DOCUMENS ET NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
(Note 4, p. 4.) Conjectures sur l’auteur de la Relation.
L'abbé Goujet nous a conservé le nom de l’ordonnateur des fêtes célébrées à Lyon, en 1548, pour la première entrée de Henri II. C’est celui d’un poëte fort obscur aujourd’hui, quoique ami de Marot , et qui vivait encore en 1562. Maurice Sève, Sceve ou Sœve, eut certainement part à la relation de cette fête, imprimée en 1549, s’il n’en rédigea pas complétement le récit. Ne seroit-il pas également l’auteur dé la Sumptueuse entrée publiée , en 1551, à Rouen? « C'était, dit Lacroix du Maine, un homme fort docte et fort bon poëte françois, grand rechercheur de l’antiquité, doué d’un esprit esmerveiable, de grand jugement et singulière invention. » Un autre poëte , Claude de Taillemont, travailla avec Maurice Sève, à l'entrée du roi Henri II à Lyon. Ces deux noms pourront mettre sur la voie de quelque indication bibliographique positive. Parmi les poëtes vivant à cette époque à Rouen, auxquels on pourroit attribuer les vers de l'entrée, 11 faut compter François Sagon. Ce fougueux antagoniste de Clément Marot vivait encore en 1559, et Lacroix du Maine possédoit un volume manuscrit de lui intitulé : Recueil moral d'aucuns chants royaux, ballades et rondeaux présentés à Rouen, à Dieppe et à Caen. Les poëtes nés en Normandie ne faisoient point défaut à la Sumptueuse entrée; nous pourrions encore nommer le sieur de Huppigny, auteur du Devis des trois fleurs de sapience ; mais si l’on veut bien se rappeler que l’Échevinage de la capitale de la Normandie avoit appelé des pays étrangers plusieurs artistes en renom, pour rendre la fête plus
magnifique et surtout plus variée, si l’onfait attention à laréunion presque constante, dans le même volume; des entrées de Lyon et de Rouen, il ne paraîtra pas dénué de vraisemblance que Maurice Scève ait participé au récit reproduit dans cet opuscule. On trouvera plusieurs morceaux d’un style ingénieux qui portent le nom de cet écrivain dans les Blasons, poésies anciennes. Paris, 1807, in-8°. Deux écrivains du xvi° siècle ont encore pu apporter leur contingent à la rédaction du précieux volume si complétement oublié aujourd’hui, l’un seroit Claude Chapuis, qui, né dans la capitale de la Normandie et garde de la librairie de François 1*, avant de devenir chantre de Notre-Dame de Rouen, fut chargé de la harangue prononcée devant Henri IH, lors de la solennité; l’autre seroit le sieur du Tillet, greffier de la cour, auquel on doit déjà la narration de l’entrée royale faite à Paris en l’année précédente, et qui, extraîte des registres du Parlement, à la date du 16 juin 1549, fait partie des documens officiels conservés à la bibliothèque nationale.
(Note 2, p. 4.)
Note bibliographique sur les livres relatifs à l'Amérique, qui ont paru en l’année 1550. — Importance au point de vue chronologique de la Triomphante entrée.
Il n’est peut-être pas hors de propos de le faire observer ici, l’année durant laquelle on célébra cette fête brésilienne est remarquable dans les fastes de la bibliographie américaine. Trois ouvrages importans furent publiés coup sur coup, et comme l’entrée de Henri Il n’est pas signalée naturellement dans la bibliothèque américaine de M. Ternaux, il y a une lacune apparente jusqu’en l’année 1552. L'année 1550 vit paroître successivement :
Benito Fernandez. Doctrina Christiana en lengua mixleca. Mexico, 1550, in-4;
Primo volumine delle Navigazioni e viagqi raccollo qia da M. C. B. Ramusio, Vincgia, Giunti 1550.
