‹ Une fleur canadienne dans l'Institut de saint Alphonse, ou, Notice biographique du serviteur de Dieu, le R.P. Alfred PampalonChapitre 33 sur 42 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Le but de F Institut du Très Saint Rédempteur, selon les paroles mêmes de son Fondateur, est de suivre d'aussi près que possible les traces et les exemples de Jésus-Christ qui a passé en ce monde une vie détachée et mortifiée, pleine de souffrance et de mépris. Par conséquent, celui qui prend la résolution d'entrer dans notre Congrégation, doit prendre en même temps celle d'y souffrir, et de se renoncer à lui-même, conformément à ce que Notre Seigneur Jésus- Christ a déclaré à ceux qui veulent se mettre parfaitement à sa suite : Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive.

Il faut donc que le rédemptoriste prenne la résolution de souffrir, et de souffrir toutes sortes de peines extérieures et intérieures. Il doit se résoudre à se vaincre en tout, banissant de son cœur, toute inclination qui n'a pas Dieu pour principe' et pour fin.

St Alphonse demande surtout à ses enfants de se détacher de quatre choses :

1° Des commodités de la vie ;

2° De ses parents;

3° ue l'estime propre;

4° De la volonté propre.

Sans crainte de nous tromper, nous pouvons affirmer que le P. Alfred a excellé dans ces différentes sortes de détachements.

Nous avons vu dans le chapitre où il fut question de sa pauvreté, combien il était vraiment détaché des commodités de la vie.

Il brilla aussi par son détachement de ses parents et de sa patrie. Il fit bien voir ce détachement lorsqu'il quitta son père, sa mère, ses frères, ses sœurs, ses amis et sa patrie pour aller s'enfermer dans un cloître à onze cents lieues du Canada. Il pouvait s'attendre à ne plus revoir son père déjà affligé de la maladie qui devait le conduire au tombeau : Quatre ans environ après son départ, il apprend en effet que la mort n'est pas éloignée, et il écrit: " Bien cher père, je ne cesse de vous recommander à Dieu dans mes prières. Le Seigneur vous éprouve, c'est parce qu'il vous aime, et veut vous donner une plus belle couronne en paradis.... Jetez souvent les yeux sur la croix, sur l'image de la Sainte Vierge et prenez confiance."

Peu après, il apprit la douloureuse nouvelle; il s'affligea sans doute d'avoir perdu l'espoir de

revoir son digne père sur la terre, mais il se consola par la pensée de la pieuse mort qui a sans doute ouvert le ciel à ce brave chrétien; et se réjouit de faire partie de la nombreuse communauté de Beauplateau dont toutes les prières, communions et occupations devaient être appliquées, selon la règle, pour le repos de l'âme de son père bien-aimé. Dans une belle lettre de condoléance à ses parents, il s'efforce d'adoucir par le baume de l'espérance chrétienne la blessure de leur cœur et les engage à honorer la Ste Vierge à l'exemple du regretté défunt. " J'ai été bien consolé, ditil, d'apprendre que mon père a fait une si belle mort. J'en remercie le Seigneur de tout mon cœur. Il est mort un samedi, jour consacré à la bienheureuse Vierge Marie; il a été aussi enterré un jour de fête de cette douce Reine. On voit par là que cette bonne mère a voulu récompenser mon bien-aimé père de la dévotion qu'il a toujours eue pour elle. Ce qui doit nous engager, à l'exemple de notre père, à prier beaucoup la bienheureuse Vierge afin d'obtenir pour nous-mêmes une bonne mort. J'ai communié à son intention le jour de son enterrement. Si j'ai le bonheur de devenir prêtre, ma première messe sera pour son soulagement. ... Je dois remercier ma bonne mère du dévouement qu'elle a montré en soignant mon père. Le bon Dieu saura bien la récompenser; courage.

chère mère, supportez avec patience la croix que le Seigneur vient de vous envoyer. Cherchez votre force dans la prière."

Son second noviciat terminé, devenu missionnaire depuis deux ans, miné déjà par la phtisie, il ne songeait aucunement à demander à retourner au Canada, et à revoir ses parents. Il se tenait dans une parfaite indifférence, laissant tout entre les mains de Dieu. Sa mère lui ayant écrit qu'elle souhaitait vivement son retour, il lui répondit :

" Je ne sais pas quand je prendrai mes ailes pour m'envoler vers le Canada. Attendons que Dieu nous le dise."

