‹ Une fleur canadienne dans l'Institut de saint Alphonse, ou, Notice biographique du serviteur de Dieu, le R.P. Alfred PampalonChapitre 32 sur 42 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Si le p. Alfred fit tant de progrès dans la voie de la sainteté, il en est redevable à l'oraison. Il en a compris l'absolue nécessité pour devenir un saint. " Je dois, avant tout, dit-il, m'appliquer à l'oraison et à la prière. C'est par la prière que je parviendrai à pratiquer toutes les vertus; elle est en effet la source de toutes les grâces. C'est le sentier sûr et aisé qui conduit à la perfection. Telle fut la pratique des saints, et en particulier, de mon Père Saint Alphonse. Ils sont devenus de grands saints, parce qu'ils ont beaucoup prié. A leur exemple, je dois m' appliquer à la prière, supplier humblement Dieu de répandre dans mon âme sa grâce, et avec elle les vertus de foi, d'espérance, de charité, etc.... La vertu et la prière sont deux compagnes inséparables."

Pénétré de pareils principes, le P. Alfred, qui voulait devenir à tout prix un parfait religieux, ne négligea jamais ni la prière, ni l'oraison. La prière était son élément; il y revenait comme par instinct, dès que le devoir accompli lui en fournissait le loisir et l'occasion. On ne le rencontrait dans les corridors que le chapelet à

la main et la prière sur les lèvres. " Abandonner l'oraison, c'est renoncer à ma perfection, ajoutet-il, de plus la négligence dans l'oraison nous empêche de produire du fruit dans les âmes. Avec les plus heureux dons de la nature et les qualités les plus brillantes, l'homme apostolique n'est qu'un airain sonnant et une cymbale retentissante, s'il n'a pas l'amour de l'oraison. L'outil le plus parfait ne sert pas sans la main de l'ouvrier, et quelque bien taillée que soit la plume, si l'écrivain ne la conduit, elle ne pourra jamais former le moindre caractère. Nous sommes les coopérateurs de Dieu, les instruments qu'il a choisis; nous devons concourir avec lui au salut du prochain. Or, c'est l'oraison qui nous met, comme un instrument docile, dans la main de Dieu, parce qu'elle est le seul moyen pour obtenir du ciel le secours qui nous est absolument nécessaire pour produire quelque bien dans les âmes. Lisons les vies des saints, et nous nous convaincrons que jamais prédicateur ne fut puissant à ramener les pécheurs à la vertu, à moins d'avoir été fervent dans l'oraison. La raison pour laquelle on voit maintenant s'opérer si peu de salut dans certaines contrées de la terre, malgré le grand nombre d'ouvriers que le Seigneur y a placés pour travailler à sa vigne, c'est qu'ils méditent peu et rarement. Si les rédemptoristes réus-

sissent très bien dans leurs missions, c'est qu'ils sont avant tout des hommes de prière et qu'ils font beaucoup prier les fidèles. Je conclus de tout ceci que, si nous voulons remplir le double but de notre vocation, qui est notre propre sanctification et la sanctification du prochain, nous de- A'ons nous adonner à la pratique d'une prière fervente."

Maintes fois, il se propose d'être fidèle aux dévotions surérogatoires de son noviciat: " Dirat-on que tout cela n'est bon que pour les novices, mais on doit rester novice toute sa vie, si l'on veut persévérer dans sa Congrégation."

En quittant le noviciat, ils transcrivit les prières indulgenciées du manuel des novices, sans doute dans le but de les réciter souvent. Chaque jour il récitait plusieurs chapelets; chaque samedi les psaumes de S. Bonaventure sur le nom de Ma rie. Cependant à la prière vocale, il joignait l'oraison mentale. Outre les trois demi-heures d'oraison que lui perscrivait la Règle, le P. Alfred consacrait encore de nombreux moments à la contemplation.

" Un rédemptoriste, disait-il, est avant tout un homme de prière." " Prier beaucoup de cœur et Oe bouche, écrivait-il dans une retraite. Faire de fréquentes et longues visites au S. Sacrement. Lire lentement et méditer profondément les pen-

sées qui me frapperont : telles sont les résolutions de cette retraite."

Le P. Alfred aimait beaucoup la lecture spirituelle qui alimente la méditation. Cependant à la chapelle, on le voyait rarement un livre à la main. Agenouillé devant Jésus-Hostie, il se tenait immobile, les mains jointes, les yeux tout grands ouverts fixés sur le tabernacle ou sur une image de Marie. D'ordinaire il ne sortait de son repos en Dieu que lorsqu'un coup de cloche l'appelait à quelque office.

Homme de devoir, il savait quitter la prière et l'oraison pour accomplir la sainte volonté de son Dieu.

Ce n'était pas la consolation qu'il cherchait dans l'oraison, mais le bon plaisir de Dieu, et l'union de son âme avec la Vérité suprême et la Bonté infinie. Aussi n'abandonna-t-il jamais l'oraison au milieu de ses aridités, assez fréquentes surtout à une certaine époque de sa vie, lesquelles lui arrachèrent un jour ces plaintes amères :

Mon Dieu, voyez l'état oii se trouve ma pauvre âme, elle ressemble à une terre que la pluie n'a pas visitée depuis longtemps.

Elle est éprouvée par la sécheresse. Que suisje donc devenu? Votre doux souvenir s'éloigne de plus en plus de mon esprit. Mon pauvre cœur n'est plus pour vous que de glace.

O mon Dieu! mes péchés m'ont donc rendu indigne de votre présence, de votre consolant amour, de vos salutaires et intimes entretiens. Voilà donc à quoi mes infidélités m'ont conduit. J'ai abusé de votre bonté, de votre miséricorde, de votre charité à mon égard, c'est pourquoi je subis le châtiment de mon ingratitude. Seigneur, frappez-moi comme il vous plaît et aussi longtemps qu'il vous plaira, mais de grâce, ne m'abandonnez pas. Communiquez-moi les lumières, la force, le courage nécessaire pour que je ne succombe pas sous le poids de la lutte.

Et vous, mon tendre Rédempteur! d'où vient donc que mon amour pour vous s'est affaibli? me serais- je donc fermé l'entrée de votre cœur à cause de mes ingratitudes? Ah! Jésus, ne me privez pas d'une entrée aussi salutaire. Ouvrez-moi votre cœur; laissez-moi y puiser la lumière, la force, et l'encouragement. Faites-moi entendre cette douce parole: " Mon fils, donne-moi ton cœur."

Après les jours de sécheresse. Dieu se montrait de nouveau à son serviteur, et en récompense de sa fidélité il l'abreuvait au torrent de ses consolations et embrasait son âme d'un amour de dIus en plus ardent.

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