‹ Une femme du monde au XVIIIe siècleChapitre 95 sur 106 · Par jiigeinout, du 10 juin · texte numérisé non relu

Par jiigeinout, du 10 juin

2. Floreat-Jacquf's Le Pot d'Autciiil exerça les fonctious de notaire de 1759 à 1783 ; il demeurait rue Saint-Houoré, vis-ày'^s l'hôtel de Noailli'i*.

3. En juillet, r,ictif de .M. d'Épiiiuy s'élevait à 150,000 livres, sou passif à 650,000, sans compter les intérêts de cette somme depuis un uonihre d'nnnées inconmi.

Madame d'Epinay, épuisée par les chagrins, comprit que, si elle venait à mourir, ses enfants seraient complètement ruinés et ne trouveraient rien de la substitution imaginée par la prudence de M. de Bellegarde ; faisant donc appel à toute son énergie et réunissant toutes ses forces, elle voulut sauver les derniers débris de la fortune de son mari.

Après avoir pris l'avis de la famille qui fut unanime, elle adressa une requête à M. Angran d'Alleray, lieutenant civil du Ghâtelet de Paris, pour obtenir l'interdiction de M. d'Epinay. C'était une grave démarche, et le magistrat proposa, pour éviter le scandale, des moyens juridiques qui lieraient le prodigue sans pour cela prononcer l'interdiction. A la nouvelle de ce qui se tramait contre lui, M. d'Epinay s'empressa d'écrire à sa femme pour lui faire les plus violents reproches. Elle lui répondit simplement par le billet suivant :

A M. d'Epinay.

Eu son hôtel, rue des Saussayes.

<( Madame d'Epinay est toujours dans son lit avec de la fièvre et une attaque de douleurs très vives et très continues ; on lui fait cependant espérer qu'avec beaucoup de repos, cqtte crise n'aura pas de suite. Elle a grande impatience de la voir finir, afin de pouvoir répondre à la lettre qu'elle vient de recevoir de M. d'Epinay, qui lui fait une peine

DKRXIÈRES ANNEES DE MADAME D'EPINAY 5i:>

extrême. Elle espère, lorsqu'elle sera en état d'écrire, de le faire changer d'opinion sur les soupçons qu'il montre; mais, malheureusement, elle n'est ni en état de parler ni en état d'écrire. Elle le prie d'avance d'être persuadé que quelque tournure que prennent les affaires, elle ne manquera jamais à ce qu'elle doit à sa personne et à ses véritable^ intérêts. »

Lo 8 juillet rm.

En même temps qu'à sa femme, M. d Epuiay avait écrit au lieutenant civil pour le supplier, l'assurant que, si sa famille voulait lui avancer 30,000 livres cette somme suffirait pour arranger ses affaires.

Madame d'Epinay, à bout de patience, ne voulait plus entendre parler de transactions ; elle répondit par un mémoire assez dédaigneux dans lequel , rappelant tous les efforts déjà tentés inutilement, toutes les sommes déjà avancées sans résultat, elle déclarait que ni elle ni la famille ne viendraient en aide à M. d^Epinay, si l'interdiction n'était pas prononcée. Elle écrivait en même temps une lettre affectueuse à son mari où elle lui déclarait que cette détermination pénible à son cœur lui avait été dictée par ses devoirs de mère. « Les délais sont inutiles, concluait-elle, cro3'ez-moi, tinisscz le plus tôt que vous pourrez. Venez me voir et soyez sûr que vous

r,it; derniêrp:s années de madame d'épinay

n'aurez jamais de meilleurs amis que vos enfants et moi. » M. d'Epinay se résigna enfin, et déclara que : « par déférence pour safemmeetpour safamille, pour faciliter à ses créanciers le paiement de leurs dettes et pour se procurer une tranquillité que l'embarras de ses affaires lui avait enlevée, il consentait volontairement à son interdiction. » Mais il mettait pour condition qu'il toucherait avant tout sur ses revenus une pension de 40,000 livres, qu'il restait en possession de son mobilier, de son logement et qu'il pourrait loger et déloger quand il voudrait. De plus, il se reconnaissait débiteur de mademoiselle d'Orgemont de sommes considérables et stipulait encore en sa faveur une rente de 1,000 livres.

Toutes ces propositions furent repoussées et la procédure s'ouvrit le H août. Madame d'Epinay adressa au lieutenant civil , une requête dans laquelle elle résumait tous ses motifs pour obtenir l'interdiction '.

Le 18 août M. d'Epinay fut interrogé. Un mois s'écoula sans résultat. Sa femme, inquiète et impatientée de ces retards, écrit de nouveau au magistrat:

madame d'épinay a m. angran d'allebay.

10 septembre.

