‹ Une femme du monde au XVIIIe siècleChapitre 41 sur 106 · MADAME D EPINAY A M. D AFFRY · texte numérisé non relu

MADAME D EPINAY A M. D AFFRY

« Savez-vous, monsieur, quel était le beau projet d,e réforme que mon mari m'avait annoncé? J'étais allée hier passer la journée chez la baronne d'Holbach; ma mère m'envoya dire vers les quatre heures de venir pour une affaire pressée. J'arrive et je trouve mes gens consternés, je fus saisie d'effroi et je n'osai me permettre une question, redoutant ce qu'on pouvait avoir à m'annoncer. Enfin, ma mère m'apprend que M. d'Épinay, en sortant, avait dit à Saint-Germain de chercher condition, et que le pauvi'e homme était depuis une heure occupé à faire son paquet, sans avoir reçu un sol des avances qu'il avait faites ni des gages qui lui sont dus, si on peut appeler ainsi la rente de 400 livres

DERNIÈRES AN'XÉES DE MADAME D'ÉPFXAY 107

qu'il tient de M. de Bellegarde, dont M. d'Épinay est resté chargé et à laquelle il n'ajoute rien pour ses services actuels. Je fis venir Saint-Germain; il dévorait ses larmes : « — J'ignore, lui dis-je, ce que vous » a dit M. d'Épinay, mais moi, je vous garde ; je vous » défends de sortir et je vous ordonne de rester, j'ai >■> besoin de vous. — De moi, madame? me répondit- )) il. Hélas! à mon âge un domestique est à charge » et n'est bon à rien. Mais monsieur m'a parlé au 0 nom de madame comme au sien; il a daigné m'as- » surer du regret qu'il avait de se défaire de moi, » ainsi c|ue madame, et il m'a dit que madame exi- » geait que je sortisse sans prendre ses ordres; c'est » ce qui m'a paru le plus dur. Je ne sais où aller . il » y a quarante ans que je ne connais que votre mai- » son, madame. — Saint-Germain, vous ne sortirez » point et nous mourrons ensemble ; restez , j'en » fais mon affaire auprès de M. d'Épinay. »

M. d'Epinay ne rentra pas le soir et sa femme apprit que, comme seconde réforme, il avait relégué son fils dans une chambre au quatrième, avec Linant, et donné ordre de louer leur appartement qui valait au plus 400 livres. Elle lui écrivit aussitôt pour lui déclarer qu'elle gardait Saint-Germain et s'opposait à la nouvelle installation de son fils.

Dès le lendemain matin, M. d'Epinay arriva dans

l'appartement de madame d'Esclavelles où il trouva Louise.

« — Je viens, lui dit-il, répondre à votre billet doux, et, pardieu, voilà bien du train ! Gardez si vous voulez ce vieux coquin ; au fond, il ne me coûte pas grand'chose et il ne fera pas de vieux os; gardez l'appartement de mon fils, ce n'est pas pour ce que j'en tirerai que je veux le louer, mais c'est que rien n'afficherait mieux la réforme et la réduction. J'ai aussi une vieille patraque de voiture que je pourrais vendre, n'allez-vous pas aussi pleurer sur elle? — En vérité, d'Épinay, lui dit madame d'Esclavelles, je crois que vous extravaguez. — Moi, point du tout, faites tout comme vous l'entendrez. Vendez, ne vendez pas; gardez, ne gardez pas; louez, ne louez pas; je m'en lave les mains, mais ne venez pas me dire ensuite que je ne veux me réformer sur rien. Adieu, maman, adieu, madame, je vais faire un tour à cheval et je reviendrai pour la leçon de musique. »

Grâce au concours de la famille, les lo.OOO livrefurent enfin réunies et portées au ministre.

Les choses en restèrent là pendant quelques jours. mais cette alerte avait mis en éveil les fournisseurs

de la maison qui, déjà créanciers pour d'assez fortes sommes, refusèrent de livrer quoi que ce fût sans argent comptant.

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