‹ Une Fete Bresilienne Celebree a rouen en 1550Chapitre 8 sur 18 · TROISIÈME AIR · texte numérisé non relu

TROISIÈME AIR

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heu, heu-raure,heu-ra, heuraure, heu-ra, heu-ra-oueh

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he, he, hua, he, hua, hua,hua, hua. 2

Ce dernier chant, se liant à une sorte d'initiation, sans doute, mais imparfaitement transmis par le vieux voyageur,

lui inspire les réflexions suivantes : « Or les cérémonies ayant ainsi duré près de deux heures, ces cinq ou six cents hommes sauuages ne cessèrent toujours de danser et chanter. Il y eut une telle mélodie, qu’attendu qu’ils ne sauuent que c’est de l’art de musique, ceux qui ne les ont ouys ne croiroyent jamais qu'ils s’accordassent si bien. Et de fait, au lieu que du commencement de ce sabbath (estant comme iay dit en la maison des femmes) j’auais eu quelque crainte, jeu alors en récompense une telle ioye, que non-seulement oyant les accords si bien mesurez d’une telle multitude et surtout pour la cadence et refrain de la balade, a chacun couplet tous en traisnans leurs voix: heu heuraure, heura, heuraure, heüra, heüra oueh ; ien demeurai tout rauy: mais aussi toutes les fois qu’il m’en souuient, le cœur me tressaillant, il m'est aduis que ie les aye encor aux oreilles. Quand ils voulurent finir, frapans du pied droit contre terre, plus fort qu'auparavant, après que chacun eut craché deuant soi, tous vnanimement d’vne voix rauque prononcèrent deux ou trois fois un tel chant he, he, hua, he, hua, hua, hua. »

Jean de Lery, déjà si ancien, n’est pas le seul qui nous ait transmis des fragmens de mélodies indiennes, un savant célèbre dans les sciences naturelles, et que sa passion pour la musique n’abandonna pas un moment au fond des solitudes les plus reculées de l’intérieur, Martius n’a pas dédaigné de nous transmettre quelques airs recueillis il y a une trentaine d'années seulement, et qu’il seroit peut-être impossible d’emtendre aujourd’hui dans leur naïveté primitive. Ces précieux fragments sont trop peu connus au Brésil même et ils ont paru sous le titre suivant dans l’une des sections du bel ouvrage publié par les savants bavarois: Brasilianische volkslieder und Indianische Melodien musikbeilage zu D. V. Spix und D. V. Martius Reise in Brasilien. Outre les chants recueillis parmi les sauvages, ce recueil renferme huit de ces modinhas hrésiliennes, qu’on entend répéter avec tant de bonheur dans les simples bourgades. On y trouve aussi un Landèm, air de danse cssen-

tiellement original, importé par les Africains. Le grand ouvrage de M. Alcide d’Orbigny fournit également des mélodies indiennes, mais elles appartiennent à la nation des Chiquitos.

Nous avons dit un mot de la musique indienne recueillie au xvi° siècle, et même durant les temps modernes, parlons maintenant des paroles.

Les deux fragments reproduits en tête de la note, font partie comme nous l'avons déjà fait observer, de deux chansons que le vieux voyageur du xvi: siècle entendit jadis dans leur intégrité ; elles n’offroient guère à ce qu’il paroît que l’énumération de certains animaux, et celle de leur parure ou de leurs qualités. Sous ce rapport, elles avoient une analogie frappante avec les chansons modernes qu’entendit M. de Saint-Hilaire, parmi les Macunis. On diroit que c’est une sorte d’adjuration adressée à toutes les créatures pour qu’elles prennent part à la vengeance ou aux joies du sauvage. Ce qui nous fait émettre cette opinion c’est un chant plus ancien encore que ceux que nous venons de citer, puisqu'il remonte à l’année 1543; il nous est fourni par une nation indienne jadis puissante, dont les débris occupent encore les confins du Brésil. Lorsque les Guaycurus ou Uaicurus qu’on nomme aujourd’hui indiens cavaliers, furent vaincus dans les plaines du Paraguay par l’aventureux Cabeça de Vaca , on vit ces sauvages intrépides abaisser leur antique fierté jusqu’à une soumission complète aux volontés des Européens. Reconnus jadis comme dominateurs de ces régions, et redoutés de tous les autres Indiens, ils obéirent à une antique tradition, qui vouloit que le plus brave fût le maître; mais, avant d'accomplir cet acte, ils prirent à témoin de leur vaillance, les créatures vivantes qui animent les forêts et les eaux, et ils les convièrent à ne point oublier leur domination légitime. « Ils chantoient, ils appeloient toutes les nations, leur disant d’oser les combattre, qu'ils étoient peu nombreux mais plus braves que tous les autres peuples du monde, et maîtres de Ja terre, des cerfs et de tous les autres animaux des champs, qu’ils étoient seigneurs des rivières et des poissons, » (Voy. la Collection des

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