‹ Une Fete Bresilienne Celebree a rouen en 1550Chapitre 12 sur 18 · CARRE · texte numérisé non relu

CARRE

et plus tard F. de Montmorency. Sa carrière se prolongea jusqu'en 1619, si bien qu’elle put voir encore arriver en France ces Tupinambas venus du Maranham, et que l’on baptisa en si grande pompe à Paris, vers 1613, ainsi que nous le raconte Claude d’Abbeville, et que nous le prouvent de précieuses gravures conservées à la Bibliothèque nationale. Madame d’Estouteville, qui figure à côté des princesses, devoit être la femme de François de Bourbon, duc d’Estouteville, gouverneur du Dauphiné. La terre d’Estouteville avoit été érigée en duché au xvi° siècle en faveur d’Adrianne, l’unique héritière de cette maison, qui épousa François de Bourbon, comte de Saint-Paul. — Ce seroit en vain que l’on chercheroit parmi les grands personnages et les prélats qui sont nommés avantles dames de la cour, Pedro Fernandes Sardinha, l’évêque du Brésil, que la légende représente comme ayant vu Diego Alvarès à la cour de Henri II. Il vint en France, sans aucun doute, et il résidoit à Paris, selon Sander, dès 1598; mais en 1549 il étoit au Brésil, et en 1556 il devoit périr d’une manière effroyable, dévoré par les Indiens.

(Note 19, p. 19.)

Date de la bulle qui restitue aux Indiens leur dignité

d'hommes.

Cette bulle, émanée de Paul IL, fut promulguée le 9 juin 1536. Elle commence ainsi : Veritas ipsa quæ nec falli nec fallere potest, et contient l’expression positivede la volonté du pontife. {1 y déclare, non-seulement qu’il est à son gré, mais surtout au gré de l'Esprit saint qu’on reconnoisse les Américains pour hommes véritables. On auroit quelque peine à croire, si la chose n’étoit bien attestée, que la chose fût remise en question en 1583. Au concile de Lima, qui fut tenu à cette époque, on agita de nouveau la question; il s’agissoit de savoir si les Indiens avoient une intelligence suffisante pour participer aux sacremens de l'Église. Il est inutile de dire que la cause des Américains

triompha encore.

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(Note 20, p. 19.) Le manuscrit de la ville de Rouen.

Comme nous l’avons déjà prouvé, les Tupinambas du xvi° siècle n’ont pas laissé de traces de leur passage en France, uniquement dans le curieux volume dont nous offrons ici lanalyse. Les sculptures en bois de l'hôtel de l’Zle du Brésil, conservées dans le musée de Rouen; les bas-reliefs si connus de l’église de Dieppe, dont M. Vitet a donné une représentation exacte et sur lesquels nous n’insisterons pas, sont autant de documens perpétués par l’art qui se rattachent à la période historique dont nous nous occupons. La belle bibliothèque de Rouen, confiée au zèle éclairé de M. André Pottier, possède également un livre mauuscrit, qui date sans aucun doute de l’époque où parut la Triomphante entrée. Les renseignemens que nous avons essayé de réunir sur la fête brésilienne de 1550, seroient incomplets, si, à défaut d’une représentation iconographique, nous ne donnions pas ici une description exacte du livre que nous mentionnons. Nous nous hâtons de dire que ces détails si précis sont dus au savant bibliothécaire dé Rouen lui-même. Le manuscrit qui rappelle l'entrée de Henri I à Rouen, n'existe, dans le riche dépôt où on peut le consulter, que depuis l’année 1838. A cette époque, M. André Pottier en fit l'acquisition à Anvers , et il provient de la vente du baron Danvin d'Hodoumont. « Il est à peu près incontestable qu'il fut exécuté pour être offert à Henri I, afin de lui rappeler le souvenir des magnificences que la ville de Rouen avoit déployées à son entrée. Le manuscrit commence en effet par une dédicace au roi, transerite en lettres d'or; ensuite, le texte qui accompagne les peintures et qui est un poëme, est continuellement adressé au roi. L'auteur décrit au monarque tous les objets, les groupes, les personnages, les costumes à mesure que le cortége défile devant lui: et plus tard, quand le roi tra-

er pre

verse la ville, l’auteur l'accompagne. Dix miniatures à pleine page décorent ce manuscrit, Elles sont d’une exécution trèsfine et très-soignée et d’un grand éclat de couleur; cependant elles fournissent des détails bien moins accusés que les planches de la description imprimée, parce que le dessinateur voulant concentrer dans chacune de ces peintures cinq ou six des sujets figurés dans les gravures, a considérablement réduit les proportions en beaucoup de circonstances. Ainsi, par exemple, au lieu d’une planche spéciale représentant les Brésiliens, d’une autre représentant le triomphe de la rivière, d’une troisième pour l'arc de triomphe de l’entrée du pont, le peintre a fait une seule miniature qui représente dans une perspective passable, au premier plan, l'arc de triomphe rustique portant Apollon et les Muses ; au second plan, la rivière avec Neptune et sa cour, le combat des galères, le passage du roi franchissant le pont à cheval; et enfin, au dernier plan, la vue du port et de la ville. C'est dans cette miniature que sont également représentés les Brésiliens sous la figure de petits personnages entièrement nus, peints d’un rouge carminé très-vif. Une bande de sauvages adossés à l’arc de triomphe, et entourant des huttes que dévore l’incendie, semble défendre cette retraite contre l’abordage d’une barque, montée de quelques autres personnages, qui longe le rivage; puis, de l’autre côté de l'arc de triomphe, on voit au milieu de la rivière une île couverte d’une épaisse verdure et d'arbres élancés, au milieu et sur les bords de laquelle s’agitent de nombreux Brésiliens.» Ainsi que le fait très-bien observer M. André Pottier, ceci offre beaucoup moins d'intérêt que la gravure dont nous reproduisons un fac-simile. « Quant au texte, continue le bibliophile auquel nous sommes redevable de cette note, voici les quelques vers à l’aide desquels l’auteur désigne au roi ce simulacre théâtral :

Voyez-vous poinct soubs vostre nom et port Bresilliens ancrez en nostre port?

SEE On voit par la que pour vous tout dangier Est assoupy voyant tout estranger Qui seurement a nostre riue applicque Ainsy que nous a la leur pour trafficque.

Vous les verrez d’un cueur au nostre‘esgal Faire fuyr l’ennemy Portugal Autant en faict le pays de Guynee Pour le renom de ta grant renommee.

Sire, il n’est pas jusques aux Caniballes Isles à tous fors a nous desloyalles Ou ne soyons en bonne seurete Pour la faveur de vostre autorite.

Ce curieux volume est décoré sur toutes les marges de grands croissans entrelacés des chiffres , de carquois, d’arcs

et de flèches; tous ces emblèmes semblent caractériser la royale destination que lui attribue M. Pottier ; peut-être aussi indiquent-ils un présent destiné à celle que l’on regardoit comme étant réellement la reine de la fête.

Icy se terminent l’ordre et progrez du Triumphant et Magnifique Aduenement du Roy et de la Royne de France dautant prompte que libérale volonté celebré en leur bonne ville de Rouen, Et nouuellement imprimé Par lean le Prest, audict lieu le 1x. iourde ce moys de Decembre

(Un volume petit in-4°.)

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