CHAPITRE XXI
En lisant deux pages que le P. Alfred Pampalon a laissées sur la pureté, on croit entendre un ange chanter la vertu angélique. Nous disons la pureté, plutôt que la chasteté, parce que, d'abord, le Père Alfred s'exprime ainsi, et qu'ensuite, il entend par là l'exclusion de tout ce qui partage le cœur, l'empêche d'être tout à Dieu et de tendre uniquement à lui. Voici ses paroles:
" 0 mon âme! mourons à tout autre amour, pour ne vivre que de l'amour de Jésus. Mais le chemin qui conduit à cet amour, c'est la pureté.
Pureté d'esprit: en consacrant à Dieu ton esprit avec toutes ses pensées, les élevant sans cesse vers les choses célestes.
Pureté de cœur : en consacrant à Dieu ta volonté avec toutes ses affections, te souvenant que Dieu est un Dieu jaloux, qui n'admet aucun partage, mais qui veut un cœur libre et vide de toute affection terrestre.
Pureté de corfs : en consacrant à Dieu mon corps avec tous ses sens. L'apôtre nous dit que nous sommes les temples du St-Esprit. C'est pourquoi je ne dois pas souiller ce temple, mais je dois le conserver toujours pur, afin que Dieu y puisse trouver une demeure digne de lui.
O pureté que tu es belle! tu rends l'âme semblable aux anges.
Je suis le temple du Saint-Esprit destiné à 'recevoir le pain des anges plusieurs fois par semaine, même tous les jours, quand je deviendrai prêtre; par conséquent, je dois le conserver intact, ce temple, le garder vide de toute affection terrestre. Plus je serai pur, plus aussi Dieu fera ses délices d'habiter en moi.
Enfant de Marie, enfant de pureté! ne dis pas que tu aimes Marie si tu n'es pas pur. Plus je serai pur, plus aussi le Seigneur me communiquera ses bienfaits. La pureté est descendue du ciel sur la terre, c'est aussi par elle que nous obtiendrons de monter au ciel."
Ses craintes, sur la même page, nous montrent combien l'angélique Père Alfred était ja-
SA PURETÉ Igl
loux de conserver son innocence et nous fait entrevoir qu'il n'a jamais perdu ce trésor inestimable.
" Pour ce qui regarde la belle vertu, écrit-il, il faut regarder les paroles du P. Préfet comme venant de la bouche de Dieu même, car le Seigneur a dit: "Celui qui vous écoute m'écoute, celui qui vous méprise me méprise." Quand donc le démon viendra pour te troubler, aussitôt élève ton cœur à Dieu, invoque ta Donne Mère Marie. Et pour ce qui concerne tes doutes passés par rapport à cette vertu, tu dois absolument les rejeter comme venant du démon. Ainsi te l'a ordonné ton directeur spirituel. Et sois assuré que c'est à ce prix que tu triompheras. Eh quoi! toi qui te fais gloire d'être l'enfant de Marie, la plus pure des créatures, tu déplairais à cette bonne Mère? Non! non! plutôt mourir mille fois que de vous affliger, ô Marie!"
Pour conserver cette belle vertu si chère à Jésus et à Marie, il faut, disent nos Constitutions, garder la modestie, qui en est comme la défense et la sauvegarde. Le Père Alfred semblait être la modestie personnifiée. " La prudence, écrivaitil, pour ce qui regarde la vue, le goût, le toucher, les entretiens avec le prochain, est une chose indispensable : il y va de la perte de ma vocation." Si cette résolution était ignorée, son exécu-
tion était visible à tous les yeux. Il poussait la prudence si loin qu'il semblait qu'un instinct surnaturel commandait ses moindres mouvements. Pas un regard déplacé, pas un geste précipité, pas un pas qui ne fut réglé. Une modestie parfaite régnait dans toute sa manière d'être ou d'agir. Ainsi la vue de son visage inspirait l'amour de la pureté. Son seul aspect rendait les autres meilleurs. On ne pouvait l'aborder sans éprouver cette impression de respect qu'eût produite la vue d'un ange.
Il réglait son maintien de telle sorte qu'on voyait briller en lui comme une image de la gravité, de la piété et de la pureté virginale. Il n'employait jamais que des paroles prudentes et mesurées, et n'en proférait jamais aucune qui pût blesser les oreilles des autres. Il évitait soigneusement d'arrêter ses regards sur les personnes du sexe ou les tableaux dangereux; ne touchait jamais personne sans nécessité et était très prudent avec lui-même. Il ne négligea aucun des moyen^ nécessaires à la préservation de cette vertu angélique : il gardait ses sens avec sévérité; fuyait l'oisiveté et les moindres occasions; il était prompt à repousser la tentation ; il pratiquait la tempérance et l'ouverture de cœur; il puisait enfin dans les sacrements et la prière fervente, et surtout dans une tendre dévotion à la Viersre-Im-
maculée, la force de conserver toujours intact le beau lis de sa pureté. " O la plus chaste des reines! s écrie-t-il, rendez-moi le plus chaste de vos enfants. Ne permettez pas que jamais je ne souille le beau lis de la pureté. Affranchissez mon esprit de toutes les pensées qui pourraient le ternir; fermez mon cœur à toutes les affections terrestres et ouvrez-le à l'amour de Dieu seul. Oh î oui, faites-moi trouver les joies de l'esprit et du cœur en Dieu seul. Rendez-moi attentif sur moimême et sur tous mes sens; ne permettez pas que je souille ce corps, temple du St-Esprit et tabernacle de Jésus-Hostie. Au moment de la lutte faites-moi penser à recourir aussitôt à vous."
Faut-il s'étonner qu'en retour de tels sentiments, la Vierge Immaculée ait fait de l'âme de son pieux serviteur, un miroir de pureté, un lis de blancheur etr d'innocence complètement fermé aux affections d'ici-bas et ouvert uniquement aux pensées et aux désirs du ciel?