Ferdinandi Cogtesit von dem newen Hispanien so tn Meer geyen Niedergang, zwei lustige historien erstlich in hispanicher Sprache durch himselbts Beschrieben und verteutscht von Xysto Betuleio und Andrea Diethero. Augsburg, 1550, in-fol.
Ainsi l’année qui marque le milieu du xvi‘ sièele vit paroître un ouvrage espagnol , une vaste collection écrite en italien ey une précieuse traduction allemande des lettres de Cortès; pour que la France prenne part définitivement à ce genre de recherches, il faut attendre encore sept ans, et bien que Lacroix du Maine indique l’année 1556 comme étant celle où parut la France antarctique de Thevet, il y a certainement erreur. Le livre du cordelier voyageur fut imprimé pour la première fois en 1558, et il fut précédé d’un an par Nicolas Barré, dont les lettres sur la navigation du chevalier de Villegaignon sont éditées à Paris dès 1557. Le précieux fragment que nous réimprimons ici est donc bien probablement le premier document sur le Brésil que l’on ait publié en France. La collection de Jean Temporal, Lyon, 1556, 2 vol. in-fol., renferme quelques relations sur l'Amérique, mais elles sont traduites de Ramusio.
(Note 3, p. 5.)
Ceérémonial de France, indication des entrées solennelles où figurent des Indiens.
Nous espérions trouver quelques détails sur les Brésiliens qui se montrèrent acteurs si zélés durant l’entrée de Rouen autre part que dans le programme dont nous avons tiré la gravure ; mais, chose étrange, le livre de Théodore Godefroy, imprimé dès 1619 et publié pour la seconde fois, trente ans plus tard, se tait sur cet épisode. Théodore et Denis Godefroy, tout en s’étendant minutieusement sur les autres détails de l’Entrée, ont omis les précieux renseignemens que nous reproduisons sur les Brésiliens. Ils n’ignoraient pas cependant, qu'au temps de la renaissance, l'usage d'introduire
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des Américains dans toutes les fêtes solennelles était devenu presque général ; ils en administrent plus d’une preuve. Nous allons les suivre un moment dans les renseignemens qu'ils nous fournissent en suivant l’ordre chronologique.
A l'entrée de Charles IX en la ville de Troyes, le jeudi 23 mars 1564, des sauvages figurèrent, mais le Cérémonial de France se tait sur leur nationalité ; il n’en est pas de même lors de l'entrée qui eut lieu à Bordeaux, le 9 avril 1565; on vit paraître trois cents hommes d'armes « conduisans douze nations estrangères captives, telles qu’estoient Grecs, Turcs, Arabes, Égyptiens, Taprobaniens , Indiens, Canariens, Mores, Éthiopiens, sauvages amériquains (sic) et Brésiliens. Les capitaines desquels haranguèrent devant le Roy chacun en sa langue entendue, par le truchement, qui l’interprétoit à Sa Maiesté. » Voy. Th. Godefroy, le Cérémonial de France, ou Description des cérémonies, rangs el séances observées aux couronnemens, entrées et enterremens des Roys et Roynes de France et autres actes et assemblées solennelles, etc., 1619, in-4. La deuxième édition, donnée comme on sait par Denis Godefroy (fils de l’auteur), à paru (1649) en 2 vol. in-fol. Ce livre , fort augmenté, devait avoir 3 volumes.
(Note 4, p. 40.) Le Chiffre de Diane de Poitiers.
