VOLTAIRE A LA MÊME
<( Je demande aujourd'hui la permission de la robe de chambre à madame d'Épinay. Chacun doit
être vêtu selon son élat. Madame (VÉpinay doit être coiiïée par les Grâces et il me faut im bonnet de unit, »
La santé de madame d'Épinay n'avait pas fait de grands progrès depuis son arrivée. Des accidents assez bizarres la privaient par moments de la sensation du monde extérieur ; après ces absences assez longues, elle reprenait possession d'elle-même, comme si rien d'anormal ne s'était passé. Elle appelait, en plaisantant, cet état étrange : « Ses interruptions d'existence. »
VOLTAIRE A MADAMK D liPINAY,
« C'est grand dommage, madame, que vous n'existiez pas; car, lorsque ro//.s êtes, personne n'est niiinix. Je n'existe guère, mais je souhaite passlonnèiiicnf de vivi'e pour vous faii'i"' ma couv.
» Si vous craitrnez /es escalades^ daignez venir jouir de la tranquillité dans notre cabane, lorsque nous aurons battu les Savoyards. Honorez-nous de votre présence, nous la préférons à tout. Nous sommes à vos oidres et à vos pieds... »
1. LEscalaile est une fête qui se célèbre à Gmii-ve le 12 décembre, eu IbouniMir du succès avec lequel les Cenovois repousséreut l'attaque nocturne du duc de Savoie
J>n DERXIÈHES ANXKES DE MADAME D'EPINAY
Voltaire attachait d'autant plus de prix à ses relations avec madame d'Epinay que sa présence aux Délices y attirait plus souvent Tronchin. Le docteur était parfois un peu las des fantaisies et des prétendues maladies mortelles de son illustre client, et ne se rendait pas toujours à son appel.
« Voltaire se porte on ne peut pas mieux, écrivait Tronchin à Grimm; je l'ai rencontré hiep entre les deux ponts du Rhône conduisant un cabriolet attelé d'un poulain qui n'a que deux ans. Je lui criai par la portière : « Vieux enfant, que » faites-vous? » Ce matin j'en ai reçu ce billet; voyez si c'est l'allure et le ton d'un agonisant ; il est plus étourdi que jamais : « Le spectacle d'un » jeune pédant de soixante-dix ans ne se donne pas » tous les jours ; mon cher Esculape, j'allais chez » vous, j'avais quelque chose à vous dire ; je n'avais )) point de chevaux de carrosse, et j'ai pris le parti » de vous allez voir en petit-maître : n'allez pas en » tirer vos cruelles conséquences que je me porte )) bien, que j'ai un corps de fer, etc. Ne me calom- » niez plus et aimez-moi'. »
Malgré l'aimable accueil de Voltaire, l'agréable société qui l'entourait et l'espoir d'une prochaine guérison, madame d'Epinay ne pouvait se résigner à son exil. Elle écrivait chaque jour à Grimm ou à
l'an 1602. L'expéJition des Savoyards avait éti- préparée avec le plus graud mystère.