‹ Une fille d'Alfred de Musset et de George SandChapitre 4 sur 6 · HISTOIRE D'UNE MYSTIFICATION · texte numérisé non relu

HISTOIRE D'UNE MYSTIFICATION

Tous ceux qui se sont occupés de celte question n'ont guère apporté de certitudes dans leurs assertions, pour la raison, sans doute, qu'ils se sont surtout attachés à établir l'origine de Norma Tessum-Onda exclusivement, en délaissant quelque peu la personne qui l'accompagnait.

Après avoir recueilli nombre de renseignements sur ces dames à Saint-Maurice, nous nous sommes promis de procéder autrement, en recherchant ce qu'é-

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tait exactement cette femme Coras aux soins de laquelle Norma paraissait être confiée. Et ainsi, nous pouvions entrevoir comme possible la découverte de l'énigme . Madame Coras s'était retirée a Tasdon, près de la Rochelle^ à Y Asile des Petites Sœurs des Pauvres, quelque temps après la mort de Norma. Là, elle s'éteignit en parfaite chrétienne, nous a-t-on assuré, après avoir toutefois annulé (i) un testament olographe qu'elle avait fait à l'avantage de la femme Guenon Antoine, de Saint-Maurice, qui l'avait logée chez elle durant plusieurs mois (2).

(i) Communication de M"^' Guenon, Antoine, de Saint-Maurice.

(3) Nous avions pour compagnon de route et pour guide à Saint-Maurice, un homme qui a

Nous sommes allés à Tasile de Tasdon.

Pour nous être agréable, la supérieure, chercha sur un registre, la date exacte du décès de madame Coras, mais ce fut en vain.

Elle ne trouva rien .

Une sœur très âgée avait cependant eu connaissance de cette dame.

On ne la désignait à l'asile que sous le nom de Coras.

L'on nous assura qu'elle y était morte, dans le plus complet dénûment ; les quelques livres et menus objets qu'elle

joué un certain rôle dans l'histoire contemporaine, Louis Hillairaud, nouvel Harmodius qui, en 1887, essaya de tuer Bazaine, à Madrid. Nous lui devons un témoignage de reconnaissance pour le zèle qu'il déploya pour faciliter nos recherches.

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possédait, auraient été donnés de son vivant par elle à ses amis, ou brûlés après son décès.

A la mairie de la Rochelle, où nous nous sommes rendus ensuite consulter les listes de TEtat civil, nous n'avons pas trouvé non plus trace du nom Goras.

Le mystère recommençait.

Goras était, sans nul doute, un nom d'emprunt.

Ge ne fut qu'après de nouvelles et longues recherches à Saint-Maurice, et surtout dans le Maine-et-Loire, que nous sommes arrivé à savoir que madame Goras n'était autre qu'une Françoise Thomas, née à Toulon (Var)^ 1^ 19 décembre 1798, de Remy Thomas et de Marguerite

Coupeau, son épouse (i). Mariée avec Alphonse Coras, employé de la régie a Gholet (Maine-et-Loire), elle vécut assez longtemps dans cette ville, menant une existence peu exemplaire.

Sa conduite irrégulière occasionna la mort de son mari, à Nice où il était allé se soigner, en 1860(2).

Quelques-uns des anciens amis de cette dame, s'étant retirés à la campagne, l'engagèrent à venir habiter auprès d'eux.

C'est à cet effet qu'elle acheta, vers 1 86 1 , une petite propriété à Saint-Macaireen-Mauges (Maine-et-Loire), etyfitcons-

f i) Lettre du Maire de Saint-Macaire-en-Mauges (Maine-et-LoireJ, du 24 juillet I898.

(a) Lettre de M. Jules Barou, député de Maineet-Loire, du a a juillet 1898.

truire une maison non loin de l'école des filles.

Elle prit pour domestique une enfant du pays, Jeanne Ménard, l'aînée d'une famille de treize enfants, dont les parents, très pauvres tisserands de leur métier, habitaient à quelques centaines de mètres du bourg.

