‹ Une fleur canadienne dans l'Institut de saint Alphonse, ou, Notice biographique du serviteur de Dieu, le R.P. Alfred PampalonChapitre 23 sur 42 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

"Je ne comprends pas, disait la grande sainte Thérèse, comment on peut penser à la Reine des anges et à tout ce qu'elle essuya de tribulations durant l'enfance de Jésus, sans remercier saint Joseph du dévouement si parfait avec lequel il vint au secours de l'un et de l'autre.'' — C'était aussi le sentiment de notre saint Père Alfred. Lors de sa confirmation, par une dévotion spéciale pour saint Joseph, il fit ajouter à son nom de baptême celui de ce grand saint, et depuis lors, il ne cessa plus de l'honorer d'un culte quotidien et d'une confiance toute filiale. Il se plaisait à l'appeler son bon Père, son patron, son guide, son conseiller, l'ami des sacrés Cœurs de Jésus et de Marie.

A chacune de ses retraites, il renouvelait la ferveur de sa dévotion envers son saint de prédilection et revenait à sa résolution d'y rester fidèle à tout prix.

Depuis son noviciat, le Père Alfred eut à cœur d'accomplir plusieurs petites pénitences chaque mercredi, jour dédié à St Joseph; en ce jour aussi, il récitait le chapelet de St Joseph et invoquait son bon Père par de fréquentes et fer-

ventes oraisons jaculatoires. Aux fêtes de son glorieux patron, et durant le mois de mars, il redoublait r ardeur de ses prières et la rigueur de ses pénitences, afin d'attirer sur lui les bénédictions du chaste Epoux de Marie. Désirant vivre sous la protection perpétuelle de St Joseph, il porta constamment le scapulaire et le cordon, dits de St Joseph. Il fut heureux d'avoir, comme St Alphonse, le bonheur de quitter la terre un mercredi, jour dédié au culte de son céleste patron. Voici une de ses prières à St Joseph, dans laquelle il nous donne une idée de sa grande piété envers lui.

0 chaste Epoux de la bienheureuse Vierge Marie, c'est avec la plus grande confiance que je m'approche de vous. Cette confiance est si grande que si j'ignorais ce qu'il convient de vous demander, j'abandonnerais tout entre vos mains; vous êtes, après Jésus et Marie, ma plus douce espérance et mon plus grand protecteur. Jusqu'ici vous avez été pour moi un véritable père, vous m'avez secouru dans mes nécessités. C'est donc avec confiance que je viens de nouveau vous exposer mes besoins. Accordez-moi, au nom de celui dont vous fûtes le Père nourricier et au nom de Marie, votre épouse, les dons de pureté et d'oraison; obtenez-moi une profonde humilité et un grand amour envers Jésus et Marie.

O grand saint Joseph! vous qu'on procalme le patron de la vie intérieure et celui de la bonne mort, soyez, je vous prie, mon guide dans la vie spirituelle, et secourez-moi surtout à l'heure de ma mort. Venez alors, ô mon Père! venez m 'assister. Qu'alors votre nom, avec ceux de Jésus et de Marie, ne cessent jamais d'être dans mon cœur et sur mes lèvres ! Invitez ce bon Sauveur et cette bonne Mère à venir avec vous m' assister en ce moment suprême, afin que je meure en remettant mon âme entre vos mains."

Non content d'honorer et d'invoquer luimême le chaste Epoux de Marie, le Père Alfred s'efforça encore de le faire connaître et aimer des autres, employant à cet effet ses avis, ses instructions et ses lettres. Il continua à propager son culte jusqu'aux derniers jours de sa vie. Ce fut toujours un véritable plaisir pour lui de bénir et d'imposer les scapulaires de St Joseph.

Il honorait encore plus souvent le St Patriarche conjointement avec Jésus et Marie. " L'Auguste Famille de Nazareth, disait-il, doit être l'objet favori de ma dévotion. En effet, il pratiqua toujours cette belle dévotion, ayant recours à Jésus, Marie, Joseph, dans les différentes circonstances de sa vie. Parmi les prières qu'il a composées, six leur sont adressées. Il les conjure de faire de lui un parfait rédemptoriste, un prêtre se-

Ion le cœur de Dieu, et un apôtre animé d'un véritable zèle. Il leur consacre son passé avec tout ce qu'il a fait de bon; son présent, les priant de le rendre fructueux en mérites, en bonnes œuvres, et en toutes sortes de vertus; son avenir, s' abandonnant entièrement à la volonté de Dieu et se reposant sur leur protection.

" Ah! s'écrie-t-il, comment pourrais-je me réserver quelque chose, lorsque je vois tout ce que vous avez fait pour moi, votre indigne enfant? Comment ne pas me confier uniquement à vos soins? Comment ne pas remettre tout entre vos mains?

" O! Jésus, Marie, Joseph! agréez encore comme hommage de ma reconnaissance et de ma confiance, l'offre que je vous fais de toutes les indulgences que je gagnerai. A vous d'en disposer comme il vous semblera bon... Mais c'est surtout ma dernière heure que je vous recommande. Oh! venez m' assister alors, me défendre contre les ennemis de mon salut; oui, vous serez là, je n'en doute pas, pour recevoir mon âme et la conduire en paradis, oii je chanterai les infinies miséricordes du Seigneur." Il tenait sur sa table l'image de la sainte Famille, au revers de laquelle il avait écrit son intention habituelle. " O bon Jésus! ô ma bonne mère Marie ! ô Saint Joseph ! tout mon bien, doux objets de mes amours et toute ma vie,

en union avec vous je veux vivre, en union avec vous je veux souffrir, en union avec vous je veux mourir et puis, aller vous voir dans le beau Paradis! Ainsi j'espère. Ainsi soit-il."