Nous n’ignorons pas que dans ces derniers temps on a su expliquer fort ingénieusement la présence du fameux croissant, qui brillait jusque sur le manteau royal de Henri I. 11 faudra cependant, selon nous, modifier ce qui a été dit à propos du chiffre ; si l’on veut bien faire attention à une circonslance peu importante en apparence, mais cependant assez concluante dans la déduction de la Sumptueuse entrée, le nom de Catherine de Médicis est toujours écrit par un K. Un meuble charmant, qui fait partie de la précieuse collection de M. Sauvageot, offre la même particularité, Nous re-
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produisons ici néanmoins les conjeciures présentées par M. Paulin Paris dans son savant catalogue des manuscrits de la Bibliothèque nationale à propos du volume qui se trouve coté sous le n° 7246, et qui a appartenu à la Reine, il s’exprime de cette facon : « C’est ici que revient la question déjà souvent controversée du double chiffre particulier aux monumens du règne de HenriIf, chiffre qu’on retrouve non-seulement à Fontainebleau, au Louvre, à Anel‘ mais sur tant de belles reliures, tant d’autres monumens de l’art au xvr° siècle. Fautil y reconnoitre un H et un D, c’est-à-dire les initiales de Henry II et Diane de Poitiers, sa maitresse, ou bien un H et un C, c’est-à-dire les chiffres de Henry II et Catherine de Médicis? question singulièrement difficile à résoudre, car la Rene Catherine avoit pour devise un croissant avec la légende : Donec totum impleat orbem, et le triple. croissant qui accompagne toujours ce chiffre semble d’ailleurs mieux rappeler la lettre C que le nom de Diane, déesse des forêts. Mais d’un autre côlé, près des C apparoissent le carquois et l’are qui conviennent assez mal à Phœbé, patronne poétique de Cathe
rine, et si le double chiffre se rapporte au Roi et à la Reine, pourquoi n’est-il pas surmonté de la couronne royale, comme l’'H répété tout auprès? Voilà les élémens de mon incerutude, maintenant voici l’explication que je propose. Catherine étoit sinon aimée, du moins fort estimée de son royal époux ; elle sentoit le prix de cette estime, et peut-être voyoitelle, sans trop de douleur et de jalousie, que la passion charnelle du Roi fût exclusivement acquise à la belle duchesse de Valentinois. Les historiens, les mémorialistes ne parlent pas de rivalité entre ces deux femmes, toutes deux si remarquables. Cela posé, Catherine auroit affecté de prendre et de reproduire les emblèmes qui satisfaisoient son orgueil et ne risquoient pas de blesser Henry II. C’est d’après les dessins que Catherine donnoit aux artistes que les croissans, les ares, le double chiffre auroient été placés partout et sur tous les monumens du règne de Henry IE. » Nous ne suivrons pas plus
loin lingénieux écrivain dans sa plausible interprétation, mais nous ferons observer que la samptueuse entrée est tout à fait explicite sur la nature du chiffre adopté par Henri II. Elle cite entre autres, « une enseigne de taffetas verd imprimée d’escompartimet{z entresemez de croissant(z d’argent et des chiffres du Roy qui sont deux D entrelassez et une H couronnée. »
(Note 5, p. 44.)
Vestiges du séjour des Brésiliens à Rouen et à Dieppe.
Nous sommes d’autant plus surpris que la fête brésilienne n’ait pas attiré jusqu’à présent l’attention de quelque curieux, que la maison du xvi° siècle où logèrent peut-être quelques-uns des Brésiliens venus à Rouen, et qui devoit naturellement perpétuer le souvenir de leur séjour dans cette riche cité, a subsisté jusqu’à nos jours, et n’a été démolie que tout récemment. Rouen, ville essentiellement littéraire, a su préserver néanmoins de la destruction les précieux bas-reliefs qui attestoient l'ancienneté de ses relations avec l’une des plus belles contrées de l'Amérique du sud. La dénomination imposée à l’hôtel de la rue Malpalu suffirait au besoin pour indiquer l’époque où durent commencer les voyages maritimes des Rouennais. Dans les premières relations adressées du pays de Santa Cruz en Portugal, ce vaste pays est désigné fréquemment sous le nom d’île. Les navigateurs normands partageoient tout naturellement cette erreur avec les premiers explorateurs du pays. Voici, du reste, ce que dit sur le point qui nous occupe un auteur bien connu.
