‹ Une femme du monde au XVIIIe siècleChapitre 51 sur 106 · De toutes les leUres que madame d'Épinay reçut de · texte numérisé non relu

De toutes les leUres que madame d'Épinay reçut de

mencent à se corrompre. Je nie flatte que la chose est possible et qu'une occasion peut vous décider. » J'appris d'abord avec efîroi la nouvelle concernantM. d'Épinay. Les adoucissements que j'ai sus depuis m'ont paru des acquisitions. Je crois vous avoir jugée, dans tout cela, telle que votre lettre vous peint. J'ai dit, voyant la chose au pire, que vous ne

Genève à ceUe époque, nous ne citons que celle-là, remarquable par sa forme originale et ses pensées philosophiques. Huber (1721-1786) entra en 1738 au service de l'électeur de Ilopse-Cassel, comme enseigne, au régiment du prince Frédéric; il passa ensuite au service du roi de Sardaigue et revint se fixer à Genève vers 1747. Naturaliste distingué, il a laissé un ouvrage estimé sur le vol des oiseaux de proie. Sa véritable célébrité vient de son talent d'artiste; il dessinait à merveille et était doué d'une singulière aptitude pour les découpures, sujets de guerre ou de chasse, portraits, etc. Des ciseaux et une feuille de papier lui suffisaient pour exécuter d'inimitables œuvres d'art. Sa grande iirtelligence, son esprit d'observation, sa facilité d'assimilation lui rendaient tous les sujets familiers. Il était très lié avec Voltaire, mais ne partageait pas ses idées et ne cessait de le persifler dans ses lettres ou par ses croquis. II possédait si bien les traits de son ami qu'il découpait son portrait les mains derrière le dos; il avait même imaginé de faire découper le profil de Voltaire par son chien, en lui faisant ronger une croûte de pain dont il réservait une partie sous son pouce. Grimm dit dans sa Correspondance : « On a gravé le croquis de trente ou quarante têtes de M. de Voltaire, d'après des tableaux de M. Huber de Genève. Ce sont desimpies esquisses, de vraies caricatures, mais infiniment spirituelles, toutes ti'ès différentes l'une de l'autre et presque toutes également ressemblantes. Ce u'est pas un ami de M. de Voltaire, qui s'est avisé d'écrire pour légende au bas de cette estampe ; Tôt capila, tôt sensus. »

souffriez point pour vous, que vos revers de fortune ne ressemblaient point à ceux des autres. Je me suis mis à votre place, et quand je me mets à la place de quelqu'un, je le tire d'affaires le mieux: du monde. Un événement dans lequel on n'a pas tort, un événement qui fait un luiiit. qui ùto la prétention et le souci de le cacher, le plaisir de consoler ceux qui vous plaignent, la découverte que l'on fait de ses forces et de ses ressources personnelles, est une acquisition, qui, selon moi, vaut mieux que la découverte de tout un aiobe. Il me semblerait d'éclore en pareil cas. Je voudrais par amour-propre vous ressembler, madame, et par sentiment je me flatte que vous me ressemblez. Vous verrez monsieur votre fils se développer et acquérir plus qu'il ne perd. Je voudrais connaître assez tous ceux qui vous entoui'ent pour être aussi tranquille sur leur état moi'al que sur le vôtre. Quant à ces soupers que nous savons, il est assez flatteur de faire avaler gaiement ces soupers-là. J'espère de vous donner ce spectacle avant l'automne. Annoncez-moi aux Sages, car je le suis tout à fait, semblable à Jésus-Christ en toute chose, excepté le péché. N'était-ce pas Grimm qui disait que Lubière était une caricature de Notre- Seigneur? Le pauvre garçon vous a plainte à sa manière. Ah! que je vous plaindrais à mon tour, si

votre état présent vous découvrait de faux amis, si vous aviez fait membres de votre individu les propriétés que la fortune vous enlève, comme un homme que je connais, qui n'est tout lui, que lorsqu'il est dans son carrosse à six chevaux et dont on ne voit pas la dixième partie quand il est à pied.

» Je rencontrai l'autre jour votre syndic \ qui est devenu le mien en mémoire de vous. Il m'embrassa tristement, vous nomma, je le consolai ; je fais vos honneurs, je vous vois telle que je veux vous voir. Ne serais-je point comme les enfants qui chantent la nuit quand ils ont peur? Non, ce ne doit pas être le cas. Je ne veux pas que cela soit, assurezm'en encore, madame. Ma femme, qui ne pense pas tout à fait aussi pittoresquement que moi sur les objets extérieurs, a été très touchée de l'événement et très consolée par le calme de votre lettre. Elle ne vous a pas écrit, vous croyant assommée de lettres, mais elle a chargé vingt fois Lubière de vous témoigner l'intérêt qu'elle prend à vos chagrins. »

A peine installée dans sa petite maison, madame' d'Épinay fut rejointe par Grimm , qui vint habiter dans le voisinage. Bien vite accoutumée à son nouveau genre de vie, elle trouva dans son isolement

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