‹ Une Fete Bresilienne Celebree a rouen en 1550Chapitre 7 sur 18 · DE LEE · texte numérisé non relu

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tion de plusicurs de ces émeraudes empêcha qu’on ne donnût suite à l’entreprise, qui fut poursuivie avec plus de succès, diton, par D. Francisco de Souza, seigneur de Bringel, gouvernant alors le Brésil. Gabriel de Soares fit mieux que de rapporter des émeraudes, il composa un précieux volume que la Bibliothèque nationale possède en manuscrit et qui est intitulé : Roteiro geral com largas informacoes de toda a costa que pertence ao estado do Brasil, e descripcao de muitos lugares delle, especialmente da Bahia de todos os Santos, dédié à Cristovam de Moura, en 1587.

Ce beau livre a été publié en 1825, dans la CoZleccao de Nolicias para a historia e geografia das naçoes ultramarinas, sur un autre manuscrit et il a été l’objet d’une savante dissertation de M. Adolfo de Varnhagen. Le jeune écrivain que nous venons de nommer a soumis les divers manuscrits de Gabriel Soarez à un sérieux examen, il a vu même celui de Paris et il est le seul qui puisse donner aujourd’hui une édition correcte de cet admirable traité, si précieux pour l’empire du Brésil.

(Note 8, p. 492).

Guillaume le Testu, examiné comme l'un des premiers navigateurs qui aient décrit le Brésil.

Guillaume le Testu , si peu connu de nos jours, étoit considéré dès le règne de Charles IX comme l’un des plus fameux pilotes de son temps, si ce n’étoit le plus instruit. Selon toute probabilité, il naquit dans les premières années du xvi° siècle. On ignore complétement dans quelle ville il prit naïssance, mais plusieurs indices donnent à supposer que ce fut en Normandie; cependant une autorité imposante le fait naître en Provence, sans donner aucun détail, il est vrai, sur sa biographie. M. de Humboldt ne fait que le mentionner à propos d’une indication géographique. Il a eu certainement de grandes relations avec les protestans , s’il n’étoit protestant lui-même: la dédicace de son livre en fait foi. Il navigua longtemps dans les

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mers d'Afrique et dans celles du nouveau monde. André Thevet, le cosmographe en titre de Henri III, se vante d’avoir été à diverses reprises son compagnon de voyage, et il le qualifie toujours de « renommé pilote et singulier navigateur. » Quant à lui, il prend le titre de pilote de la mer du Ponent, en la ville du Havre ; on pourroit supposer qu’il étoit né dans ce port, et il n’y auroit rien d’impossible à ce que cela fût ainsi, puisque la ville étoit déjà fondée en 1509. Le magnifique Portulan que nous a laissé l’habile le Testu a été composé en 1555, et il est remarquable que ce soit précisément l’époque à laquelle Coligny vouloit fonder un grand établissement de refuge au Brésil. Aussi le voit-on souhaiter à l’amiral félicité et paix durable. La carte du Brésil qui orne le Portulan dénote une connoiïissance peu commune de ces régions; on doit juger de celle qui fait connaître une partie de l’Afrique par le spécimen que présente le grand ouvrage de M. de Santarem. Guillaume le Testu devoit mourir dans le nouveau monde. Un livre peu connu nous fournit de nombreux détails sur sa fin tragique. H.T. $. de Torsay, dans sa Vie de Strozzi, dit positivement que le capitaine Guillaume le Testu, s'étant chargé de diriger une expédition contre Nombre de Dios, périt dans une action contre les Espagnols. Cette expédition aventureuse faisoit partie du reste de celle que tenta d'exécuter Drake, qui mourut, dit-on, en 1596, du chagrin que lui causa son échec. On peut lire dans le beau livre de M. Ramon de la Sagra sur l’île de Cuba une note pleine de lucidité touchant le magnifique Portulan de Guiliaume-le- Testu; elle est due à M. Sabin Berthelot, qui a donné aussi un travail étendu sur ce précieux monument dans le Journal de l'Instruction publique. Le Portulan de Guillaume-le-Testu est de format in-folio, etles peintures sont dues à une main d’une grande habileté ; on le conserve au dépôt de la guerre.