« Rue Malpalu, n° 17, presque en face de la rue des Augus- «tins, enseigne de l’#e du Bresil, maison en bois. Elle sc « distingue par un grand bas-relief, divisé en deux sujets rela- « lifs à la découverte de l'Amérique, de petites figures nues « sont sculptées sur les montans, au milieu d’ornemens go- « thiques. Cette devanture, qui n’est pas indigne de l'attention « des curieux, date du milieu du xvi° siècle, » Voy. E. La
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Quérière, Description hist. des maisons de Rouen, dess. el grav. par E. H. Langlois. Paris, 1821, 2 vol. in-8°.
M. de Jolimont n’a malheureusement pas reproduit les basreliefs de l'hôtel du Brésil dans son grand ouvrage. L’enseigne de lhôtel du Brésil est conservée aujourd’hui au Musée des antiquités. Sculptée sur bois et peinte, elle représente les diverses opérations qu’exigeoient de la part des Indiens la coupe et la traite de l’Ibirapitanga.
Farin est d’une concision extrême sur le fait qui nous occupe: « Le long de la chaussée des emmurées, dit-il, dans une place vuide, étoit une troupe de Brasiliens, au nombre de frois cents hommes tous nuds, qui exerçoient une espèce de guerre les uns contre les autres entre les arbres et les broussailles, qui y étoient plantez pour donner du plaisir au Roy. » (Hist. de la ville de Rouen, par F, Farin, prieur du Val. 3° édit. Rouen, 1738, t. 1, p. 126.) Farin connoissoit probablement la pièce que nous reproduisons , il n’hésite pas cependant à faire danser trois cents Brasiliens sur les bords de la Seine, tandis que le récit authentique n’en admet qu’une cinquantaine, parmi lesquels figuroient incontestablement plusieurs Indiennes. C’est ainsi que lorsqu'on ne recourt point aux sources, des faits indifférents en apparence, mais auxquels la discussion de cerlaines questions a donné de l'importance, se trouvent complétement altérés.
La maison de la rue Malpalu n’est pas du reste le seul monument qui offrit en Normandie un souvenir des Tupinambas. La ville de Dieppe, qui envoyoit de si fréquentes expéditions au Brésil, fit bientôt figurer ces Indiens dans de curieux basreliefs existant encore de nos jours et qui ont été reproduits par M. Vitet. On peut les examiner dans l’église de Saint- Jacques de Dieppe ; mais nous introduirons ici la description donnée par l’écrivain cité plus haut. « Le premier grouppe se « compose de trois personnages, dit-il, un homme, une femme «et un enfant; ils sont tous coiffés de grandes plumes, «comme los Brésiliens et autres habitans de l'Amérique du
« sud, L'homme et la femme portent une ceinture de plumes ; « la femme a de plus une espèce de collerette également de « plumes ; elle tient d’une main une grande feuille de palmier; « de l’autre un thyrse terminé par une grosse fleur; l’homme « est armé d’un arc, derrière son dos on voit un paquet de « flèches. Hist. de la ville de Dieppe, t. HW, p. 119. »
(Note 6, p. 41.)
Langue brésilienne; monumens de la linguistique du Brésil, composés au XVI‘, el au xvrI° siècle.
