‹ Une fleur canadienne dans l'Institut de saint Alphonse, ou, Notice biographique du serviteur de Dieu, le R.P. Alfred PampalonChapitre 24 sur 42 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Dès son enfance, le Père Alfred montra toujours un cœur charitable et plein d'affection poai ses bien-aimés parents. Servi able en tout, il se prêtait volontiers à faire les messages de sa mère ou à la soulager dans les soins du ménage, comme balayer la place ou laver la vaisselle.

* Au collège de Lévis, il s'entendit toujours bien avec ses compagnons. Quoiqu'il eût une nature vive, il était bon, évitant toute dispute avec les élèves et ne conservant aucun ressentiment des coups reçus dans le jeu.

Entré dans l'Institut de St Alphonse, sa chanté ne fit que s'accroître; elle fut toute divine et à toute épreuve. " Je vivrai heureux si je garde la paix avec mes confrères, lisons-nous dans ses notes de retraite. J'obtiendrai cette paix, en les aimant d'une manière toute surnaturelle en Dieu, dont ils sont les images. Je dois être en bon rapport avec eux. Je dois me regarder comme le serviteur de tous. Je dois éviter comme la peste

toute familiarité, sachant que tous, sans exception, sont dignes d'une égale charité de ma part. L'amitié particulière en religion est un manque de charité envers le reste de la communauté : charité pour tous et familiarité pour personne, si ce n'est pour Dieu seul. J'aime mieux être chassé de la Congrégation, que de me voir esclave d'un vice si abominable." Il fut fidèle à ces saintes résolutions.

En esprit de charité, il remplissait parfaitement les petits emplois dont on le chargea au Noviciat et au Studendat. Pendant son séjour à Mons, il offrit volontiers son aide au bibliothécaire dans le travail fastidieux de la composition du catalogue.

Sa charité fraternelle le portait encore à prêter, et même à donner de bon cœur ses écrits à qui les demandait.

Lui demandait-on un service au nom de la Sainte Vierge, il ne refusait jamais. On rapporte que plusieurs ont abusé de ce stratagème.

En mission, le Père Alfred se faisait tout à tous, son cœur étant enflammé d'un grand zèle pour le salut des âmes. Il allait visiter les malades pour les consoler; sa douce charité et son affabilité lui gagnaient tous les cœurs.

Le P. Alfred était un silencieux qui ne dédaignait pas le petit mot pour rire. Devenu pré-

tre, il faisait plus d'efforts pour entretenir la conversation et égayer ses confrères.

Jamais on n'entendit de sa bouche un mot de médisance, de reprocne ou de plainte. Il comprenait que la vraie vertu, c'est de savoir vivre en paix avec tout le monde. Il ne donnait jamais à personne l'ombre d'un mécontentement, pas même à ceux qui étaient d'un caractère difficile. Sa douceur était inaltérable. Aussi, l' appelaiton l'agneau, la bonne petite brebis du bon Dieu. Son humeur était toujours égale; jamais on ne 1^ vit perdre le calme ou la possession de lui-même.

" La première fois que je vis le cher P. Alfred, nous écrit un confrère, ce fut lors de mon arrivée, comme étudiant, à Beauplateau. En visitant les caves, nous le trouvâmes occupé à ramasser du bois. Il nous salua cordialement mais avec un extérieur tranquille et posé. Tel je le vis alors, tel je le vis pendant les deux ans qu'il demeura encore à Beauplateau . ' '

Si le Père Alfred évitait les excès de la joie, il évitait aussi les abattements de la tristesse ; car il trouvait dans la rare énergie de sa volonté, et surtout dans son intime union avec Jésus-Christ, une égalité d'humeur qui ne s'est jamais démentie.

Un jour, le Frère Scanlan, qui, le soir même, en présence de tous les étudiants, devait rapporter

un trait édifiant, demanda au Père Alfred, qui devait parler après lui, ce qu'il allait lui-même raconter. Le Père, sans soupçonner la malice de cette question, relata bonnement son histoire pieuse. Quand arriva le temps de parler, le confrère rapporta le trait du P. Alfred. De prime abord, celui-ci fut surpris, mais non troublé; sans faire semblant de rien, il parla après son confrère, et raconta simplement un autre trait sur les gloires de Marie.