Voici un fragment du splendide ouvrage de Guillaume le Testu. Il est d'autant plus curieux que l’ou peut le considérer comme la première description du Brésil, qui ait été écrite par un Français. Alfonse le Xainctongeois, est plus vieux de dix

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ans, il est vrai, maisil ne visite que le nord de cette vaste contrée et sa précieuse relation composée vers 1543, n’a paru que défigurée. Les amateurs de vieux voyages n’apprendront pas sans plaisir, que M. Pierre Margry en prépare une seconde édition. On ne sauroit trop désirer que l’excellent article de M. Sabin Berthelot sur le Portulan de Guillaume le Testu, et les cartes de l'Afrique publiées par M. le vicomte de Santarem , dans son magnifique atlas, fassent venir le même désir à quelque éditeur habile. Durant le xvi‘ siècle, nous n’avons rien que lon puisse comparer sous le rapport de la cartographie aux cartes manuscrites de Testu. La note succincte que nous transcrivons fidèlement laisse voir quelle judicieuse observation se fait remarquer dans les descriptions malheureusement trop concises du célèbre pilote.

« Ceste pièce faict demonstration d’une partie d’Amerique ou les régions tant du Brésil caniballes que du royaulme de Prate sont descriptes situées soubz la zonne toride soubz le premier climat antidia meroes et finissant soubz le meilleu du quatreisme (sie) climat antidia rodou. Envyronnée du costé de septentrion de l’océan des Caniballes et Entille du costé d’orient la grant mer océane. Tous les abitans de ceste terre sont sauvaiges n'ayant cognoissance de Dieu. Ceulx qui abitent à l’amont de l’équinoctial sont malings et mauvais mangeans chair humaine. Ceux qui sont plus eslongnés de l’équinoctial estant plus aval sont traictables. Tous les dicts sauvaiges tant de l’amont que de l’aval sont nutz ayans leurs loges et maisons couvertes d’écorches de boys et de feuilles. Ils mènent ordinairement guerre les ungs contre les autres, c’est assavoir ceulx des montagnes contre ceulx du bortde la mer. Geste région est frétille en mileq et manioe qui est une racine blanche de quoy ils font de la farine pour menger, car ils ne font point de pain ; aussy y a-t-il force naveaux de trop meilleur goust que ceulx du pays de France avec enneniens (ananas) qui est un fruict délicieux avec plusieurs aultres sortes de fruicts. Aussy nourrit ceste terre sengliers, loups serviers, agoutins, tatous et plusieurs sortes de

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bestes, avec grand nombre de poulailles semblables à celles de ce pays de France. Papegaulx de divers plumaige. Les marchandises de ceste terre sont cotons, brésil, poyvres, bois servans à teincture avec gros vignolz desquels on faict patenostres et ceintz à femmes les desuditz abitans sont grans pescheurs de poisson et fort adroicts à tirer de l'arc. »

Nous avons en portefeuille tous les éléments d’une biographie étendue dans laquelle nous éssayerons d’indiquer les vastes travaux hydrographiques de Guillaume le Testu, le long du littoral du Brésil et sur les côtes de l'Amérique méridionale.

(Note 9, p. 12).

La chanson de Montaigne, poésie des Tupinambas. Drames des missionnaires, vers tupiques composés par eux.

« Couleuure arreste-toy, arreste toi couleuure; afin que ma sœur tire sur le patron de ta peinture la façon et l’ouurage d’vn riche cordon, que se puisse donner à m’amie : ainsi soit en tout temps ta beauté et ta disposition preféré à tous les autres serpents. » Montaigne ajoute : « Ce premier couplet c’est le refrein de la chanson. Or rai assez de commerce avec la poésie pour iuger cecy; que non-seulement il n’y a rien de barbarie en cette imagination, mais qu’elle est tout a fait anacréontique. Leur langage au demeurant c’est vn langage doux et qui a le son agréable retirant aux terminaisons grecques. »

