‹ Une femme du monde au XVIIIe siècleChapitre 71 sur 106 · Madame de Saiut-Puu · texte numérisé non relu

Madame de Saiut-Puu

je voudrais bien que ce fût ici et que nous eussions le plaisir de vous voir; ce serait une surprise bien agréable que de vous voir arrivera Mont, où nous allons passer les vacances ; vous y retrouveriez votre clier curé. Brisons là: votre tendresse pour lui fait que je dois \ous ménager de peur de nourrir vos feu\, mais vous savez mieux que moi que...

L'absence est à l'amour ce qu'est au feu le veut: Il éteint le petit, il allume le grand.

» Ainsi, voilà mon curé sûr de votre cœur. Gliangeons de matière : la diversité ne vous déplaira pas.

» Je voudrais vous fournir des idées couleur de rose '. mais où les prendre? Dans trois mois de maladie, on ne se fournit que de gris. Mes enfants ont été et sont bien touchés de votre sort ; ils vous en assurent tous et du fond de l'àme. La musique est presque éteinte chez nous depuis votre départ. Écrivez-moi souvent^ je vous répondrai exactement et plus diligemment. Mes loisirs ont été remplis par un peu d'imbécillité: je n'en suis pas guérie encore, connue vous voyez: mais, pour ne pas tant déplaii'c à la société j'ai ajouté au train de ma maison poiu' lui donner plus de brillant... devinez... Vous allez croire ([uc c'e>t peutl'Iii' un rarrosse; [tuinl. mmi- n'\ êtes pas. l-^li bien!

pour ne pas vous faire suer l'intelligence, c'est une jolie Lisette épagaeule ; vous n'attendiez pas cette chute. Oh ! qu'elle a de grâces et de singeries !

» Adieu , mon pauvre d'Épinay , le papier finit ; mais ce qui ne finira qu'avec moi, parce que vous le méritez, c'est l'amitié sincère de votre vieille amie, dont vous connaissez le nom et les caractères.

« Ml.MI. »

D'Épinay n'était pas seulement en correspondance avec M. et madame de Saint-Pau, il recevait encore secrètement par de complaisants intermédiaires des billets de mademoiselle de Saint-Pau et il y répondait. Décidé à faire enfin l'aveu de sa passion à sa mère, il eut la bizarre idée de lui envoyer le premier des billets qu'il avait reçus, après l'avoir annoté longuement ; il espérait ainsi lui montrer l'affection qu'il ressentait pour la jeune fille et obtenir une réponse favorable.

MADEMOISELLE DE SAINÏ-I'AU l'aIXEE A LOUIS d'ÉPINAY '.

'( Je ne saurais vous exprimer, mua cher monsieur, la vive impression (V/)qu'a faite sur moi votre

(a) II -n y a que moi qui puisse voir dans cette expres-

1 . Toutes les notes de cette lettre out été écrites par Louis d'Épinay.

départ. Soyez tranquille pour le secret que vous m'avez confié {b) , je ne le dévoilerai de ma vie. On parle beaucoup de votre départ (c),tout le monde en général vous regrette (d) et Ton a blâmé tous vos parents d'avoir si mal embarqué votre punition (e).

sion loiil ce que j'y vois. Que de douceur et on même temps que de force elle renferme! Celte phrase seule dit autant que la lettre entière.

[h) Elle veut parler de ma démission que je lui ai confiée lorsque j'eus si,?né ce papier, qui me fut présenté d'un air si calme et si intérieurement satisfait par M. le marquis de la Gaze, en présence de son père, qui ne l'était pas moins, quoiqu'il affectât le contraire, et de M. de la Fargue, dont je n'ai certainement qu'à me louer, qui avait l'air chagrin et qui l'était véritablement.

(c) Mon départ précipité a fait fort longtemps le sujet des entretiens de tout Pau. Chacun en a parlé diversement. Les uns, suivant le rapport de mon laquais, ont dit publiquement qu'on m'avait rencontré sur la route de Toulouse, conduit par six archers de la maréchaussée, d'autres ont tenu un autre langage.

{d) Les autres, et c'est le plus grand nombre, m'ont regretté et plaint, toujours suivant le rapport de mon laquais.