N'allons pas croire que par ce parfait détachement le Père Alfred perdit toute affection pour ses proches, tout au contraire. Mais en fervent religieux, le Père Alfred aimait ses parents pour Dieu et en Dieu. Avant tout, il voulait le bon plaisir de Dieu, et à ce bon plaisir il subordonnait tout, même ses affections les plus chères et les plus légitimes. Du reste, il montra son amour pour ses parents en les recommandant souvent à Dieu et en leur donnant, par lettre, de salutaires conseils et de grands encouragements. Car, comme il arrive d'ordinaire aux religieux, le P. Pampalon fut appelé à prendre part aux douleurs de sa famille plus qu'à ses joies; il sut d'ailleurs la consoler et l'encourager dans toutes ses épreuves.

Le Père Alfred brillait encore par son détachement de l'estime propre. Il comprenait qu'un vrai religieux doit être mort à l'estime de luimême; voilà pourquoi il fit une guerre acharnée à l'orgueil que nous portons tous en nous-mêmes. Comme nous l'avons dit en parlant de son humilité, il entretenait de bas sentiments de lui-même, ce qui le portait à se tenir à l'écart, à choisir la dernière place, à souffrir en paix l'oubli, le mépris, les contrariétés, et à se complaire même dans les humiliations. Une certaine difficulté de langage qu'il ne savait pas toujours vaincre, lui attira un jour une humiliation qu'il supporta avec sa vertu habituelle.

Le Préfet du Second Noviciat, ignorant cette infirmité, lui fit un jour à l'occasion d'un exercice de déclamation une assez sévère réprimande : Le P. Alfred la reçut en silence, les yeux baissés, sans proférer un seul mot d'excuse. Mais un charitable confrère instruisit l'auteur de la correction, qui s'empressa de consoler celui qu'il avait repris' à contre-temps.

Nul mieux que lui ne se montra détaché de la volonté propre. Il était vraiment dans les mains de ses supérieurs comme une cire molle qui se laisse manier et façonner à volonté; comme une docile brebis qui, sans jamais murmurer, suit son pasteur partout oii celui-ci la conduit. Jamais

on n'entendit tomber de ses lèvres ces mots: je veux ou je ne veux pas. Quoique passionné pour l'observance régulière, il acceptait sur un mot des supérieurs les dispenses nécessitées par sa maladie. C'était vraiment un homme sans volonté propre, sans autre désir que celui d'accomplir toujours et en toutes choses la sainte volonté de Dieu manifestée par celle de ses supérieurs.

On aurait pu croire que l'abnégation de luimême lui était très facile et comme naturelle. Non ; pour lui comme pour tout serviteur de Dieu la vertu solide fut la récompense d'un long, généreux et persévérant combat contre le monde, le démon et ses propres passions.

C'est ainsi qu'aux derniers jours de sa vie, accablé de toutes manières par la souffranC^T^^n l'entend s'écrier: " Mes douleurs sont. :^randé%^ . ô Jésus! mais je ne veux pas me plaindre, don-'v-\ nez-moi la patience." C'est aussi pepdaril; ces ^^ jours qu'il dit à un confrère: " Il fau^t souffrir gil pour payer à Dieu les grandes grâces qu^^l nous a faites, surtout celle de la vocation." Il parlait sans doute d'expérience, afin de nous animer au^" combat.

On peut certifier que la pensée de l'éternité a été pour le P. Alfred un grafnd moyen de patience et de sanctification. Cette pensée, on la trouve ainsi formulée en bien des endroits de ses

écrits: Adhuc modicum, fost hoc autem œternitas. " Encore un peu de temps, ce sera l'éternité." Cette pensée de l'éternité que St Bernard appelle la grande pensée, le Père Alfred la méditait durant ses retraites, et s'en pénétrait de plus en plus; elle était pour lui une lumière dans les peines intérieures et une force dans les combats de la vie : elle fit de lui un homme du ciel qui ne s'attache pas plus à la terre que le pèlerin ne s'attarde aux hôtelleries, où il séjourne un moment, et qu'il quitte bientôt pour continuer sa course vers d'autres contrées.

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