Qui dira sa charité envers ses supérieurs ? Aux jours de leurs fêtes, il leur témoignait tout son respect, son amour et sa reconnaissance en présentant une adresse ou en composant une poésie.

Avec quelle générosité il les aima toujours. " Que n'a-t-il point fait, rapporte son préfet d'études, le T. R. P. Joseph Strybol, pour obtenir la guérison du R. P. Jean Kockerols, provincial; et, ne s'est-il pas offert à Dieu pour moi, quand j'étais malade? "

A Sainte Anne de Beaupré, durant sa dernière maladie, il alla visiter deux confrères malades à leur cellule, aussi longtemps qu'il le put.

Il arrivait à ma chambre, disait l'un d'eux, en se traînant comme il pouvait, afin de me donner un peu d'eau, quelques remèdes ou de me rendre quelqu'autres services. Il voulait sur

tout que je fusse gai et m'encourageait par ses bonnes paroles et surtout par son exemple à souffrir généreusement pour le bon Dieu."

Un étudiant se plaignait un jour à lui, de Fennui qu'il éprouvait à répéter ses matières d'examen. Notre héros, pour l'encourager, lui révéla un de ses pieux secrets. " Pour moi, lui dit-il, quand je suis lassé de repasser, je me mets debout devant l'image de la Ste Vierge, et je lui récite ma leçon comme si elle-même en personne était là devant moi pour l'écouter et ainsi je chasse l'ennui et me ranime à l'étude."

Lorsque dans ses derniers jours on réclama ses conseils toujours si sages, quoiqu'il en coûtât à son humilité, il donnait satisfaction à tout le monde, et avec tant de sagesse, qu'il semblait être éclairé de Dieu d'une manière spéciale.

Il nourrissait pour sa Congrégation les plus profonds sentiments d'amour et de tendresse. Il l'aimait, disait-il, à cause de cet amour que Jésus et Marie lui portent, et à cause des biens immenses qu'elle lui procurait. Il la considérait comme une arche vivante de salut que Dieu lui avait destinée de toute éternité pour le sauver du déluge et de la corruption du siècle. Il la chérissait tendrement comme une mère qui, après l'avoir engendré spirituellement, ne cessait de le nourrir du lait spirituel, de veiller sur lui, de le défendre et

de le combler de biens de toutes sortes, pour le corps et pour l'âme, pour le temps et pour l'éternité.

Ceux-là ne l'aiment pas, disait-il, et sont ses ennemis plutôt que ses enfants, qui ne recherchent que leurs intérêts, transgressent les règles, se comportent mal à l'extérieur, et ruinent ainsi sa réputation. Les esprits critiqueurs, querelleurs, désobéissants sont le fléau de l'Institut."

Pour lui, non seulement il évitait ces défauts, mais il se tenait prêt à tout sacrifier pour le bien spirituel et temporel de sa famille religieuse; mêlant sa propre joie à ses joies, ses propres larmes à ses larmes; il faisait siennes les consolations et afflictions de sa mère; il s'efforçait de soutenir par ses paroles et ses exemples l'observance régulière et le véritable esprit de St Alphonse, et témoignait ainsi de la meilleure manière sa reconnaissance pour la grâce de sa vocation et les bienfaits de la vie religieuse. Il priait tous les jours pour sa chère Congrégation, ses supérieurs et ses confrères ; il demandait pour eux les mêmes faveurs que pour lui-même, ou disait, comme dans une de ses prières à St Joseph : " Accordez aussi, ô glorieux Patriarche! à mes supérieurs et confrères, les grâces qu'ils désirent. Soyez-nous favorable et nous n'aurons rien à craindre. " Enfin, il montrait le plus srrand dé-

vouement à s'acquitter des travaux qui pouvaient contribuer au bien de la Congrégation et des âmes.

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