Une jeune sœur de Jeanne Ménard, nommée Joséphine, âgée de huit ans (i), était écolière.

(i) L'an mil huit cent cinquante-quatre, le dixhuit septembre, à lo heures du malin, devant nous, Gourtais, Jean- François, maire, officier de rÉtat civil de la commune de Saint-Macaire, est comparu Charles Ménard, âgé quarante- quatre ans, tisserand, lequel no us a présenté un enfantdu sexe îiminin, né avant- hier, à six heures du soir de lui et de Jeanne Jamain, âgée de trente-cinq

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Elle se rendait à l'école tous les matins, emportant avec elle sa petite provision pour le repas du midi. Elle fut plus tard autorisée à manger chez madame Goras, en compagnie de sa sœur. Comme elle était jolie, affectueuse, et d'une nature éveillée, elle plut beaucoup à madame Coras,qui finit par la garder chez elle et réleva comme sa propre fille.

Quelques-uns des amis de cette dame moururent, d'autres quittèrent le pays.

Se trouvant quasi seule, s'ennuyant beaucoup, madame Coras résolut de s'en aller au gré de sa fantaisie faire quelques voyages à travers la France.

ans, dévideuse, auquel enfant il a déclaré donner les prénoms de Joséphine-Marie. Témoins : Joseph Lefort, soixante ans ; Pierre Gorsiile, quarantequatre ans, Signé : Jean-François Courtais, maire,

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Elle se rendit à Chalus, dans la Haute- Vienne, emmenant, avec l'assentiment de ses parents, la petite Joséphine, âgée alors de onze ans (1). Une correspondance assez régulière s'établit alors entre madame Coras et les parents de Joséphine.

La fillette fit sa seconde communion a Ghalus et reçut la confirmation à Limoges, vers 1867.

De temps à autre, madame Coras se déplaçait, séjournait à Tours, à Angers, à Paris^ continuait des relations suivies avec quelques amis.

Quand Joséphine eut atteint sa quinzième année, le père Ménard manifesta le

( i ) Tous ces renseignements nous ont été fournis par M. l'iustituteur Henri Ghupin; de Saint-Macaire-en Mauges,

désir de la faire revenir à Saint-Macaire. Mais madame Goras, ni son amie, ne l'entendaient ainsi. Et, au lieu de se rendre à la maison paternelle, Joséphine partit avec madame Coras pour une destination inconnue.

C'était couper court aux instances du père Ménard.

Naturellement, toute correspondance avec la famille aussitôt cessa.

Ces dames habitèrent alors un petit appartement situé au n*' 5 de la rue Jean- Jacques-Rousseau, à Paris.

Le Siège vint, puis ce fut la Commune.

D'une nature très remuante, intrigante au plus haut point, madame Coras eut de nombreuses relations parmi les hommes politiques de l'époque.

S'il faut en croire ses bavardages à Saint-Maurice, elle aurait prêté cinquante francs, un jour de détresse, à Léon Gambetta, et elle reçut, à titre de souvenir gracieux de M. Henri Rochefort, un petit panier que le distingué rédacteur en chef de ['Intransigeant avait confectionné pendant sa captivité. Ce qu'il y a de certain, c'est que Joséphine connut tous ces personnages.

Sa grande beauté, son air distingué, l'éducation spéciale qu'elle avait reçue de madame Coras, tout la préparait bien k jouer un rôle dans le monde de la politique et des arts. Elle n'y manqua guère du reste.

Voici un billet (i) qui lui parvint par

(i) Le Gaulois du 4 décembre 1881,

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un pigeon voyageur du Fort Boyard, où quelques-uns des membres de la Commune étaient détenus :

(( Ne vous tourmentez pas y petite blonde. On ne me J ait pas de mal. Je vais bien. Je vous donnerai de mes nouvelles tous les jours, »

Henri Rochefort.

P. S. — Portez-vous bien, vous et votre maman.

Sur ce billet Norma écrit : « Reçu par

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