II s'agit ici du marquis de Mirabeau, frère du comte
» Envoyez-moi bien vite mon absolution, mon cber philosophe, j'ai le cœur rempli de la contrition la plus complète de mes torts envers vous. Madame Denis, recevez mon hommage, et intercédez pour moi. Avez-vous su que M. Bouret m'a perdu ou volé mon Czar? J'en pleure encore.
» Bonjour, mon cher philosophe, votre bénédiction. »
On sait que YolLaire, pour venir en aide à mademoiselle Corneille et lui trouver une dot, avait entrepris des commentaires sur les œuvres de son grandoncle; désireux de connaître l'avis de Saurin sur cet ouvrage, il pria madame d'Epinay d'être son intermédiaire auprès de lui.
VOLTAIRE A MADAME d'ÉPINAY.
5 auguste, à Feruoy, 17G1.
« Puisque vous avez, madame, frère Saurin à la Chevrette, je vous prie de vouloir bien vous charger d'une négociation auprès de lui. Vous savez que, malgré les calamités du temps, il y a quelques souscriptions en faveur de la race de Corneille. Je ne sais pas encore si nos malheurs ne refroidiront pas bien des gens ; mais je travaille toujoui's à ])on compte. J'ai commenté le Cid, Cinna, Médée, Horace, Pompée , Polyeucte, Héradms, Rodogune;
l)eautés, défauts, fautes de langages, imitation des étrangers, tout est remarqué au bas des pages pour l'instruction de lami lecteur'. J'ai envoyé à notre secrétaire perpétuel de l'Académie- une préface sur le Cid, et toutes les notes sur les Eoraces.
» Je voudrais bien que M. Saurin, mon confrère, voulût aller à l'Académie, et examiner un peu ma besogne ; personne n'est plus en état que lui de
1. Ces Comntentai)Xs sur Corneille, que Voltaire prisait fort, sout appréciés par Haliani avec uue justesse d'observation très piquaute. « Si YoUaire a jugé Thomme Corneille, il X est absurdement envieux; s'il a jugé le siècle de Corneille » et lart dramatique d'aloi's, il le peut, et notre siècle a 'I droit d'examiner le goût des siècles précédents. Je n'ai » jamais lu les Commentaires de Voltaire sur Corneille, ni » voulu les lire, quoiqu'ils me crevassent les yeux sur toutes » les cheminées de Paris, lorsqu'ils parurent; mais il m'a » fallu ouvrir le livre deux ou trois fois par distraction; « et toutes les fols je l'ai jeté avec indignation, parce que » je suis tombe sur des notes grammaticales qui m'apprc- » naient qu'un mot ou uue phrase de Corneille n'étaient pas » en bon français : ceci m'a paru aussi absurde que si l'on i> m'ajqjrenait que Cicéron et Virgile, quoique Italiens, « n'écrivirent pas en aussi bon italien que Boccace et TArioste. » Quelle impertinence! Tous les siècles et tous les pays ont » leur langue vivante, et toutes sont également bonnes. Cha- » cun écrit la sienne; nous ne savons rien de ce qui arrivera » là la langue française, lorsqu'elle sera morte; mais il se " ]>onrrait bien faire que la postérité s'avisât d'écrire eu » français sur le style de Montaigne et de Corneille et pas » sur celui de A'oltaire. » [Corresp. de Galiani, édition Percy et .Maugras.)