‹ Une fleur canadienne dans l'Institut de saint Alphonse, ou, Notice biographique du serviteur de Dieu, le R.P. Alfred PampalonChapitre 15 sur 42 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Le second noviciat terminé, le P. Alfred retourna à notre maison de Mons, où tous. Pères et Frères, furent heureux de le revoir.

Le jeune missionnaire prit part aux travaux apostoliques, durant environ trois mois, il évangélisa particulièrement les grandes paroisses de Froidchapelle, d'Oret, d'Husseignies et de Neufvilles.

Ses instructions étaient claires, solides, pratiques et furent fort goûtées. Il prêcha peu de grands sermons ; on lui procura cependant le plaisir de célébrer la miséricorde de sa Bonne Mère Marie. Dans les différentes retraites auxquelles il prit part, il se distingua toujours par sa grande générosité, son zèle infatigable, son assiduité au confessionnal, et sa tendre charité pour les malades et les péctieurs.

Dans une lettre du nouvel an à sa belle-mère, il disait lui-même à ce propos: " Bien chère mère, — quant à moi , grâce à Dieu, je me porte bien ; il est vrai que je ne suis pas un homme redoutable par ma force; car, après toutes les maladies que j'ai éprouvées pendant mon enfance et ma jeunesse, je ne saurais devenir très fort. Ici le travail ne manque pas; j'étudie, je prêche, je confesse, je vais en mission. Je ne sais pas quand je prendrai mes ailes pour m 'envoler vers le Canada. Attendons que Dieu nous le dise. Je suis content dans Tétat religieux que j'ai embrassé : après tout c'est le chemin qui doit me conduire au ciel. J'espère bien, chère mère, que vous ne m'oublierez pas dans vos prières, afin que je puisse devenir un saint religieux. Plus je serai saint, plus je ferai de bien aux âmes." Hélas î une cruelle maladie devait arrêter le cours, à peine commencé, de son fructueux ministère et ruiner les espérances de son zèle.

LA MALADIE. Sù

En décembre 1894, le jeune apôtre sentit les premières atteintes de l'impitoyable phtisie qui devait le conduire lentement au tombeau. On le plaça aussitôt sous les soins d'un excellent médecin, mais tout l'art de celui-ci fut impuissant à arrêter les ravages du mal.

Le P. Alfred ne fut pas troublé par la perspective d'une mort précoce. Son front resta serein et son âme tranquille. Il salua la maladie comme une messagère céleste qui l'invitait aux noces de l'agneau. S'il garda au fond de son âme le désir de travailler encore dans la vigne du Seigneur, ce fut un désir résigné, pleinement subordonné au bon plaisir divin. Pas une plainte sur sa carrière apostolique brisée, pas d'inquiétude sur son avenir.

Le Frère infirmier qui le soigna fut ravi, enthousiasmé de sa candide vertu. " Le Père Alfred, écrit-il, tomba victime de son zèle et de son dévouement; son cœur voulait embraser le monde entier de l'amour divin, mais les forces physiques lui manquèrent; il s'affaissa dans la sacristie, je le reçus entre mes bras, pendant qu'il me disait : " Je n'en puis plus." Oh! que je serais long, si je savais exprimer tout ce que j'ai vu et entendu à la louange de cet ange de douceur. Heureuse l'âme qui, comme la sienne, répand autour d'elle le parfum suave de la grâce et de la

piété. Heureuses les âmes qui respirent et sa vourent ce doux arôme du ciel! Je remercie le Seigneur de m' avoir fait goûter ce bonheur."

