‹ Une femme passa ... Comédie en trois actesChapitre 24 sur 45 · DARCIER, SIMONE · texte numérisé non relu

DARCIER, SIMONE

•siMONTî, trrs simple. — Et maintenant, Jean, qu'est-ce que tu as?

DARCIER. — Rien, mais rien. Que veux-tu que j'aie?

SIMONE. — Je ne sais pas. Je suis surprise. Tous ces temps-ci, tu étais plutôt sérieux, morose... Aujourd'hui...

UARCIER. — Mettons qu'aujourd'hui je me sois bien réveillé. Je suis dispos. Ce matin, j'ai laissé dix ans dans mon oreiller.

siMON-E. — Je t'aime tout de même mieux avec ton âge.

DARCIER. — Chacun son goût.

Un temps. Simone s'assied.

SIMONE, très simple. — Tu as eu beaucoup de monde, cet après-midi ?

UARCIER. — Trop. On a toujours trop de visites. Si encore tous les malades étaient des cas. Mais, que de temps perdu !

SIMONE. — Tu te plains qu'ils te dérangent ? Tu travailles donc en ce moment ? ,

DARCIER, tirant sa montre. — Enormément. Et j'attends Bourland, pour continuer. Il est en retard, l'animal. Ah! celui-là, depuis qu'il est fi.ancé!...

SIMONE. — Tu n'es pas très aimable do regretter son absence puisque nous causons. Cela ne nous arrive pas si souvent. Tu sais, j'ai l'impression que tu me négliges un peu depuis quelque temps. Est-ce que par hagard tu m'aimerais moins? .

DARCIER. — Moi, je t'aime et je t'aimerai toujours autant, tu le sais bien.

SIMONE. — Sans doute, je le sais, mais je n'en suis plus très sûre. Je le sais comme une chose qu'on a apprise toute jeune et dont on se souvient vaguement. On est forcé, de temps à autre, d'ouvrir le dictionnaire pour vérifier.

DARCIER. — Fèuillette-moi donc !

SIMONE. — Tu m aimes... comme autrefois?

DARCIER. — Très profondément.

SIMONE. — Comme autrefois?

DARCIER. — Mieux peut-être.

SIMONE. — Donc moins.

DARCIER. — Je ne crois pas. Mais à mon tour de m'étonner. Que signifie cet interrogatoire? C'e.st le premier, je crois. Tu ne m'avais pas, ju.squ'ici, habitué à des questions de ce genre... Toi!

SIMONE. — C'est vrai! Tu as raison. Pardonne-moi. Je suis stupide.

DARCIER. — Non. Tu es ma chère Simone qui ne recommencera plus. Voilà tout. — Ah!

SIMONE. — Quoi ?

DARCIER. — Après tes questions tendancieuses, me voilà un peu embarrassé pour te dire quoique chose... Tu vas y attacher une importance maintenant.

SIMONE. — Dis toujours.

DARCIER. — C'est que je no voudrais pas te contrarier.

SIMONE. — Je t'en prie !

DARCIER. — Eh bien, j'ai reçu un mot> tout à l'heure qui me forcera... Enfin, je ne^pourrai pas dîner avec toi ce soir.

SIMONE. — C'est tout?

DARCIER. — C'est tout.

siMON'E. — Ce n'est pas bien grave. Eh bien, c'est entendu, je ne t'attendrai pas ce soir.

DARCiER. — Tu ne me demandes pas où je vais ?

SIMONE. — Je suis sûie que tu dînes dans un endroit oii tu ne peux pas te dispenser d'aller et où tu ne peux pas m'eniuiener puisque tu me laisses. Ça me suffit.

DARCIER. — A la bonne heure. Je te retrouve.

si.NfOXE, gravement — Mais tu ne m'avais pas perdue.

DARCIER. — Sois tranquille... Ça ne ni'arrivera plus d'ici très longtemps de t'aban-

tu n'y as pas droit. Tu ne peux pa.s tout avoir à la fois.

DARCIER. — Tout?

SIMONE. — Il faut mériter les confidences.

DARCIER. — Je croyais...

SIMONE. - — Tu ne m'as pas conquise une fois pour toutes, mon cher Jean. Tu as mérité la Simone d'autrefois et elle s'est donnée à toi de tout son cœur. Il faudra gagner la Simone d'aujourd'hui, qui est peut-être une autre Simone.

DARCIER. — Je tâcherai. Ce sera difficile?

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