David Hnmc (1711-1776), célèbre historien écossa.is
I)i('i) doutée, cet homme n'est bon qu'à manger du veau! » Depuis ce temps-là, il est relégué au rôle de spectateur, et n'en est pas moins fêté et cajolé. C'est en vérité une chose plaisante que le rôle (ju'il joue ici; malheureusement pour lui, ou plutôt pour la dignité philosophique, car pour lifi il parait s'accommoder fort de ce train de vie ; il n'y avait aucune manie dominante dans ce pays lorsqu'il y est arrivé: on l'a resardé comme une trouvaille dans cette circonstance, et l'effervescence de nos jeunes têtes s'est tournée de son côté. Toutes les jolies femmes s'en sont emparées; il est de tous les soupers fins, et il n'est point de bonne fête sans lui ; en un mot, il est pour nos agréables ce que les Genevois sont pour moi.
» A propos, que dites-vous de ' ? En vérité,
j'allais le nommer, et il ne le faut pas : eh bien! donc, (jue dites-vous d'un tel, (pii prétend que je dois vous écrire plus souvent que jamais, parce que vous devez avoir besoin de dissipation, à présent que vous êtes marié? Ah ! que je vous entends d'ici nous dire gravement et ironiquement : « Cet homme ne connaît que les mariages de Paris; il n'a guère d'idées de ceux de Genève. » Doucement, monsieur
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notre oncle, dites que ce an tel ne connaît point votre femme, et vous aurez raison; mais point d'apostrophes nationales, elles sont toujours injustes ; je ne les aime point. Croyez-moi, les hommes sont partout les mêmes; et pour une petite modification de plus ou de moins, cela ne vaut pas la peine de s'en enorgueillir ni d'humdier les autres. Bonsoir. »
Cette mode des proverbes plaisait beaucoup à madame d'Epinay; quand sa santé chancelante lui interdisait de faire partie de la troupe, elle se consolait en composant de petites pièces de société. Nous avons retrouvé dans ses papiers le plan de plusieurs d'entre elles. Ses amis l'aidaient souvent dans cette besogne, et voici une lettre de Galiani qui prouve qu'elle le mettait aussi à contribution :
« J'ai été, madame, jeudi, vous trouver; heureusement pour vous, vous étiez sortie, car je venais dans l'intention de vous gronder très fort. Venons au fait. Tout ce que vous dites sur la pièce est bel et bon; mais je ne donnerai pas un quart d'heure de mon temps de plus, après trois vacations, aux Français au Levant. Les Françaises du Ponant occuperont le reste. Ainsi si, avec trois vacations, vous savez en faire une pièce en cinq, six, sept, dix
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actes, j'en serai charmé ; faites tout ce qu'il vous plaira; pour moi je n'y ferai rien de plus. La plus mauvaise monnaie dont on puisse payer ses amis, madame, sont les conseils ; les secours sont la seule bonne. Si vous pouvez donc me payer en espèces de secours quelconques, je vous en aurai bien de Toblisation.
)) J'ai oublié de vous dire que je sais corriger les fautes d'autrui. Je ne sais pas corriger les miennes ; si je le savais, je commencerais par ne pas les faire. Ainsi, d'une pièce qui nV-tnit pas la mienne, j'ai fait celle que vous avez vue. C'est h cette heure votre tour et pas le mien , je n'y sais plus rien ajouter ni retrancher. J'ajoute à cette lettre que je suis votre très humble et très obéissant serviteur, »
Malgré sa mauvaise santé, madame d'Épinay prend part aux plaisirs de ses amis et ne les attriste jamais du récit de se? peines. Ses lettres en font foi
MADAMK d'Épinay a m. dk lubière.
Mars nOa.
« Y a-t-il quelqu'ini paiiui vous qui veuille se faire dénouer? Dénouer ? oui, dénouer, mais dénouer quoi?... Eh! dénouer loiil court. Voici le fait. Ln
charlatan, qu'on dit grand médecin, prétend connaître au pouls toutes les maladies dont on peut être attaqué, leurs causes et leurs effets ; cette annonce est belle et en impose, mais il simplifie beaucoup la chose, car il réduit toute les maladies à une seule cause qui provient des nerfs qui se nouent et se replient les uns sur les autres. Ou lui dit : « Monsieur, j'ai la fièvre, un rhumatisme, je suis asthmatique, étique, apoplectique. » — « Contes en l'air que tout cela, répond-il : les nerfs noués, voilà votre mal. » Alors il vous étend sur un lit, vous parcoui't et retend tous les membres avec des mains, dit-on, semblables à des étaux, vous fait jeter des hauts cris, puis il vous relève, se fait bien payer et l'on court jouer à la fossette. Ce qu'il y a de certain, c'est que tout le monde va se faii'c dénouer, et que c'est une chose ravissante, si l'on veut en croire les connaisseurs.
