LOUIS D EPINAY A SA MERE
Pan, ce 6 septembre 1"6S.
« Ma chère maman.
» On ne peut cMre plus surpris que je ne l'ai été à la l'éception de votre première lettre et de celle que mon père m'a écrite l'ordinaire suivant. Je vois avec le plus grand chagrin que vous vous en rapportez toujours aux mémoires qui vous sont adressés par des gens qui, parce qu'ils sont inconnus, se permettent d'écrire ce qu'ils veulent, sans s'emharl'asser d'approfondir la vérité ou la fausseté de ce qu'ils écrivent.
» Je reprends chaque article de la lettre de mon père et vais vous les réfuter l'un après l'autre, non par des discours, mais par des faits :
» On me reproche ina passion pour le je?/, qui lïi a fait faire anciennement et m occasionne jonrnellement des pertes incroyables.
» Depuis ma perte ancienne avec M. de Blair, je
n'ai jamais joué que des jeux de commerce, et il est constant que, chez M. le premier président, je refuse les trois quarts et demi du temps de jouer, et ne le fais que lorsque je ne peux absolument pas m'en dispenser.
» Mon luxe et mes dépenses ridicules en Jiabits. Je défie que l'on soit mis plus simplement que moi. Je suis toujours en noir ; je ne porte point de dentelles ; il est vrai que j'ai quelques habits de couleur, mais c'est pour aller à la campagne on pour le temps des vacations. Si je n'étais pas mis comme les autres, cela serait ridicule.
» Mon application continuelle à la musique.
» Il y a près de trois mois que je nai eu seulement un trio exécuté chez moi. Lorsque j'aurai travaillé une partie de la journée, et que je jouerai le soir mie heure ou deux du clavecin , le trouverez-vous mauvais?
» Et un éloignement total pour toute étude sérieuse et notamment pour les affaires de mon état.
» M. di' la Rauza, professeur en droit de cette ville, qui est un homme incapable de tromper, et avec lequel je suis lié, vous mandera, si vous le sou|iaitez, qu'il est venu me voir trois ou quatre fois depuis la rentrée, dans l'après-midi, et qu'il m'a
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loujours trouvé occupé à examiner des procès. Ce sont des faits.
» Je travaille au palais tous les matins, tant par moi-même qu'en écoutant les autres. Le reste de ma journée est réglé et divisé en quatre portions, savoir: le travail, la littérature, la société et la musique. Je ne m'écarte pas de cette règle depuis ma réception, à moins que je n'aille en campagne, ce qui m'arrive rarement.
wOna parlé démon assiduité auprès de la plus mauvaise compagnie de Pau. Il est à connaître que, depuis que je suis ici, j'aie mis le pied chez aucune fille, ni même maison suspecte : c'est un changement qui ma étonné moi-même, mais qui n'en est pas moins vrai. J'en ai non seulement perdu Thahitude, mais même le goût.
» Malgré ces injustices, ma chère maman, je ne me relâcherai en rien de ma conduite. Au contraire, je m'observerai plus que jamais pour ne donner auaucune prise sur mes actions. »
Malgré ces protestations, les nouvelles que madame d'Epinay continuait à recevoir de Pau lui brisaient le cœur. On lui fit savoir que Louis montrait les lettres qu'elle lui écrivait, et s'égayait avec ses amis de ses remontrances et de ses conseils. Elle en fut cruellement blessée et chargea M. de la Gaze, fils du
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premier président, de réclamer à Louis toute sa correspondance.