L'abbé Mavoul
depuis l'été dernier j'ai pour premier médecin le roi de Prusse, qui m'a tiré d'affaire en m'envoyant à Carlsbad, en Bolième.
» Vous ne savez pas peut-être que vous êtes connu de l'impératrice de Russie comme le pain quulidicu et qu'elle en parle aussi souvent que moi. Cette femme a le malheur de se moquer des musulmans et des économistes, mais à cela près c'est une charmante femme ; moi qui ai appris dans la civilité puérile et honnête qu'il ne faut se moquer de personne, je vous dis qu'il y a grande apparence que j'irai vous embrasser l'hiver prochain; mais n'en disons encore mot à personne, de peur de nous tromper une seconde fois dans nos calculs. Adieu, charmant abbé, aimez-moi, vous n'avez rien de mieux ni de plus sensé à faire. Nous renvoyezvous monsieur l'ambassadeur? Il est aussi de ceux "pion ne peut aimer sans passion. Nous sommes menacés de perdre le chevalier de Magallon sous un mois; c'est une perte irréparable, et combien n'en avons-nous pas fait depuis six ans? »
\ peine arrivé, Griniin songeait déjà à repartir : il parlait de visiter l'Italie, de retourner en Allemagne, et madame d'Epinay de se désoler. Elle comprenait cependant la nécessité de ces voyages, mais elle n'avait pas toujours la force de dissimuler le chagrin
qu'elle en ressentait. Lorsque Galiani sait les appréhensions de son amie, il ne peut contenir sa colère contre celui qui la tourmente ainsi sans repos ni trêve :
u Peste soit de l'Allemand! s'écrie-t-il, il est donc toujours ivre? Toujours? Et ne voit-il pas qu'avec ses propos bêtes de retour et de nouveaux voyages, il vous empêche de vous bien porter, selon mon ordonnance. Enfin, ma belle dame, prenez patience, attendez qu'il ait cuvé son Nord. Lorsqu'il sera rassis, je me flatte qu'en se frottant les yeux, il dira : Que j'étais ivre * ! »
Cédant aux instances de madame d'Epinay,Grimm consentit à retarder son voyage jusquà la fin de l'année 1775.
C'est dans les premiers jours de cette même année que madame d'Epinay fit paraître les Conversations â' Emilie. Pendant les absences de Grimm et quand madame de Belsunce résidait à Méharin, les soins affectueux des belles-sœurs de madame d'Epinay ne lui manquaient point, ses amis ne la négligeaient pas non plus quand elle pouvait les recevoir, mais sa maladie avait fait de tels progrès qu'une partie de ses journées se passait dans son lit ou sur une chaise longue; les heures alors s'écoulaient bien