('.') C'est pour vous prouver, ma chère maman, que je ne veux vous rien déguiser que j'ai laissé le mot embarqué, auquel j'avais grande envie d'en substituer un autre, mais je vous prie de croire qu'elle n'a pas senti toute la force de ce mot, et qu'en l'employant elle n'a sûrement pas pensé qu'on pût le mal interpréter ; d'ailleurs ce mot ne porte que sur l'exécution de la punition qui a été mal conduite, et ainsi no tombe plus sur vos parents, suivant ses termes, puisque vous n'aviez pas

Nous sommes fort inquiètes du lieu que vous habitez; veuillez nous en instruire par d'Etcheverry, car, je vous en prie, ne me faites pas de réponse (/). Je vous demande encore une petite grâce, c'est d'écrii-e à maman, s'il vous est possible [g), elle y compte ol se persuade {/i) que vous le devez par rattachement qu'elle a pour vous (z). N'oubliez pas lesdeuxinconvénients (A) et soyez Vir df nuire plus tendre souordonné que ma punition sérail exécutée avec si peu de précaalions, mais il toml)e sur ceux que vous en aviez chargés, qui véritablement l'ont fort mal embarquée.

(f) Le moyen dp s'empêcher de répondre ;i une lettre comme celle-ci.

(.9) A peine ai-je été arrivé, que j'ai mis la main à la plume pour elle, et j'aurais cru manquer ù tout si je ne l'avais pas fait.

(/<) Voilà encore un mot dnai mademoiselle de Sainl- Pau n'a pas senti la force, et on serait en droit de l'accuser de manquer de respect à sa mère ; eh bien, au contraire, personne n'aime plus ses parents et ne les respecte davantage qu'elle.

(i) Elle me l'a bien prouvé par tout ce que vous avez vu dans la lettre que j"ai l'honneur de vous écrire ' aujourd'hui.

(A-) Plaisanterie de société. Je leur dis un jour en badinant que, depuis que j'avais l'avantage de les connaître (les deux sœurs), il m'était impossible de rien faire que de penser à elles, qu'à peine voulais-je lire, écrire, m'appliipier à quelque chose de sérieux, leur idée venait me troubler et me détourner do mes occupations. Depuis ce temps-là, je les ai toujours appelées mes deux inconvénients.

DIsRNIKUKS ANNKKS D K ^[ADAIMK Tt'KPlNAY T.r>

voiiir (/). Je garde votre musique (m) jusqu'à po que je sache quelque nouvelle de \()\\v pari: elle no prendra pas de mal, el j'en userai comme vous l'avez i)ien voulu. Adieu, mon clier d'Epinay, vous me connaissez bien; je suis la petite musicienne de Sniiit-Pau. Ma souir vous dit cent mille choses et n'est pas moins aftligi''C que moi de votre al)sence(;i). Souvenez-vous de nous aussi souvent que nous le ferons de vous, el je serai contente (o). Ailieii encoi'e, ne dites rien de cette lettre {p). »

Madame d'Epinay accueillit fort mal les ouvertures de son iils :

<( Vous me donnez, lui riqiond-ellc, comme une pi-euve de la délicnlesse de mademoiselle de Saint- Pau de ne vous avoir jamais parlé de votre conduite.

(/) Kxprossion hii'ii (l'udi'O.

(/») Quelques aiielles, opéras bouffons, pièces de tl.ivecin, que je leur avais pi-t^lés.

(il, o) Ces deux phrases expriment encore tout ee qu'il est possible d'exprimer.

(p) Au surplus, ma rlière maman, vous devez voir deux choses pi'incipales dans celte jolie lettre. Premièrement la tendre aniifif'! des deux sa-urs pour moi, (luokfue chose de plus dans l'ainée. .Secondemenl, que l'on n'esl point la dupe à Pau do mon (ji'iiail. iM tinil jiasso conslammeni pour niii''punilioii.

ce m'est une preuve bien contraire ; et, à côté de cela, elle vous écrit des lettres et des lettres fort tendres ; sa délicatesse le lui permet. Est-il possible de voir et de juger ainsi? Je serais fâchée de juger légèrement, mais on ne peut cependant asseoir un jugement sain que sur les faits. La conduite de mademoiselle de Saint-Pau est indiscrète, pour ne pas dire plus, et annonce qu'elle fait beaucoup plus de cas du peu de bien qui vous attend que de votre personne. »

Louis ne se tint pas pour battu et essaya encore de faire revenir sa mère sur ses fâcheuses impressions :

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