SUZETTE
t'a donc apporté des
— Oui.
— Que tu as vues?
— Oui.
anxieuse. — Une lettre que
j'avais écrite à cette personne?
DARCIER — Non.
SUZETTE, de même. — Qu'elle m'avait écrite ?
DARCIER. — Non.
SUZETTE, respirant. — Alors, quelle autre preuve décisive a-t-on bien pu te faire voir? Quelle autre, dis, quelle autre?
DARCIER, jouant avec la carte d^Hcricy. — Que vous importe? Je vous dis que je suis sûr.
S'-ZETTE. — Et tu ne me permets même pas de me défendre, de me justifier? Ah ! mon pauvre, -Jean! Je te croyais plus fort et plus généreux.
DARCIER. — On se trompe On se connaît si mal les uns les autres. (S'asseyant et jouant toujours arec la carte d'Héricij pliée en deux.) Regarde-moi bien dans les yeux Tu n'es pas. tu n'as jamais été la maîtresse de Jacques Héricy ?
SUZETTE. — Jamais
DARCIER. — Tu me le jures?
SUZETTE, tendrement. — Je te le jure DARCIER. — Non, pas comme ça Ne me réponds pas en femme. Pas de câl menés, pas de cajoleries déplacées. Dis simplement, très simplement, comme un homme ; je te le jure.
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sizETTE, très simplement.
Je te le
jure.
DARtiKR, se rendanf. — Oh! oh ! vous ave^z un merveilleux aplomb. Vous avez de la dé-
ne connais.sez pas Héricy? Dommr'p;e. C'est un homme charmant, un peu naïf, comme moi d'ailleurs, comme tous les hommes qui sont assez bêtes pour aimer de toi'.to leur pas-
SUZETTE. — Ça m'est kgal.
f.'iisc! ConiplimentH ! Vous montez royalement.
stZETTE. — .Je mens?
DAnciEn. — Non. C'est-à-dire, ma chère, que jo n'ai jamais vu une comédienne de votre force. Entre/ au théâtre, croyez-moi; vous y avez un avenir magnifique. Àh ! vous
sion la première gueuse qui les affole! Ahl tu ne connais pas Héricy, ma lille! Etrange! (//. hii met la carte d'IIéricy sous le nez.) Car lui te connaît. Ça lui coûte même a.s.sez cher; il sort d'ici; il est dans un état lamentable; demain, peut-être, il se sera fichu une balle dans La peau pour toi. De l'homme qu'il était.
Darcier. — Ainsi, tu m'as menti
DEPUIS LE PREMIER JOUr!
1 lO
Une Femme pjssa
avoir fait la loque qu'il est aujourd'hui, c'est — Ainpi, tu m'as menti depuis le premier du bel ouvrage, c'est du travail qui te fait jour! l'ourquoi, par exemple pourquoi je honneur, saleté. me le demande? Qu'est-ce qui t'avait- forcée
à me prendre? Qu'est-ce qui te forçait à me Suzette se lève pour s'en aller. Il la force à se garder? Tu aurais pu, au moins, être franrasseoir. chc, ne pas me trahir aussi salement.
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DARCIEE.
Imbécile!
srzKTTE. — Vous n'allez pas me brutaliser je pense ? '
DARCiER, violemment. — Je n'en sais ri
srzKTTE. — Jean !
DARCiRR. — Une honnête femme, toi ! Ah ! en. me i'as-tu assez fait croire! Et je l'ai cru,
triple idiot que j'étais! Je l'ai cru de toutes mes forces! Tiens 1 tu n'es qu'une fille! Tu fais le même métier et tu n'as pas, toi, l'excuse de gagner ton pain. Mais pourquoi, pourquoi ni'às-tu pris, puisque tu ne m'as jamais aimé?
suzETTE. — Tu te trompes, je t'ai aimé.
DARCiER. — Tu m'aimes peut-être encore?
SUZETTE. — Qu'importe maintenant!
Laisse-moi partir.
DARCIER. — Oui. Tu as raison. Quittonsnous. Et vite. Ça vaudra mieux.
si'ZETTE. — Nous n'étions pas faits l'un pour l'autre. Oui, c'est mieux que nous nous séparions maintenant. Plus tard, c'aurait été plus pénible. ISous souffrirons moins.
DARCIER, raillerie haineuse. — Tu souffriras, toi ?
SUZETTE. — Je ne suis peut-être pas si forte que tu crois.
DAKCTER. — Tiens! laisse-moi rire.
Il rit d'un rire mauvais et douloureux.
SUZETTE. — Adieu !
DARCIER, impérieux. — Attends.
SUZETTE. — ■ Quoi?
DARCIER, brutal. — Je te dis d'attendre. (Elle remonte.) Je te dis... {Il fait un geste violent.) Où vas-tu?
SUZETTE. — Chez moi.
DARCIER. — Vraiment ! Et qu'evst-ce que tu vas faire, ce soir? Nous devions passer ensemble cette soirée... Te voilà libre. Qu'est-ce que tu vas faire ?
sx'ZETTE. — Je rentre chez moi. J'y resterai toute la soirée.
DARCIER. — Ce n'est pas vrai. Tu vas le rejoindre.
SUZETTE. — Je n'ai plus de comptes à vous rendre, j'imagine.
DARCIER. — C'est ce qui te trompe. Allons, avoue. Tu vas le rejoindre. (Elle hausse les épaules.) J'en suis sûr.
SUZETTE. — Si tu en es sûr!
DARCIER, presque hors de hd. — Ah! ne raille pas, je te le conseille. J'ai beaucoup de mal à me dominer.
Il se contient avec peine.
SUZETTE. — Laisse-moi partir.
DARCIER, la secouant. — Non! dis-moi d'abord oti tu vas en sortant d'ici! Allons, qu'est-ce que tu fais, ce soir?
sx'ZETTE, avec défi. — Ce qui me plaira.
DARCIER. — Nom de D...
SUZETTE, de même. — Tu viens de me dire que j'ét.ais libre.
DARCIER, assommé. — C'est vrai, tu as raison, tu es libre. C'est bien, va-t'en ! C'est fini. Disparais. Sors. Va faire ton métrer dehors. Que je ne te voie plus Va-t'en.
Il s'assied.
SUZETTE. — Ecoute. Je peux bien te le
dire, maintenant que je m'en vais pour toujours, je t'aimais encore;, oui, piofondémenti (Il se tait.) J'aurai beaucoup de chagrin, mais oui, et toi aussi, j'en suis sûre... tu verras, tu m'aimes toujours, mais si, je le sens... Tu es en colère en ce moment et tu ne me répondras pas. Mais il est possible, tout à l'heure, que tu regrettes de m'avoir chassée et que tu n'oses pas m'écrire de revenir. Alors... je vais te dire... Ecoute bien. Je t'attendrai demain matin une dernière fois, à onze heures, chez nous. Tu viendras... si tu veux... (Plus bas.) si tu veux encore de moi. Si tu ne viens pas, je saurai que c'est fini et je disparaîtrai. C'est cela. Demain, à onze heurcxs, tu viendras. Oui, tu viendras. (Il se tait.) Au-revoir. (Elle remonte.) A demain.
Elle remonte. Il ne bouge pas. Elle sort. Il ne bouge pas.
DARCIER, à soi-même. — Imbécile!
Entre Bourland.