‹ Une femme du monde au XVIIIe siècleChapitre 22 sur 106 · Les syndics étaient les premiers magistrats de Genève · texte numérisé non relu

Les syndics étaient les premiers magistrats de Genève

lOS DKRNIERES ANNEES DE MADAME D'EPINAY

précautions, et craignant surtout des difficulté? sérieuses de la part des magistrats, il acheta du président de Brosses le château de Tournay, situé sur le territoire français '. Il pensait pouvoir y jouer la comédie tout à son aise, à l'abri de l'intolérance genevoise.

Tournay fut donc arrangé pour des spectacles; il serait curieux, mais il n'est pas aisé de décrire le théâtre que Voltaire y fit élever. Les châssis des coulisses étaient couverts d'oripeaux en clinquant et de fleurs de papier: le fond représentait des arcades percées dans le mur : an lieu de frises, c'était un drap sur lequel était peint en rouleur cannelle un immense soleil, et malgré tout ce qu'on put lui représenter, c'est sur un pareil théâtre qu'il joua Alvarès dans Alzire, Narbas dans Mérope, Argire dans Tancrède- , etc. Mais 'S'^oltaire n'était encore qu'au début de ses peines.

1. « Vous souvenez-voii9 que. quand jo rue fis Suisse, pcrit- » il au comle d'Argental. le présideot de Brosses vous parla '> de me loger dans un château qu'il a entre la France et » Genève ? Son château était un^ masure faite pour des » hiboux ; un comté mais à faire rire ; un jardin, mais où » il n'y avait que des colimaçons et des taupes ; des vignes « sans raisin, des campagnes sans blé et des étables sans » vaches. Il y a de tout actuellement parce que j'ai achefp ') son pauvre comté par bail emphytéotique, ce qui, joint à » Ferney, compose une grande étendue de pays. Ces deux >■ terres touchent presque à mes Délices. Je me suis fait un » assez joli royaume dans une République. »

(Au comte d'Argental, 19 décembre 1738. Voltaire, Correspondance générale.)

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