‹ Une femme du monde au XVIIIe siècleChapitre 83 sur 106 · Ix' louis était de 2't livres · texte numérisé non relu

Ix' louis était de 2't livres

DEUNltRES ANNÉES DE MADAME D'i-PIXAY -ÎÔO

s'il est une bête rare pour vouloir le voir par curiosité. 11 ajoute qu'on ne le voit pas à moins de six sous. L'Anglais en tire douze et lui dit que c'est pour deux fois, et i|im1 reviendra le lendemain. Voltaire se met à rire et lengage à rester huit jours chez lui.

(' Je suis avec le plu^ profond respect.... »

LOL'IS d'ÉPINAY a ?A UKUE.

A Borne, ce l<^r décemhro ni:?.

« Ma lettre ne sera pas longue. Je suis trop affecté pour n'être pas concis. Après avoir reçu ce matin votre paquet, j'ai fait ma confession générale à M. et à madame Wilhelmy. Je ne leur ai rien caché de mésaventures, qui les ont fort étonnés ; ils m'ont blâmé et plaint en même temps, mais >I. \Vilhelmy n'est point du tout d'avis de répandre dans le public le bruit de mon interdiction. 11 trouve, ainsi que moi, que ce serait me perdre entièrement dans son esprit et que cela ne peut faire que le plus mauvais effet puiir moi. Dans la façon dépenser des Bernois, de quel œil seiais-je regardé d'eux, s'ils étaient instruits de cette malheureuse circonstance de ma vie I Je commence à être estimé dans ce pays. Je fais au moins mo.i possible pour y'parvenir. Voudriez-vous

détruire mon ouvrage en un instant ? Je ne puis le croire. Cela ne manquerait cependant pas d'arriver. M. ^Yilhelmy ne trouve pas non plus nécessaire que les banquiers soient prévenus de mon interdiction. Vous me croyez capable de profiter de l'ignorance où quelqu'un" d'eux serait à cet égard pour faire des dettes? C'est exactement comme si vous me disiez que vous me regardez comme un fripon. Ne m'enlevez pas du moins, ma clière mère, la satisfaction intérieure de pouvoir m'approprier seul le mérite de ma bonne conduite.

» Je ne vous caclie pas que la résolution, où vous paraissez être, de parler ici de mon interdiction me met au désespoir.

» Je vous jure sur ma parole d'iionneur que, quelque juste que soit mon compte, je ne ferai pas à Berne un écu de dettes. Je me priverai plutôt des choses les plus indispensables, mais je vous jure aussi par ma même parole d'honneur que si je découvre que la moindre personne ici, excepté M. et madame Wilhelmy, de la discrétion desquels je suis assuré, soit instruite de mon interdiction, plutôt que de vivre déshonoré, je partirai sans prendre congé de personne, et j'irai habiter quelque pays, où, inconnu, je pourrai du moins jouir de l'estime el de la considération des gens honnêtes que j'y tr-:'';-

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verai, sans craindre de la voir troulilcr. Cette allernative est cruelle, mais je ne dois pas balancer. Vous pouvez entièrement compter sur l'exôculion fidèle de ces deux serments. Je vous les réitère en vous assurant du profond respect avec lequel, elc. »

D'Epinay prolonga assez longtemps son séjour h Berne et, pour la première fois de sa vie, nous le voyons adopter un genre de vie à peu près raisonnable. Son interdiction n'y était peut-être pas étrangère.

Nous le retrouverons bienlùL dans une des circonstances les plus graves de sa vie.

Départ de Grimm pour Darmstadt et de Diderot pour la Haye. — Galiani. — Séjour de Diderot à la Haye. — Son arrivée à Saiut-Pétersbourg. — Séjour de Grimm à Berlin; — Ses impressions sur Saint-Pétersbourg. — L'avènement de Louis XVI jugé par Voltaire et par Galiani. — Maladie de Grimm, séjour à Carlsbad. — Retour de Grimm et de Diderot à Paris. — Les conversation? d'Emilie. — Mariage de Louis.

Cette malheureuse année 1773 fut lamentable pour madame d'Epinay. La maladie qui la menaçait depuis si longtemps faisait chaque jour de nouveaux progrès, et la pauvre femme restait maintenant bien souvent alitée. Mais une douleur plus intime , plus profonde peut-être , lui était encore réservée. Au mois d'avril Grimm partit pour Darmstadt , ap-

DERNIERES AXXEES DE MADAME D'ETIXAV 4G3

pelé par sa protectrice, la landgrave de Hesse- Darmstadt , qui se rendait à Pétersbourg avec sa fille * et désirait qu'il les accompagnât. Cette absence menaçait d'être longue. Pour comble de chagrins, Diderot avait quitté Paris en même temps que Grimm ; comme lui il se rendait à Saint-Pétersbourg, mais il ne suivait pas la même route et passait d'abord par la Haye. Madame d'Epinay fut inconsolable. Elle redoutait pour Grimm les fatigues du voyage et son imagination exaltée lui faisait prévoir les plus sinistres événements. Galiani s'efforçait en vain de lui rendre un peu de courage :

« Les désordres de notre i machination sont bien cxtraordinan'es et bien difficiles à guérir à l'aide de la philosophie toute seule. Il faudrait que le tempérament s'en nu'lût. Par exemple, vous vous figurez mille risque-, mille morts des absents. J'ai éprouvé ce mal d'imagination. Au fond, c'est une folie. Est-ce que nous guérissons, en couvant des yeux, comme les tortues leurs œufs? Et prend-on moins une colique lorsqu'on mange trop à cùlé de son ami que lorsqu'on dîne tout seul? La seule diflerence est que nous l'apprendrons plus tôt; cela ne

1. La princesse Natlialif nnilholniiKo. qui (^poii*;i li' 10 ocl()l)iv le pranil-(lii(" l'aiil.

guérit de rien. Ainsi, persuadez-vous que sous vos yeux, ou loin de vous, il n'en sera ni plus ni moins. Pour ce qui est de la perte réelle que nous cause une absence, je n'ai rien à dire; elle existe, elle est irréparable ; mais l'idée des retours est un calmant singulier. D'ailleurs, le temps s'écoule si vite

Heureusement pour madame d'Epinay, madam > fie Belsunce ne la quittait pas, elle l'entourait de soins dont elle avait grand besoin et lui servait de S3crétaire. c Tout est désolant dans votre lettre sans date, écrivaitGaliani àmadamedeBelsunce.Mais ce qui l'est plus pour moi, c'est l'état physique et moral de madame votre mère, malade, abandonnée; rien n'est plus atTreux. »

Et cependant malgré son état déplorable, madame d'Epinay n'interrompait pas tout à fait sa correspondance. Elle savait que ses lettres jouaient surtout un grand rôle dans la vie de Galiani; exilé sur sa terre natale; elle savait que l'abbé serait inconsolable de perdre sa gazetière, et, à tout prix, elle voulait lui épargner ce chagrin :

« Vous avez bien raison, lui écrivait-il', le prix qu'un attache à ce 'chiffon de papier qu'on appelle lett7'e est incroyable. Cette folie rapporte au roi de France six millions par an. Mais savez-vous le pourquoi? C'est que la correspondance par lettres n'est

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