Le Père Alfred aurait voulu que les noms de Jésus, Marie, Joseph fussent dans tous les cœurs et sur toutes les lèvres. Ils étaient pour lui son trésor, sa force, sa consolation, sa joie.

Que d'autres, dit-il, cherchent les plaisirs de ce monde trompeur, qu'ils courent après les vaines richesses, pour moi, je ne veux pas d'autre richesse et d'autre bonheur que Jésus, Marie, Joseph! "

Après Jésus, Marie, Joseph, inutile de dire que saint Alphonse occupait la première place dans le cœur du Père Pampalon. Il l'aimait comme un bon fils aime son père; tous les jours, il l'invoquait et s'efforçait de lui plaire surtout en imitant ses vertus. Il lui demandait spécialement le zèle : zèle pour sa propre sanctification et pour celle des autres." Il lisait ses livres de préférence et se faisait un devoir de piété filiale d'embrasser et de soutenir les opinions du St Docteur.

Il nourrissait une affection toute fraternelle et une confiance illimitée envers St Gérard, le grand thaumaturge des temps modernes.

Le Père Alfred avait encore d'autres amis

de choix dans le ciel. Outre les saints patrons de l'Institut, il honorait chaque jour son ange gardien, la bonne Sainte Anne et St Jean de la Croix.

Enfant de Marie, il ne pouvait manquer de vénérer d'un culte spécial, la mère de la Bienheureuse Vierge Marie, dévotion du reste traditionnelle pour tout Canadien; de là, en tête de ses écrits, de ses sermons, de ses cahiers de classe, etc., cette inscription dédicatoire : " Tout par amour pour Jésus, Marie, Joseph, Alphonse et Ste Anne."

Il a traduit les sentiments de son cœur dans cette prière à Sainte Anne : " O bonne Sainte Anne ! Vous que Dieu a choisie pour être la mère de la mère de son divin Fils, daignez intercéder pour nous qui recourons à vous avec confiance. Recommandez-nous à Marie et priez-la qu'elle nous obtienne la grâce de vivre et de mourir dans une parfaite pureté, humilité et charité, de rester fidèles à notre vocation et aux promesses que nous avons faites à Dieu le jour de notre baptême et de notre profession religieuse."

Il aimait à tenir devant lui l'image de la Patronne des Canadiens et la demandait agréablement un jour par ces deux vers :

" Que ne puis-je en retour de mon sincère hom-

[mage " De la bonne Ste Anne avoir la belle image."

D'où venait sa dévotion à St Jean de la Croix? C'est qu'il était né sous ses auspices, le jour de sa fête, 24 novembre. Ce grand modèle de mortification, qu'il avait sans cesse sous les yeux, l'aidait à supporter généreusement ses souffrances, comme l'avait fait cet illustre saint qui, invité un jour par Notre Seigneur lui-même, à choisir la récompense due à ses labeurs, répondit avec transport: — " Seigneur, souffrir et être méprisé pour vous."

Tous les matins et tous les soirs, il invoquait son bon ange, et à la fin des prières qu'il composait on rencontre souvent cette invocation : St Ange de Dieu, mon charitable gardien, veillez sur moi; assistez-moi de vos bons conseils et dirigez mes pas dans la voie du bien."

Les âmes du purgatoire ont toujours été de la part des serviteurs de Dieu l'objet d'une grande et effective compassion.

Aussi bien, le Père Alfred ne négligea rien pour leur venir en aide. Il leur avait cédé toute la partie satisfactoire de ses bonnes œuvres, s'efforçant, à cet effet, de gagner le plus grand nombre possible d'indulgences; c'est pourquoi il avait grandement à cœur la dévotion des six Pater, Ave et Gloria Patri, enrichie de tant d'indulgences; chaque jour il parcourait avec une grande ferveur les stations du chemin de la croix.

Enfin le Vénérable Dominique Blasucci, le St Louis de Gonzague de notre Congrégation, et St Jean Berchmans étaient les modèles qu'il s'appliquait le plus volontiers à reproduire.

Nous ne résistons pas au plaisir de citer quelques lignes d'une de ses compositions sur le Vén. Blasucci; il s'y peint lui-même: " En notre Fr Blasucci, toutes les vertus semblaient s'être données rendez-vous. Semblable à une fleur qui exhale autour d'elle une agréable odeur, il vivait au milieu de ses confrères et les réjouissait par le parfum de ses vertus. Pour lui, la moindre transgression de la Règle était un crime. " Je renonce à devenir un saint, disait-il, plutôt que de transgresser le plus petit point de mes règles." Il était héroïque dans sa pauvreté, héroïque dans l'obéissance. Mais c'est surtout la conformité à la volonté divine et l'esprit de recueillement qui brillaient en lui. C'est ici spécialement qu'apparaît la perfection de sa charité. Plaire à Jésus et puis mourir. Ne plus vivre pour ce monde et pour lui-même, mais vivre tout entier pour Jésus, telle fut toute sa vie. Il fallait le voir en présence du Très Saint Sacrement et dans son action de grâces. On lui demanda un jour comment il remerciait Jésus-Christ après la communion. " Ah, répondit-il, on ne sait alors ce qu'on fait; on croit avoir le paradis dans son cœur; je me consumerais comme de la cire si cela était possible."

Le Père Alfred a rivalisé d'amour avec soa saint frère et possédé une singulière ressemblance de vie, avec lui.

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