Ce fragment est précédé d’un chant guerrier, que le poëte aimé des Brésiliens, Jozé de Santa Rita Duräo, a évidemment introduit dans le Caramurw , s’il n’a profité d’une antique tradition. « Jay vne chanson faite par vn prisonnier, dit Montaigne, où il y a ce traict : Qu'ils viennent hardiment trestous et s’assemblent pour disner de luy ; car ils mangeront quant et quant leurs pères et leurs ayeulx, qui ont servy d’aliment, et de nourriture à son corps. Ces muscles, dit-il, ceste chair et ces veines ce sont les vostres, pauvres fols que vous estes : vous ne recognoissez pas que la substance des membres de vos ancestres s’y tient encore : sauourez-les bien, vous y trouverez le

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goust de votre propre chair. » (Voy. à propos de la remarque faite plus haut, l'excellente édition de Caramurü, donnée par M. Adolfo de Varnhagen.)

Un écrivain du xvi* siècle, recherché des bibliophiles, et que M. Auguste de Saint-Hilaire, appelle ingénieusement le Montaigne des vieux voyageurs, Jean de Lery, nous a conservé l’analyse des chants, que les Tupinambas répétoient en chœur dans leurs solennités ; voici ce qu’il nous dit à ce sujet : « Et parce que n’entendant pas alors parfaitement leur langage , ils avoient dit plusieurs choses que ie n’avois pu comprendre, ayant prié le truchement qu’il me le déclarast, il me dit au premier lieu, qu'ils avoyent fort insisté à regretter leurs grands pères décédés, lesquels estaient si vaillants toutefois, qu’enfin ils s’estoient consolés, en ce qu'après ieur mort ils s’assuroyent de les aller trouver derrière les hautes montagnes, où ils danseroient et se réjouiroient avec eux, semblablement qu’à toute outrance, ils avoient menacé les Ouctacaces aultres sauvaiges leurs ennemis, lesquels, comme je l’ay desja dit ailleurs, sont si vaillants qu’ils ne les ont jamais pu dompter d’estre bientot pris, et mangés par eux ainsi que leur avoit promis leurs caraïbes. Au surplus qu’ils avoient entre-meslé et fait mention en leurs chansons que les eaux s’estoient une fois tellement débordées, qu’elles couvrirent la terre ; tous les hommes du monde, excepté leurs grands pères, qui se sauvèrent sur les plus hauts arbres de leur pays, furent noyés. » Léry parcouroit le Brésil en 1557, mais iln’est pas le seul qui nous ait transmis de précieux renseignemens sur la poésie des Brésiliens, habitant alors la baie de Rio de Janeiro et les rivesdu cap Frio ; ces Indiens appartenoient tous à la race à peu près identique des Tupinambas et des Tamoyos. Nobrega, Anchieta, Cardim, offrent peutêtre moins de détails à ce sujet, mais ils sont souvent plus explicites sur le nombre et la nature des chants, conservés cinquante ans après la découverte. Il y a surtout au xvi° siècle, un auteur qui a parfaitement apprécié le rang occupé dans les tribus par les hommes privilégiés chargés de transmettre la tradition.

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« Les poëtes parmi les Tupinambas jouissoient d’une telle estime, nous dit Gabriel Soarez, qu’ils alloïient parmi leurs ennemis, sans en éprouver la moindre offense. » Il est difficile de supposer que des hommes auxquels étoient aecordés de tels priviléges, n’avoientpas imposé à leurs chants un rhythme poétique, soumis à certaines règles, et donnant à leur langage, une réelle supériorité sur celui des autres Indiens. Malheureusement les détails précis sur ce sujet nous manquent à peu près complétement. Jean de Lery, à propos d’une description d’histoire naturelle, nous a bien conservé le début d’une chanson brésilienne fort populaire selon lui; il a bien renouvelé cette indication quelques pages plus loin , au sujet d’un poisson, mais si nous transcrivons ici ces fragments, c’est plutôt pour donner une idée de la mélopée que de la versification de ces peuples. Ce seroient seulement aujourd’hui les Appiacas et peut-être les Guarayos des confins de la Bolivie dont il est question dans le bel ouvrage de M. d’Orbigny, qui pourroient nous instruire sur ce point; en attendant des investigations nouvelles, nous reproduisons des fragmens, qui ont du moins le mérite d’avoir été recueillis dans le siècle même de la découverte.

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