« Mon état m'empêche, monsieur, d'avoir l'hon-

1. Ce réquisitoire très important couiîrme absolument tout r-p que madame d'Epinay a écrit sur son mari dans ses Mé-

neur de vous faire ma cour et de solliciter notre jugement auprès de vous. J'ose vous supplier de vouloir bien rapporter dès demain, s'il est possible, notre affaire à la Chambre du conseil... Tirez-nous de la perplexité affreuse où nous sommes tous. Vous êtes touché avec juste raison, monsieur, de létat de M. d'Épinay; mais si vous me faisiez l'honneur de me venir voir, et que vous fussiez témoin des souffrances, qui sont la suite de vingt ans de chagrins, obligée de prendre chaque jour une dose d'opium pour être en état de vaquer à mes affaires, je crois, monsieur, que vous penseriez que si le personnel doit entrer pour quelque chose dans la décision de cette affaire, le mien peut mériter quelque attention de votre part et quelques égards.

') J'ai l'honneur d'être très parfaitement, monsieur, votre très humble et obéissante servante ' . »

L'interdiction fut prononcée le 18 septembre 1777. On laissait à M. d'Epinay 10,000 livres pour subvenir à tous ses besoins. On lui nommait pour conseils judiciaires, MM. Antoine Joly et Pinon du Coudray.

moires ; sa véracité complète 3e. trouve encore affirmée par l'interrogatoire des parents et amis devant le iicuteuaut civil. (Voir l'appendice III.) 1. Arcliives nationales. Y, o03i.

Madame d'Epinay en était venue à ses fins, mais au prix de quelles peines et de quels soucis ! Il est assez curieux qu'on l'ait laissée mener seule cette pénible négociation. Grimm n'était pas encore de retour et il est probable qu'il avait à dessein prolongé son voyage pour qu'on ne pût lui prêter un rôle odieux en l'accusant d'être l'instigateur de madame d'Epinay.

Depuis son départ de Naplcs en 1776. il avait séjourné successivement à Berlin, à Kœnigsberg, à Pétersbourg ; il assista dans celte dernière ville aux fêtes données en l'honneur du mariage du grandduc Paul avec la princesse Marie de Wurtemberg, et à la visite du roi de Suède, Gustave III.

En quittant Pétersbourg, il visita Stockholm et Berlin, il ne rentra à Paris qu'en novembre 1777, son absence avait duré près de deux ans. L'état de santé de madame d'Epinay s'était singulièrement aggravé pendant la fin de l'année 1777 ; les soucis que lui avait donnés l'interdiction de son mari devaient en être la cause. Des crachements de sang répétés avaient effrayé tous ses amis et elle se trouvait dans un tel état de faiblesse qu'elle dut charger madame de Belsunce de la remplacer auprès de Galiaai. Celui-ci cherche à rassurer sa correspondante :

« Commençons par le plus important. Vous comprenez que c'est de la santé de maman dont je veux vous parler? Pourquoi vous inquiétez-vous si fort

qu'elle fasse loujoiirs usage de lopium? Qu'en craignez-vous? Ignorez-vous (non, vous ne l'ignorez pas) que l'Orient tout entier, c'est-à-dire la moitié du genre humain, vit avecTopium, ou pour mieux dire dans l'opium jusqu'à la décrépitude ? L'Occident se sert de vin au lieu d'opium et en tire le même parti. Ne connaissez-vous pas de vieilles ivrognesses ? Eh hien 1 maman sera une vieille ivrognesse d'opium. J'ai connu la comtesse Borromée, qui, par une santé frêle, à l'âge de cinquante ans, eut besoin pour ses nerfs de l'opium et du musc. On ne saurait imaginer le dégât qu'elle en a fait dans sa vie ; elle vient de mourir à l'âge de cent deux ans.

» Mettez-vous bien dans la tête que la vie n'étant qu'un amas de maux, de souffrances et de chagrins :

Dieu fit de s'enivrer la vertu des mortels. »

On se rappelle que, depuis de longues années, madame d'Épinay gardait près d'elle sa petite-fîUe Emilie. Grimm s'était extrêmement attaché à cette enfant qui avait pour ainsi dire grandi sous ses yeux, et il lui donna pendant toute sa vie les preuves de la plus tendre affection. Le soin de son avenir le préoccupait sans cesse, et, dès 1778, il s'inquiétait de créer à la jeune fille unepetke for-

tune indépendanle'qui pût lui venir en aide en cas de malheur.

M. de Belsunce, consulté et sollicité d'intervenir, répondit :

M. UE BELSUNCE A MADAME d'ÉPINAY ',

A Méhariu, le 14 janvier ms,

« Madame ma très chère maman,

» J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 31 du mois dernier.

» Quant à la somme de 7,056 francs que vous me demandez pour finir l'opération que M. de Grimm a envie de faire pour placer 40,000 livres à fonds perdu sur la tette de ma fille Émélie, il m'ait impossible de vous envoyer cet argent, mais je m'ange^ de payer exactement l'intérêt de cette somme dans deux semestres, de six en six mois, ce qui fait par chaque année 352 livres 1 denier, et poui' cet objet j'ai ocmenté dimanche dernier mon revenu de 358 livres. Ci ma proposition peut convenir, on ne doit pas être en peine de mon exactitude à payer l'intérêt de la somme de 7,056 livres 1 denier. De

1. Bibliothèque nationale, manuscrits B. N. 4071. Nous avons scrupuleusement respecté l'orthographe de cette lettre.

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