‹ Une fleur canadienne dans l'Institut de saint Alphonse, ou, Notice biographique du serviteur de Dieu, le R.P. Alfred PampalonChapitre 25 sur 42 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Le Père Alfred chérissait la pauvreté à la manière des saints. C'est pourquoi, il la regardait comme son trésor, son ornement et sa plus douce joie. L'exemple du divin Sauveur le stimulait sans cesse à l'amour de cette vertu. " Il ne convient pas, aimait-il à répéter, que le serviteur dédaigne ce que le maître a voulu choisir pour lui-même, ni que le disciple professe une doctrine contraire à celle de son maître. La pauvreté a été la part de Jésus sur la terre, sa part voulue, choisie, préférée. Jésus-Christ fut donc pauvre; mais comme il convenait aussi, sa pauvreté atteignit en tous sens des proportions oii nul autre n'est parvenu et ne saurait jamais parvenir. De sorte qu'il peut dire en toute vérité: " Je suis votre modèle." Il naquit pauvre, de parents pauvres, dans une pauvre étable " Animé par

ce divin exemple, le P. Alfred regardait comme un bonheur de subir, à l'occasion, les effets de la pauvreté, tel que la faim, la soif, le froid, le mé-

pris. Recevait-il une nourriture mal préparée, jamais il ne murmurait; l'oubliait-on, jamais il ne se plaignait.

Par amour pour la pauvreté, il écrivait presque sans marge, en fort menus caractères et en lignes très serrées; ne se servant souvent que de vieilles enveloppes et de débris de papier.

Dans sa cellule il ne gardait aucun livre inutile et y faisait régner l'ordre et la propreté en toutes choses.

Cette vertu l'engageait à choisir ce qui était déjà usé; il faisait remplacer un vêtement neuf par un autre qui avait servi, gardant ses habits jusqu'à l'extrême vétusté, et était content d'en porter de rapiécés. Sa dernière soutane, il la porta cinq ans, et, à sa mort, elle était encore bonne et propre; car, fervent religieux, il avait un grand soin de ce qui était à son usage.

Durant sa dernière maladie, désireux de vivre en vrai pauvre jusqu'à la fin, il passait ses soirées dans l'obscurité, n'allumant sa lampe que quand il recevait de la visite.

Que de fois il avertit le frère infirmier de ne pas lui apporter trop de nourriture. Si celui-ci persistait à être généreux, il lui disait: " Mon cher frère, vous me donnez trop; il faut penser à la pauvreté. Voyez, cela est maintenant perdu; il faudra le jeter."

Ce vrai pauvre de Jésus-Christ, dans son humilité, se croyait à charge à la communauté ; aussi, quelques jours avant sa mort, en exprimait-il ses regrets au procureur de la maison : " Père Ministre, lui disait-il, que de dépenses je vous ai occasionnées!

.Enfin, cet amant de la pauvreté fut toujours iidèle à demander les permissions exigées par la Règle, les petites comme les grandes; avait-il besoin de quelque chose pendant les derniers jours de sa vie, avant d'en faire usage, il envoyait un frère auprès du supérieur pour en demander la permission.

Sa famille qui vivait dans l'aisance était tombée dans la gêne; non seulement il ne s'en troubla pas, mais il engagea tous ses parents à la résignation par les pensées de la foi sur la pauvreté! " Ainsi donc, cher Arthur, courage et confiance. N'en doutons pas, si nous avons soin de nous bien conduire. Dieu aura pitié de nous et saura nous récompenser. Il est vrai, nous étions riches et maintenant nous voilà pauvres. Qui sait si, avec toute notre richesse, nous aurions gagné le ciel? Nous n'en savons rien. Dieu le sait. Il veut que nous soyons pauvres, parce qu'il juge que cet état nous convient mieux pour opérer notre salut. Et tu sais, comme moi, cher frère, ainsi que ton épouse, que le salut de notre âme vaut

plus que toutes les richesses. Voilà, cher frère, une vérité bien propre à te consoler et que tu dois te rappeler souvent. Cependant, tu ne dois pas pour cela cesser de prier Dieu d'améliorer ton sort. Oui, prie beaucoup et fais prier. Je te conseille, cher Arthur, quand tu ne trouves pas d'ouvrage de prier à cette fin notre bon Frère Gérard Majella. Il est tout-puissant sur le cœur de Dieu."

Bien-aimée mère.

Je comprends l'état dans lequel il a plu au Seigneur de vous placer. Un tel état exige de vous une grande résignation à la volonté de Dieu. Aussi je prierai le bien-aimé Jésus, sa sainte Mère Marie et le glorieux Saint Joseph de vous soutenir au milieu de vos peines. Supportez avec patience cette croix. Sans doute, elle paraît pénible, mais vous verrez après votre vie, quel grand bien elle vous aura procuré. La croix est la clef qui nous ouvre les portes du ciel. Daigne le Seigneur vous rendre légère cette croix, à cet eiïet, chère mère, jetez les yeux sur le crucifix, et méditez les souffrances de Jésus, ainsi que de sa sainte Mère au pied de la croix, et vous y puiserez cette force qui vous fera surmonter toutes vos peines. Mais c'est surtout à la Messe et dans la sainte communion que vous trouverez un remède à vos douleurs." Dans une autre lettre il ajoute :

" Bien chère mère, depuis quelques années l'épreuve est venue nous visiter, mais ne nous décourageons pas. Dieu l'a permis pour notre plus grand bien. Résignons-nous à sa divine volonté. Le Seigneur n'abandonne pas ses fidèles serviteurs. Recourons à lui avec confiance, le priant d'avoir pitié de nous. Recourons à la B. V. Marie, afin qu'elle intercède pour nous auprès de son divin Fils, Jésus.

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