)> J'ai reçu les vers que vous m'avez envoyés ; je vous en remercie. Ceux de Voltaire sont comme tout ce qu'il a fait : divins, pleins de charmes et de grâces-, mais je vous trouve beaucoup trop sévère pour ceux du chevalier de Boufllers ' et surtout
1. Le chevalier de Boufflers (Stanislas-Jean) (1737-1816'. Il était à l'armée, comme dans les cercles de Paris, plein de folie et de gaieté. Pendant la puerre de Sept ans. il avait
DERNIÈRES ANNÉES DE MADAxMK D'ÉPIX.VY 31'J
envers sa personne. Ah! l'on voit bien que je ne lue niL'Ie plus de votre éducation; de mon temps, vous aviez plus d'indulgence; eli bien! quoi, il a les défauts et les agréments de la jeunesse. L'expérience el le temps le corrigeront, et, du reste, il lui restera un grand fonds d'esprit et d'originalité. Ah! mon ami, soyons- tolérants, et pour cause. L'intolérance rend ti-iste, diflicUe... Mais, dites-moi donc, n'avez-vous jamais été jemie? Non? eh bien! tant pis pour vous.
)) Je vous recommande la lecture du ti'oisième morceau du supplément du mois dernier de Ta Gazette littéraire. 11 est d'un de nos amis; cela frise le sublime, mais le fer n'était pas assez chaud.
» Quand je vous dirai que Fréron est au Forl'Evêque pour avoir mal parlé dans ses feuilles de luademoiselle Clahon ' cela vous sera à peu près
uomiué uu de ses chevaux le Priiice-Ft-rdiuaud et luutre le Pi'ince-lléréditaire. Ouaud on venait le voir le matin, il appelait un de ses palefreniers, et lui demandait, d'un graml sérieux, si le Prince-Ferdinand et le Prince-Héréditaire étaient éli'illés! « Oui, .M. le chevalier.. — Je les fais étriller tous les matins, disait-il froidement à la compagnie ; vous voyez que j'en sais plus long que nos maréchaux. » (Gium.^i, Cori: Hit., t. VI, p. 192.)
1. « On dit que le vertueux .M. Fréron, en s'exta&iant sur lu sagesse de mademoiselle Doliguy (actrice de la Comédie- Française), s'est laissé emporter un peu trop loin par sa ferveur pour la chasteté, et (pu; le public a cru rec(,)uiiaitre, dans
égal. Prenez donc que je n'ai rien dit, et je me dispenserai de vous apprendre sa sortie.
» J'aurais bien quelques articles à relever dans votre dernière lettre, j'en charge notre vénérable syndic * ; je me contente de lui envoyer le texte, et ma paresse tournera au prolit de voti'e société, car- Huber nous a tous persuadés que vous êtes très bon à vexer. Bonjour. Quand je vous ai prêché Tindulgence, c'était en vérité sans retour sur moi-même. Au reste, lorsque je cesserai de vous faire enrager, vous pourrez dire: elle ne m'aime plus. Ah! j'espère bien, monsieur notre oncle, que vous ne le dim jnmais. »
A celte même date, le public parisien attendait avec impatience la première représentation du Philosophe sans le savoir-. On n'imagine guère à présent
sa iiliilip[iiqiie contre les actrices qui vivent dans le désordre, les erreurs célèbres de la première jeunesse de mademoiselle Clairon. Ce qu'il y a de sur, c'est que cette fameuse actrice s'est plainte du vertueux M. Frérou, et que ce digue panégyriste de la chasteté des actrices a été mis au For-l'Évêque pour avoii insulté mademoiselle Clairon. » (Griuiui, Co}'r. Lift.) Fréron n'alla point au For-l'Kvèque : atteint de la goutte au moment où l'exempt venait pour l'y conduire, il employa les quelques jours de répit qu'on lui laissa à faire agir ses protecteurs, qui niitiurent sa grâce.