car j'ai reçu une lettre de lui à laquelle il fallait répondre tout de suite, je vous réponds que ma lettre le tiendra en belle humeur pour plus d'une semaine. Mais revenons à nous.

» Écoule, mon ami, j'ai donc tort d'avoir eu la tête tournée? Eh bien! je ne suis pas tout à l'ait de cet avis-là. De tout autre caractère que du tien, cette lettre m'aurait fait une moindre impression ; mais je ne t'ai jamais vu Ijalancer sur rien, et une fois que vous avez envisagé les choses avec votre chien de charmant esprit juste et ferme, il y en a pour la vie. Voilà, au vrai, la première fois que je t'ai vu déraisonner. Actuellement que je vois que tu t'en mêles tout comme un autre, cela ne m'effarouchera plus et je dirai : il faut opposer ici les raisonnements d'une sublime créature, parce que mon ange n'est plus infaillible,- et, en bonne foi, je te croyais tel, vrai comme je suis encore en vie.

» Ah! il y a une académie ici? Eh bien! je te suis obligée de m'appiendre cela : on reliuuve ses amis dauo l'occasion. Dans quel endroit de la ville est-elle, celte académie? Est-ce du côté de Saint-Pierre ou

de Saint-Gervais?cles Ailobroges ou des Helvétiens? Je t'en prie, mande-moi aussi où je demeure, je suis sujette aux distractions; mais comme je n'en ai pas pour tout ce qui vient de toi, cela pourra m'être fort utile »

MADAME DKPINAY A GRIMM.

« 11 faut que je vous dise une galanterie charmante que vient de me faire M. de Jully. Il a su, je ne sais comment, que M. ïronchin désirait avoir un cheval de selle anglais. Vous savez que Jully en a de fort beaux; il a fait venir de Paris celui qu'il estime le plus; il est arrivé hier, et, aujourd'hui, il Ta fait conduire de ma part, tout harnaché, dans l'écurie de M. Tronchin. Je ne crois pas qu'on p.uisse mettre plus de grâce à un aussi bon procédé. Au reste, quand j'ai su que ce cheval arrivait de Paris, j'ai pensé aller hii demander des nouvelles de tous mes amis. C'est une chose plaisante que l'impression que fait quelqu'un ou quelque chose, qui arrive de son pays, lorsqu'on en est à cent lieues...

» J'ai été très incommodée hier et toujours à propos de bottes; je suis mieux aujourd'hui, mais je ne saurais être gaie, car il pleut et je ne ris pas quand

il pleut. Par excès de prudence je n'écris pas une ligne de plus. Bonjour. »

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