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(disoit-il) que cela les rendroit pesans et endormis, soit pour courir à la chasse, ou aller à la guerre contre son ennemy; autant leur en disoit des poissons, qui ne sont legiers et promps à la naige, soit en la mer, ou ès riuières d’eau doulce. De luy ils apprindrent aussi à ne porter aucun poil sur eux, que celuy de la teste ; qui est cause, que les femmes ostent et arrachent le poil de la barbe à leurs maris, et de leurs sourcils; les maris au semblable arrachent le poil amatoire à leurs femmes; et ont en détestation ceux qui en portent auiourd’'hny entre eux, mesme ceux qui ont l’haleine puante, ot des cicatrices ou fontaines venues des maladies communes entre eux, nommees pians.…. Et si quelcun faict quelque acte lasche et vilain, ils le vituperent à touiours, tout ainsi que à iamais ils louangent la vertu et magnanimité des excellens d’entre leurs prédecesseurs. C’est de l'institution de ce grand Caraïbe qu'ils vsent de certaine ceremonie enuers les enfans nouueaux-nez, afin qu’ils deviennent bons et vaillans au fait de la guerre. »
Si nous voulions poursuivre l'exposé curieux de ces mythes, nous rappellerions la transformation de Maire-Monan, qui, sous les traits gracieux d’un enfant luttant avec d’autres enfans, donne à la terre la Yefic, l’Avati, le Comendra(1), si utiles à la subsistance des Indiens. Nous signalerions encore le puissant etrusé chasseur Maire Poxi(2), l'envoyé du dieu créateur, qui fécondant une jeune vierge par le présent d’un poisson mystérieux, emmène, elle et son fils, dans un lieu merveilleusement fertile, où s’opèrent les plus étranges métamorphoses. Poxi ne tarde pas lui-même à se transformer, et, dépouillant sa hideuse enveloppe, devint le plus beau des hommes avant de s’élancer vers les cieux. Nous aurions aussi à rappeler les terrestres aventures de ce fils d’un favori des dieux et le fu-
(1) Yeti, patate (voy. Ruiz) avati , le maïs. (Loc. cit.) commandé, haricot. Voy. Dicc. Bras.
(2) Pochi : littéralement; le colérique, l’intraitable, le détestable, le méchant.
ANT ren neste présent qu'il fait dans sa colère à un guerrier, qui semble méconnoître son origine. On verroit comment un de ces brillants diadèmes de plumes que les Indiens savent tisser avec tant d’habileté, n’est autre chose qu’une couronne de flammes, et devient entre les mains du fils de Poxi un présent aussi funesle que celui donné par Nessus. Maire Ata, le dieu voyageur, est le successeur immédiat de l’être redoutable qui punit ainsi l’orgueilleux. 11 unit son sort à une femme, et l’emmène pour qu'elle lui serve de compagne dans ses terrestres pérégrinations ; néanmoins il labandonne, et le fruit de ses amours divins parle à la jeune mère dans le sein qui l’a conçu. L’épouse délaissée est victime de la brutalité d’un hôte dont elle réclame l’hospitalité, et elle conçoit un autre enfant; mais c’est pour être bientôt la cause d’un nouveau crime. Suppliante, elle va demander l'hospitalité à un village, dont le chef cruel porte le nom du tigre indien; Januare l’accueille d’abord, puis la fait servir à un épouvantable festin. Les entrailles de la jeune femme ont été jetées à quelque distance du village; une Indienne que le hasard conduit en ce lieu, y trouve les deux jumeaux souriant à la mère adoptive que la fortune leur envoie. Elle les emporte, et dès lors l'abondance règne dans la cabane de l’Indienne hospitalière. Tous les fruits de la terre y sont rassemblés, grâce au fils immortel de Maire Ata. Les deux jumeaux vont croissant en force, mais ils n’ont rien de commun que leur amour fraternel ; l’un a hérité des attributs presque divins de son père; l’autre est sujet à toutes les foiblesses de l'humanité. Ils s’unissent toutefois dans une même pensée de vengeance. Ici, le caractère vindicatif de la race indienne apparoît dans toute son énergie. Sous prétexte de conduire les habitans du village, qui accueillirent jadis leur mère, dans une vallée délicieuse où croît Ün fruit abondant, ils entraînent cette population ennemie, et Januare lui-même, vers une île fertile, soulèvent les flots et noient impitoyablement cette multitude. Le pouvoir du fils d’Ata transforme cependant en animaux des forêts tous ces misérables, sans doute pour que,
sous une forme nouvelle, ils puissent servir à de nouvelles vengeances.
Après cet exploit , les deux frères se voyant dans une profonde solitude, prennent la résolution de chercher les traces du héros qui séduisit leur mère. {ls font tant par leurs journées, dit la vieille légerrde, qu’ils arrivent enfin au promontoire que les Européens ont nommé depuis le Cap Frio. Là, ils entendent parler d’un être merveilleux , doué du don de prophétie; c’est un vieillard redouté, et que personne n’ose interrompre dans son asile. Persuadés qu’ils ont rencontré l'être mystérieux, objet de leurs recherches, ils se présentent hardiment à lui. « Qui vous amène ici? dit le prophète d’une voix courroucée.— L'espoir de rencontrer Maire Monan Ata, répond le plus hardi , et nous l’avons trouvé; nous venons le servir comme on sert un père. »
Alors commence le récit des jeunes voyageurs, l’histoire des malheurs de leur mère; celle de la vengeance qu'ils en ont tirée : une seule chose est cachée au prophète, c’est la naissance illégitime de l’un des frères. Maire Ata a reconnu ses fils, mais il veut les éprouver. Les jeunes guerriers tirent de l'arc devant lui, et leurs flèches demeurent en Pair; cette première indication d’une origine divine ne lui suffit pas, il en exige une seconde. La roche d’Zfa-Zrapi (1), qui s’entr’ouvre et se referme tour à tour, doit être traversée par eux. Elle l’est en effet, mais l’un des hardis jumeaux , brisé dans ce passage difficile, ne reverroit plus le jour si son frère ne rassembloit pas pieusement ses membres épars et ne leur rendoit pas la vie. Maire Ata est prêt à reconnoître les deux frères pour ses fils légitimes; il exige néanmoins une troisième épreuve. Ils se rendront dans le lieu redoutable, où Aignen (2) tourmente les âmes , et ils lui
(1) Tta, pierre, yribi, voie de la respiration (pierre étouffante).
