LE SECOND NOVICIAT
susciteront mes passions, le monde, le démon, et que je ne succombe pas sous le poids de la lutte, mais que par la vivacité de ma foi, la fermeté de mon espérance et l'ardeur de ma charité, je demeure inébranlable, dans l'exercice du zèle qui doit m' animer pour la gloire de Dieu, ma propre sanctification et le salut des âmes."
Le noviciat, qui avait commencé le 17 avril, se termina le 29 septembre 1894 par une retraite de cinq jours. Le R. P. Alfred comprit toute l'importance de cette retraite, comme on le voit par ses notes spirituelles : la dignité et les devoirs du missionnaire furent l'objet de ses profondes méditations. " Voilà qu'une nouvelle carrière s'ouvre devant moi, écrit-il : celle de l'apostolat. ' Oh î voici vraiment une vocation divine, puisqu'elle vient de Dieu, qu'elle a pour but le salut des âmes et que ses moyens sont surnaturels ; c'est une vocation qui impose une grande sainteté de vie et de constants labeurs.
C'est moi qui vous ai choisis, dit le Seigneur, afin que vous alliez et produisiez des fruits.
" Qu'est-ce à dire: ut fructum afferatis: si ce n'est produire des fruits de salut dans les âmes par le ministère de la prédication et celui de la confession. Aurai-je jamais osé prendre sur moi une charge aussi sublime et aussi redou-
table, si vous-même. Seigneur, ne me l'aviez imposée? Vous le voulez, ô mon Dieu! je le veux aussi. Je ne vous demande qu'une chose: lumière, force et courage pour remplir dignement mon double ministère de la chaire et du confessionnal. Quel mallieur pour moi, si au lieu de produire dans les âmes des fruits de salut, je produisais des fruits de perdition! Ce serait ma perte et celle d'une foule d'âmes. Il m'importe donc d'éviter un tel malheur; c'est pourquoi je dois avoir soin de procéder dans l'exécution de mon double ministère: 1° avec une intention droite: n'ayant en vue que la gloire de Dieu, ma propre sanctification et la sanctification des autres; 2" avec humilité; que je réussisse ou non, peu m'importe; il me suffit de faire le bien que Dieu demande de moi. Si je réussis, que mon succès soit pour la gloire et l'amour de Dieu! si je ne réussis pas, que ce soit encore pour l'amour de Dieu! Acceptons l'humiliation comme venant de la main du Seigneur pour dompter notre orgueil. Et qui sait si Dieu ne permettra pas que le bien que je n'ai pas réussi à faire, se fasse par les mérites de l'humiliation que l'insuccès m'aura procurée? 3° avec frudence: prudence à l'égard de moi-même, prudence à l'égard du prochain, surtout des personnes du sexe. Et, comme cette vertu s'acquiert en partie par l'expé-
rience, je dois, par conséquent, aimer à demander conseil aux confrères expérimentés. 4° avec subordination : c'est-à-dire, faisant le bien qui me sera imposé par l'obéissance. J'éviterai ainsi toute illusion provenant d'un zèle outré. 5° Enfin, je dois tout attendre de la prière. Elle doit être l'âme de mon apostolat; elle seule le rendra fécond.
" O mon âme, ajoute à tout cela l'exemple d'une sainte vie et tu assureras le succès de ton ministère. Ce que tes paroles n'auront pu produire, ta vie sainte le produira : eœemfla trahunt : " Les paroles s'envolent, les exemples entraînent."