Le P. Simon de Vasconcellos s’écrie à propos de la langue des Tupinambas : « À quelle école ont-ils donc appris au sein « du désert, des règles grammaticales si certaines, qu’ils ne « manquent pas à la perfection de la syntaxe? En cela ils ne « le cèdent d’aucune manière aux meilleurs humanistes grecs ou « latins. Voyez, par exemple, la grammaire de la langue la plus « répandue au Brésil, qui nous a été donnée par le vénérable « P. Joseph de Anchieta, et les louanges que l’apôtre accorde « à cet idiome ! Grâce à ses réflexions , beaucoup de personnes « pensent que l’idiome dont nous parlons a les perfections de « la langue grecque, et par le fait j’ai moi-même admiré en elle « la délicatesse , l'abondance et la facilité. » Malgré l’enthousiasme d’Anchieta pour la langue des Indiens, qu’il était allé convertir, la grammaire dont il commença à rassembler les matériaux vers 1551, ne tarda pas à tomber en désuétude ; elle reste néanmoins comme un monument de l’idiome des Tupis, tel qu'il étoit parlé à l’époque de la découverte. De. réelles modifications ont eu lieu dans cette langue, comme dans toutes les langues indiennes ; et il lui est arrivé ce qui est arrivé au Guarani, on ne parle plus précisément au Paraguay cet idiome si répandu, tel qu'il étoit usité même au temps où le fameux Ruiz donna son Zesoro , publié en 1639. Ces idiomes sauvages ont douc eu leurs modifications comme nos langues cultivées; et c’est ce qui devra toujours
faire rechercher en bibliographie les premières éditions des ouvrages sur la linguistique indienne publiés à la fin du xvi° siècle. Une seule nation , aujourd’hui peut-être, celle des Guarayos, qui confinent aux déserts de la Bolivie, est restée dépositaire des formes primitives de la langue qu'on parloit jadis sur le bord de la mer. Ces hymnes antiques, légués par les générations et répétés en l'honneur de Tamoï, qu’entendit encore M. d’Orbigny; ces harangues du même peuple, dont il est si difficile de saisir le sens historique, sont autant de sources auxquelles ont pourroit avoir recours pour pénétrer le secret de cette belle harmonie, de cette élégance surprenante dont parle Vasconcellos.
La langue des Tupinambas, le {opinamboux, comme on disoit au temps de Boileau, est désignée encore au Brésil sous le nom de Zingoa geral. Les curieux peuvent consulter à ce sujet l’Ethnographie des langues , d'Adrien Balbi, ou mieux encore la 4° édition de l’Arte da lingua do Brasil composta pelo P. Luis Figueira ; Lisboa, 1795, in-4° (la 1'° est de 1681), et le Dictionnaire portuquez et brasiliano, anonyme, imp. également à Lisbonne en la même année. Ce que l’on auroit quelque peine à croire si une foule de documens ne venoient nous en fournir le témoignage, c’est que cet idiome d’un peuple barbare fut élevé pour ainsi dire à la dignité des langues cultivées, et qu’on le professa publiquement au collége de Bahia. Selon les documens fournis par Vasconcellos, ce seroit à un missionnaire espaguol, lintrépide Jean Aspilcueta, surnommé Navarro, que reviendroit l'honneur d’avoir appris suffisamment le brésilien pour être en état de prêcher et de confesser les Indiens, il prit aussi l'initiative lorsqu'il fallut traduire en langue tupique des oraisons et quelques dialogues religieux. (Voy. Chronica da companhia de Jesu do estado do Brasil, p. 48.) Parmi les missionnaires du xvi° siècle, le P. Leonardo Nunes, qui étoit venu au Brésil en 1549, sur la flotte de Thomé de Souza, fut le premier également qui abandonna le collége de Bahia pour se rendre à San Vicente, où de nombreuses tribus réclamoient
tous les eflorts de sa charité. L'activité de ce religieux étoit telle, son zèle lui faisoit entreprendre des excursions si extraordinaires, que les Indiens l’avoient surnommé Abaré Bébé, le père qui vole. Nunes étoit très-versé dans la langue des tupis. Néanmoins, Pedro Correa et Manoel de Chaves, admis plus tard comme novices dans l'ordre des jésuites , furent considérés alors comme les plus habiles interprètes de l’époque. Nonobstant les faits rappelés ici, les deux hommes qui au xvi° siècle firent faire les plus grands progrès aux néophytes étudiant cette langue, furent deux missionnaires qui occupent une place glorieuse dans Fhistoire du Brésil. Le P. Nobrega, mort au collége de Rio, le 18 octobre 1570, à cinquante trois ans, n’a laissé que des lettres; mais Anchieta, dont nous avons déjà cité les travaux, publia plusieurs ouvrages sur la langue brésilienne ; le plus important est intitulé: Arte da Gramatica da lingoa mais usada na costa do Brazil. Coimbra , 1595, 1 vol. in-12. Le P. Anchieta n'étant mort qu’en 1597, put revoir encore ce travail. L’apôtre du Brésil ne succomba pas cependant à ses immenses travaux, en Europe. Ce fut à Rerigtibä qu’il mourut parmi les Indiens, après avoir exercé l’apostolat durant trente-quatre ans. Ses cathécumènes lui firent de touchantes obsèques.
