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Le duc de Villars joua Gengiskan à Tournay. -< Eh bien

Malgré les eflorts du philosojihe pour attirer les Genevois dans sa nouvelle demeure, ils n'osaient pas tous y paraître. Accepter ou refuser un rùle, tiller ou ne pas aller à la comédie de Tournay, devint une affaire de parti. Les têtes s'échauffèrent au point que M. Tronchin-Boissier, procureur général, se rendit chez Voltaire ; il lui fit entendre que si ces troubles naissants continuaient, la Répuhlique se verrait poussée à des résolutions extrêmes, et il l'engagea à cesser ses représentations. Voltaire refusa énergiquenient. Alors le procureur général fit mander chez lui tous les acteurs et les pria de renoncer en faveur de la paix à un amusement qui allumait la guerre ; ils y consentirent. Leur docilité eut autant de censeurs que de partisans ; mais les troubles continuèrent, les spectacles de ïournay également, à la grande joie de Voltaire, qui s'amusait autant des uns que des autres.

Madame d'Epinay était au courant par Voltaire lui-même de toutes ses infortunes théâtrales, et elle s'amusait beaucoup avec lui des péripéties diverses de ses comédies. Elle le voyait très souvent, mais jamais assez au gré du patriarche, qui ne cessait de solliciter ses visites.

monsieur, dit le duc à Voltaire, comment trouvez-vous que je m'en suis tiré? — Morbleu! comme un duc et pair, Mon» seigneur. »

110 DERNIERES ANNEES DE MADAME D'EPINAY VOLTAIRE A MADAME d'ÉPIN'AY.

Jeudi.

« Venez, ma belle philosophe ; j'aime mieux Minerve qu'Euterpe, quoique Euterpe ait son mérite. Honorez-nous et instruisez-nous. Vos gens coucheront comme ils pourront. Nous vous attendons demain, le saint jour du dimanche. »

Puis, se ravisant tout à coup, il songe qu'il a oublié le jeune d'Epinay, et envoie un second message.

« Le malade Voltaire présente ses respects à la plus aimable des convalescentes (et à la plus heureuse, puisqu'elle a Esculape Tronchin à ses ordres). Il aura l'honneur de lui envoyer son iiacre ; il se flatte qu'elle voudra bien lui amener un homme d'esprit et de bon sens qui a onze ans ! »

Sa vie s'écoulait paisible et heureuse, lorsqu un léger incident jeta l'inquiétude dans l'esprit de madame d'Epinay. On apprit tout à coup qu'une célébrité parisienne, mademoiselle Fel * , dont Grimm

1. « Mademoiselle Fel a été l'une des meilleures actrices de l'Opéra pour les rôles tendres, et la plus agréable cantatrice du concert spirituel. C'est, disait-on, un rossignol qui chante, un ruisseau qui murmure, un zéphir qui folàU-e. Elle quitta le théâtre eu 1758 et afficha pendant quelque

avait été si passionnément épris, venait de descendre aux Délices. Les relations si fréquentes qui existaient entre Genève et les Délices devaient amener fatalement une rencontre.

MADAME D EPINAY A M. D AFFRT.

« J'ai eu un instant de crainte et d'inqiiiiHude bien mal fondée par l'arrivée de mademoiselle Fel ici. Elle vient passer trois semaines chez Voltaire. Je redoutais son ancien pouvoir sur M. Grimm, et j'avais bien tort. Je voudrais que vous vissiez sa conduite avec elle ; on ne peut en avoir une plus noble et plus généreuse. Il a la sévérité et l'espèce de rancune que donne l'esprit de justice. 11 ne peut oublier la dureté de ses procédés avec lui. Il me paraît plus résolu que jamais à ne pas la revoir. Gha'|ue jour, chaque occasion ajoute à mon estime pour lui et me met dans le cas de le chérir da\antage; mais, en'revanciie, si la haine pouvait entrer dans mon cœur, Duclos lui donnerait souvent sujet

temps uns sorte de sagesse. Quelqu'un citant la vie retirée de mademoiselle Fel, Sophie répliqua : « Ne vous y fiez pas ; » cette fille ressemble à Pénélope : elle défait la nuit ce qu'elle » a fait le jour. » {A)-noldiana.) « Cette nymphe mangea les revenus de plusieurs proviuc.'S et fut réduite sur la fin de sa carrière à quêter uu regard. »

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de s'accroître. Vous savez le soupçon odieux qu'il avait semé contre M. Grimm, il y a deux ans, en l'accusant sourdement d'être l'auteur d'un libelle qui parut alors contre le maréchal de Broglie? L'impunité l'a vraisemblablement encouragé à une nouvelle horreur. Diderot mande à M. Grimm qu'il vient de paraître une brochure contre la comtesse de Montesson. On en ignore l'auteur. On en avait soupçonné le petit Saint-Hilaire, ami de Duclos. Il jure n'y avoir nulle part; on croit qu'il dit vrai, mais Duclos ne s'est pas contenté de contribuer à laver son ami d'un soupçon qui;, à la vérité, n'était pas vraisemblable, il lui a dit qu'il avait de fortes raisons de croire que cette brochure sortait de la société du baron, et qu'en tout cas, il ne courrait aucun risque den nommer M. Grimm pour Tauteur. Ce bruit a pris crédit; on a su assez promptement son origine. Duclos a été chassé ignominieusement de chez le baron et a feint d'en ignorer la cause. Il a demandé à Diderot un rendez-vous pour s'expliquer avec lui. Voici le tendre billet que Diderot lui a répondu :

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