Nous avons respecté l'orthographe de cette letti'e
faire faire une saisie à monsieur Daulabarats ou de le faire arrêter, ce que naiant point de l'argent pour paier, je pense, monsieur, que vous pense trop bien pour celle et pour luyaucasionner ce chagrin.
» J'ay llionneur dettre, monsieur, avec tous les respect, votre très humble et très obéisant serviteur,
» Do.MLMQUE SeNAC. »
Il n'}' avait plus à hésiter, la situation devenait inextricable; il fallait de l'argent à tout prix. N'osant affronter directement le courroux maternel, d'Épinay s'adresse à sa sœur, en la priant de lui servir d'intermédiaire :
LOLis d'Épinay a madame de belsunce.
A Pau, ce 14 janvier 1769.
c( Je suis un monstre, je ne me connais plus, j'ai le cœur déchiré de mille remords qui s'élèvent en foule et à tout moment contre moi. Je ne m'envisage qu'avec horreur, j'ai manqué à ma parole, j'ai pu violer les promesses authentiques que j'avais faites. Je ne suis pas digne de voir le jour, je me suis replongé dans de nouveaux précipices lorsque la bonté de nos parents était sur le point de me tirer des anciens.
DERNIÈRES ANNEES DE MADAME DKPINAY r{4ii
» Si VOUS saviez, ma chère sœur, à quel point je me trouve odieux et en même temps à plaindre, vous auriez pitié de moi. L'état affreux où je s lis ne peut se concevoir. Seul, isolé, livré à moi-même et à toutes mes passions, je n'ai pas un ami à qui je puisse contier mes peines. Est-il une situation plus fâcheuse?
» Il n'est que trop vrai que IV'lat que j'ai envoyé ne se trouve pas exact maintenant, il l'était pour lors; mais j'ai été passer toutes les fériés et les fêtes de Noël à Bayonne; là j"y ai été la dupe d'un misérable qui, sous le voilé de la probité et de la bonne foi,m'afait contracter des engagements qui sont d'autant plus sérieux qu'ils sont à la veille de leur échéance, et qui se montent à 4.670 livres, outre les différents billets qui se muiileiit encore à près de 1 .000 écus, et je vous proteste par tout ce qu'il y a de plus sacré que de tout cet argent je veux être le dernier des hommes, si j'ai touché plus de 60 louis. Cela doit vous prouver à quel point j'ai été trompé.
» Je ne peux pas prendre sur moi d'écrire à ma mère, sans savoir de quelle façon je peux le faire. M. de la Fargue lui écrit aujourd'hui et veut bien avoir la bonté de s'intéresser pour moi. quelque indigne que j'en sois. M. d'Etcheverry doit vous
écrire aussi, et M. de Saint-Pau à M. de Belsunce; si M. le premier président n'avait pas été aussi incommodé, il aurait écrit certainement à ma mère, mais il m'a promis que de l'instant qu'il pourrait mettre la main à la plume, il le ferait. Il m'a parlé avec toute la tendresse que j'aurais pu attendre de mon père et de ma mère ; je me suis jeté à ses pieds, et je lui ai témoigné à quel point j'étais touché de ses bontés et indigné contre moi-même d'y avoir si mal répondu jusqu'à ce jour ; je lui ai juré solennellement en présence des trois messieurs dont j'ai parlé ci-dessus, que j'allais prendre un autre plan àeme et que je ne m'en écarterais jamais.
» Votre lettre, ma chère sœur, m'a aussi vivement touché. La réputation que j'ai dans la famille m'effraye, je vois que l'on sait tout et c'est ce qui fera ma perte. Je suppose que la tendresse de mon père et de ma mère les porte à me pardonner ces nouveaux écarts ; qui me répondra que nos autres parents ne voudront pas me punir de tant de récidives et me faire mettre en lieu de sûreté. Le parti serait extrême à la vérité et me ferait un tort irréparable dans la suite, mais je sens que je le mérite et l'idée pourrait en venir à leur esprit irrité. Si je puis acheter mon pardon par un repentir vrai, celui que j'ai dans le cœur est certainement bien sincère ;
ce qui le caractérise aussi, c'est la voix intérieure qui se fait entendre à tout moment d'une façon déchirante.
» J'ose espérer que les lettres de ces messieurs jointes à vos vives sollicitations et à celles de M. de Belsunce parviendront à fléchir le courroux de nos parents, quand ce ne serait que pour calmer un peu mon désespoir, et je n'épargnerai certainement rien de mon côté pour prouver mon changement total.
» De tout cet argent il n'y a pas un écu d'employé au jeu.
» M. de Saint-Pau me charge de vous faire ses compliments et de prier le vicomte de lui rapporter douze paires de gants blancs de peau de Paris. Je crains que cette lettre ne puisse pas partir, car il est fort tard. Je vous embrasse, ma chère sœur, mille fois. »
Madame d'Epinay avertie, il fallut bien que Louis se décidât à faire le nkitde ses malheurs. Il raconte une étrange histoire ; mais nous le verrons se poser si souvent en victime de sa bonne foi, inventer, pour cacher ses désordres, des aventures si invraisemblables, recourir dans ses embarras d'argent à de si sitiguliers expédients, qu^il est bon d'attirer sur ce point l'attention du lecteur.