Nous pourrions encore étendre cette note bibliographique sur les ouvrages relatifs à la linguistique des peuples du Brésil ; les vieux missionnaires, et Barbosa Machado nous en fourniroient le moyen; mais nous avons préféré citer les livres imprimés. À l’exception de la grammaire de la langue des Kiriris, publiée en 1699 par le P. Vincencio Mariani, les autres gisent enfouis dans la poussière de quelques bibliothèques monastiques, d’où ils sortiront peu à peu. Qu'est devenue par exemple cette Doctrine chrétienne, écrite dans la langue des Marumomis, qui formoient jadis une tribu si remarquable par la douceur de ses mœurs et l’absence de coutumes bizarres? ce curieux travail d’Anchieta, utilisé jadis par Je P. Manuel Vicigas de Saint-Paul, est perdu pour la linguis-
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tique, et la nation dont il attestoit le développement intellectuel a disparu. Qui nous donnera ce grand dictionnaire, que composa vers 1680, dans le Maranham, le P. Bonaventure de Santo Antonio? Le Vocabulario do idioma sacaca n’avoit pas moins de quatre cents pages, et étoit suivi d'une Doctrine chrétienne dans la même langue. Le frère Matheos de Jesus Maria, se montra tout aussi zélé que ce missionnaire dans les mêmes régions, et outre son grand dictionnaire inédit de la Zingoa geral, il donna l’Arte da lingoa aroa , et une sorte de dictionnaire de la langue des Maraunü. Nous pourrions encore citer un Dialoque sur la doctrine chrétienne, dans la langue des Goyanas, el bien d’autres traités que ne citent pas même les ouvrages les plus modernes publiés, en Europe, sur la linguistique. Nous nous arrêtons, car nous craindrions de lasser l’esprit du lecteur par ceite accumulation de sources grammaticales, toutes plus ou moins voisines du topinamboux. Nous nue résisterons pas cependant au désir de donner le titre complet d’un livre qui domine ces divers ouvrages et auquel il faudra avoir toujours recours, alors même que l’on voudra éclaircir les origines brésiliennes. Arte de la lenqua guarani , por el Padre Antonio Ruiz de Montoya de la compañia de Jesus, con los escolios, anotaciones y apendices, del P. Paulo Restivo, de la misma compañia, sacados de los papeles del Padre Simon Bandini y de otros, en el pucblo de Santa Maria la Mayor el año de el Señor mpccxxx1v, 1 vol. in-4.
Cet ouvrage imprimé en caractères détestables dans les missions, et qu’il ne faut pas confondre avec le Tesoro de la lengua quarani, pub. par Ruiz, à Madrid, en 1639, a trait surtout aux nombreuses tribus que l’on subjugua dans le Paraguay, mais il ne faut pas oublier étroite alliance qui existe entre ces peuples et ceux de la lingoa geral.
Nous n’ajouterons plus qu’un mot pour nous résumer, Ces langues dédaignées par les savans ne sont pas complétement privées d’une sorte de littérature appropriée aux Indiens convertis, et il seroit bien que l’on réimprimât les plus anciens mo-