En mai, 1895, les Supérieurs envoyèrent le cher malade à Beauplateau, espérant que l'air des Ardennes lui serait salutaire. De fréquentes promenades au milieu des sapinières de cette contrée, lui apportèrent quelque soulagement, mais sans pouvoirle guérir. La phtisie continuait à le miner sans pitié; presque chaque matin le P. Alfred expectorait du sang. C'est alors qu'il témoigna d'une manière sensible son grand amour envers la Vierge Marie. Un Père de la communauté, connaissant bien sa piété pour sa céleste Mère, mais ignorant son état de véritable épuisement, lui demanda un jour de prêcher à sa place, le dimanche suivant, à l'église, lui promettant en retour la récitation d'un chapelet. Le sermon proposé devait se faire sur les gloires de Marie. Un chapelet en retour d'un sermon à la louange de sa bonne Mère! Le Père Alfred ne put résister à la demande qui cadrait si bien avec sa tendre piété. Il accepta sans rien dire de sa faiblesse. Le dimanche suivant, il prêcha durant plus d'une demi-heure, avec une telle ardeur et une telle onction que tous les confrères qui assistaient au sermon furent émerveillés autant qu'édffiés.

Dans sa villégiature, le P. Alfred n'oublia

pas ses confrères de Mons : il leur écrivit la charmante lettre que voici: — J.M.J.A.

Rév. Père Recteur et bien chers confrères,

Me voici donc à Beauplateau, séjour pour le moment très agréable pour moi : car tout concourt à célébrer mon arrivée : un ciel sans nuage, un soleil bienfaisant, une nature ornée de ses plus riches vêtements, et surtout un accueil cordial de la part de la communauté. Mon départ de Mons s'est effectué avec un embrassement fraternel qui laisse toujours après soi un profond regret et ->mi doux souvenir: le regret de devoir quitter d'aussi bons confrères, et le souvenir des beaux jours passés ensemble. A ces deux sentiments vient s'en ajouter un autre: celui de la reconnaissance. Cette reconnaissance, je la dois en premier lieu au Révérend Père Recteur en retour de tout le bien qu'il m'a fait- Il a eu pour moi un cœur de père. Cette reconnaissance, je la dois ensuite au R. P. Ministre, aux autres Pères de la comni'unauté, et à tous les chers frères, en retour de toutes les attentions délicates dont j'ai été l'objet de leur part. Je prie Notre Seigneur et sa sainte Mère de vous récompenser au centuple.

Quand on me demande ce que je viens faire à Beauplateau, je réponds: Je viens remonter le physique. Quand on m'interroge sur la durée de

mon séjour ici, je réponds en riant: Tout dépend du cuisinier."

Le 27 juin, nouvelle lettre aux mêmes : " Voilà un mois que je suis à Beauplateau afin de me rétablir. Tous les jours je demande à l'air frais des Ardennes la santé. Au commencement il me caressait de son doux zéphyr et me donnait l'espoir d'un prochain rétablissement; mais l'homme propose et Dieu dispose. Un changement brusque s'opéra dans l'air. La température, de chaude qu'elle était, devint froide et humide. J'en ai ressenti le contre-coup. Mon ami, le froid m'a saisi à la poitrine et me caressa si fortement qu'il me fit cracher un peu de sang. Grâces à Dieu, rien de fâcheux ne s'en est suivi ; la preuve en est que je vais mieux."

Ecrivant à un de ses frères, le Père Alfred ajoute : " Je t'écris de Beauplateau. Mon supérieur m'a envoyé ici pour reprendre les forces que j'ai dépensées pendant l'hiver. Car j'ai assez bien travaillé. Il n'y a rien de grave et, grâces à Dieu, je vais déjà mieux. Le principal est de se conformer en tout à la volonté de Dieu." C'est ce qu'il faisait.

" Pendant les quelques semaines que le Père Alfred passa au milieu de nous, nous écrit le Recteur de Beauplateau, j'admirai sa parfaite résisrnation et son abandon total à la divine Provi-

dence et à ses supérieurs. Il ne demandait rien, et ne s'inquiétait aucunement, ni de sa maladie, ni de ses suites. Il lui suffisait d'être rédemptoriste et de faire son devoir. Il se trouvait bien ex content partout. Quel beau modèle! Quel bien n'aurait-il pas fait à ses confrères par ses bons exemples! N'aura-t-il pas obtenu ainsi plus de mérites et sauvé plus d'âmes, que s'il avait passé de longues années à donner des missions? "

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