(2) Tous les vieux voyageurs françois de cette époque altèrent ainsi le nom d'Anhanga, le mauvais principe des Tupinambas. Dans Ant. Ruiz on trouve le mot Angai pour exprimer l'esprit lin. Ang, signifie l’Ame ; Angata, le
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déroberont l’amorce prodigieuse dont il arme sa ligne pour pêcher le poisson Alain. Ici même dévouement du héros immortel pour son frère; l’enfant des hommes déchiré par Aignen périroit à tout jamais s’il ’étoit miraculeusement rendu à la vie par son compagnon. Maire Ata ne peut se refuser à l’évidence ; ses enfants sont bien descendus au fond de l’abîme, ils lui rapportent un énorme quartier de tapir, dont Agnen se sert pour pêcher le poisson gigantesque : le prophète solitaire les reçoit donc avec joie, et ne les récompense, dit la légende, qu’en leur préparant de nouvelles épreuves. Évidemment , le rhapsode sauvage qu’interrogea le voyageur du xvi‘ siècle, s’est fatigué, et il lui restoit encore bien d’autres récits à faire. Quant à moi, je m’arrête, ma tâche est terminée; je soumets ce fragment d’une théogonie brésilienne à ceux qui sont véritablement juges de sa valeur; mais je ne l’explique point. L’authenticité de la source où il fut puisé, me semble offrir peu de doutes, et je renvoie, pour les portions que je me suis contenté d'analyser, au livre du cosmographe de Henri II (1).
scrupule de l’âme, l’inquiétude ; Angüera, l’âme hors du corps, le fantôme. L'esprit tentateur, dans la Lingoa geral, est désigné par le mot jerupari, tromperie. (Dict. ms.) Jerupari-caba signifie la tentation. Les curupiras sont les démons qui apparoissent au sein des forêts; les upiaras, les hommes marins, les génies des eaux. ( Voy. sur ces êtres redoutables Gabriel Soares, Noticia do Brazil.) Le fragment conservé par Thevet parle de l’agnen paiticane, le lieu où les morts brûlent et font sécher le poisson alain. Il y a évidemment ici plusieurs mots altérés.
(1) Les peuples qui durent adopter cette théogonie furent, selon toute probabilité, ceux qui conservèrent l’usage de la lingoa geral; nous les nommerons dans l’ordre conservé par Simon de Vasconcellos ; il cite : les Tobayaras, les Tupis, les Tupinambàs, les Tupinaquis (Tupiniquins), les Tupigoaes, les Tumiminos, les Amoigpiras , les Araboyâras, les Rariguoaras , les Potigoares, les Tamoyos et les Carijos. Dans l’ordre rationnel, selon nous, les Tamoyos devroient marcher en tête. Vasconcellos avoue qu’il y avoit encore plusieurs nations qu’il néglige de nommer, et qui parloient la même langue. Nous pourrions citer entre autres les Margajas, ou Margayas, dont il est fait mention de temps à autre dans les poëtes françois du xvi° siècle ; ils occupoient un territoire fort éloigné de celui dominé par les Tabajaras ; ils parcouroient
Poëmas Brasilicos do Padre Christovao Valente theoloyo da Companhia de Jesus, emendados para os imininos Cantarem ao santissimo nome de Jesus.
Jesu, moropycyoräna, Jesu, Tec catü iâra, Jesu, toryberecoûra, Jesu, xe poçänga ymäna Jesu, xe remimotära.
Päi Jesu, Xepocango, Xe pyà, xe recobé, Xe pëia umé iepé, Eporauçuboc xe anga, Tipyatä nde recé.
Nde po guyripe xe nônga Nde morerecoàr xe ri, Toçé xe änga iepi Tecé catü monüônga Nde rakipoéra rupi.
Xe pyà, xe änga eiñr Nde mbäeramo tauié :
Xe müapyçye iepé,
Nde rauçüba aipotar Cauçubipyra çocé.
Ocykyié nde çüi Anhänga nde müabäetèbo
la côte entre Espirito Santo et Rio de Janeiro. Ils parloient, à ce qu’il paroît, l'idiome des Tupis , et devoient avoir fait partie jadis de la grande confédération du peuplé conquérant. Lery les nomme fréquemment comme étant les ennemis les plus implacables des Tupinambas, qui faisoient leur résidence dans la baie de Rio de Janeiro. Dix jeunes Margajas, âgés de huit à dix an$, furent offerts en 1557 à Henri Il, par Villegaignon. Le roi en fit présent à M. de Passi et à d’autres personnages de la cour.
Eiori emocykyébo, Tocô umé ôca rupi Oré ânga monghüébo.
Nde pôpe oré ânga rui, Oré rerecoûreté :
Oroierobià nde recé Oré recobé pucui Oré rauçubà iepé
A virgem Santissima Maria May de Deos senhora nossa.