Intendant de madame d'Épinay
Les projets de réforme portaient tous sur les objets les plus essentiels, tels que l'éducation des enfants, etc.; il diminuait aussi les gages de ses anciens domestiques sous l'ingénieux prétexte qu'ils avaient plus gagné chez lui que les autres.
Après quinze jours des discussions les plus pénibles, il fut convenu que madame d'Épinay retournerait chez son mari et que madame d'EscJavelles y viendrait aussi. M. d'Épinay s'engageait à ne toucher de son revenu que 2,000 livres par mois pour sa dépense personnelle. Le reste de ce revenu devait être employé par sa femme à l'acquit des dettes, aux dépenses de la maison et à celles des enfants.
Les premières émotions du retour une fois calmées, chacun organisa sa vie comme elle devait se passer désormais. M. d'Affry partit pour Bruxelles,- Grimm commença ses fonctions de chargé d'affaires de la ville de Francfort. Madame d'Épinay saisit le prétexte de sa santé pour rester chez elle et ne fit d'infraction à la règle que pour sa famille et quelques amis de choix, les d'Holbach entre autres.
Son absence prolongée l'avait merveilleusement servie; libre en arrivant de composer sa société, elle mil une extrême lenteur à ce choix délicat et s'en trouva bien. Le nom du premier personnage qu'elle voulut introduire dans son intimité est facile à deviner ; on sait quel souci lui causaient les préventions du meilleur ami de l'homme qu'elle aimçiit.
DERNIERES ANNEE? DE MADAME DÉIMNaY IÎ3
et elle attendit donc avec anxiété de voir se dessisiner son attitude.
En apprenant le letour de Grimm, la joie de Diderot fut grande :
y octobre 1739.
«Ce n'est pas lui qui m'appelle ici, ma Sophie -, écrit-il à mademoiselle Volland ; c'est vous, oui, c'est vous, croyez-le. Je vous le dis, je le lui dirais à lui-même, et il n'en serait pas fâché. C'est qu'il aime aussi, lui; c'est qu'il y avait huit mois que nous ne nous étions embrassés ; c'est qu'il était deux heures et demie quand il est ari'ivé, et qu'à
cinq il était reparti pour l'aller retrouver ' J'ai
rendez -vous chez lui au sortir d'ici... Quel plaisir j'ai eu à le revoir et à le recouvrer! Avec quelle chaleur nous nous sommes serrés ! Mon cœur nageait. Je ne pouvais lui parler, ni lui non plus. Nous nous embrassions sans mot dire, et je pleurais. Nous ne l'attendions pas. Nous étions tous au dessert
1. Louise-Henriette Volland, que Diderot, [lui une substitution de nom fréquente alors, a toujours appelée Sopbie. était fille dun financier. Née à Paris, elle y mourut en février ilSi, quatre mois avant le pbilosopbe qui a immortalisé son nom. Notre ami, M. Maurice Tourncux, prépare, d'après des documents entièrement inédits, une nouvell<^ étude sur mademoiselle Volland et sa famille.