‹ Une fleur canadienne dans l'Institut de saint Alphonse, ou, Notice biographique du serviteur de Dieu, le R.P. Alfred PampalonChapitre 34 sur 42 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Au déclin du jour, le soleil avant de disparaître à l'horizon, manifeste une dernière fois l'énergie de son foyer en empourprant le ciel de ses feux et en le revêtant de mille couleurs plus vives et plus marquées. De même la maladie, loin d'obscurcir la vertu de notre héros, va le mettre dans une plus grande lumière et en faire un objet d'édification et d'admiration pour tous ceux qui l'ont approché pendant la dernière année de son pèlerinage terrestre. ,

A son arrivée dans le monastère de Sainte- Anne de Beaupré en 1895, malgré la maladie, il se disposa à affronter les labeurs de la vie apostolique. Ayant été désigné pour faire les prières et prêcher, un soir du mois d'octobre, il composa en conséquence un beau sermon, plein de piété, sur Marie et son Rosaire; malheureusement, les forces lui manquèrent, et il n'eut pas la consolation de le prêcher jusqu'au bout. Incapable désormais de se livrer aux travaux du ministère, il passa son temps à prier et à faire de pieuses lectures. Dvrant cette année qui précéda sa mort, il lut les SIX premiers volumes des Petits Bollandistes. L'exemple des Saints l'excitait sans cesse à ne vivre que pour Dieu, et, comme eux, à ne désirer que le bon plaisir divin. Dans sa dernière lettre à ses parents, à l'occasion du jour de l'an, il leur disait, en parlant de sa maladie : " Que la sainte volonté de Dieu soit faite! Soit que nous vivions, soit que nous mourrions, nous appartenons à Jésus-Christ. Je vous engage donc à prier pour moi, afin que je puisse supporter avec patience les peines de cette vie, et me conformer en tout au bon plaisir de Dieu."

On le confia aux soins d'un habile médecin qui constata qu'un de ses poumons était dans un état de complète corruption, et que l'autre commençait également à se décomposer. Cette nou-

velle n'effraya aucunement le Père Alfred. Toujours il parla de la mort comme d'une amie; car, pour lui, mourir rédemptoriste était un vrai bonheur. Cependant, le mal alla toujours en augmentant; il lui fallut bientôt abandonner sa chère cellule pour entrer à l'infirmerie. C'était le 5 février, un mercredi, jour consacré à Saint Joseph, patron de la bonne mort. Ce changement de demeure ne lui donna aucune idée sombre et triste. Il s'y montra tel qu'on l'avait toujours vu : content de tout, acceptant avec la même égalité d'âme l'amer et le doux. Jamais il ne refusa un remède quelle que fût son amertume. Les repas étaient pris par lui avec la même indifférence. Tous ses confrères étaient unanimes à dire que le P. Alfred était le malade le plus facile à soigner qu'on put trouver.

Le malade passait ses Journées et ses nuits à tousser, et, malgré de longues insomnies, il paraissait toujours gai et jovial. Dans sa toux déchirante, lui arrivait-il parfois d'expectorer du sang, il n'en témoignait aucune alarme. Il déclara un jour à un confrère, que, pour lui, cracher le sang ou boire de l'eau, c'était la même chose. Le même confrère lui dit une autre fois de ne plus tousser. " Mais il faut que je tousse, lui répondit-il, avec un air souriant, cela me fait faire un peu de purgatoire ici-bas; laissez-moi tousser pour l'amour de Dieu."

Il se confondait en remerciements pour la moindre marque d'attention et dissimulait adroitement tout manque d'égard.

La fin de ses maux approchait : il put clairement constater les progrès de sa maladie. Au commencement du mois d'août, apparût l'hydropisie. Elle commença par les pieds, gagna peu à peu les jambes et le corps. Le visage lui-même changea d'aspect et se gonfla.

Le 12 août, sur l'avis de son médecin et selon son propre désir exprimé depuis six jours, le Père Alfred, après avoir dit la sainte messe, reçut r Extrême-Onction, des mains du R. P. Joseph Billiau. Il répondit à haute voix à toutes les prières de la cérémonie.

Après la cérémonie, il nous dit: " Me voilà maintenant soulagé de corps et d'âme." " Mais, lui répondit-on, on aurait pu attendre." — " On ne se repent jamais d'avoir été trop prudent," répliqua-t-il, avec un sourire sur les lèvres.

Le cher malade vit arriver la mort avec calme, et la plus parfaite résignation. Il put dire la messe jusqu'au dernier jour de l'octave de l'Assomption, quoiqu'avec la plus grande difficulté. Le saint sacrifice était sa vie, sa consolation et son bonheur au milieu de ses excessives souffrances. Quand il ne lui fut plus possible de monter à l'autel, il eut au moins la joie d'assister ,-\ une messe dite à la chapelle de l'infirmerie, et

de recevoir chaque matin la sainte communion, jusqu'à r avant-dernier jour de sa vie. Malgré sa faiblesse extrême, c'était à genoux qu'il recevait son Dieu d'amour.

Il fut assidu à réciter son bréviaire jusqu'au 16 septembre; jusque-là, il n'avait pas voulu s'en exempter, malgré les grandes fatigues qu'il en éprouvait.

Il passait sa journée dans un fauteuil, s'unissant d'esprit et de cœur avec Jésus et Marie, égrenant son rosaire, et son chapelet de Notre- Dame des sept douleurs, de l'Immaculée Conception et du Sacré-Cœur de Jésus. De plus, chaque jour, il récitait les psaumes de St Bonaventure en l'honneur du nom de Marie, et lisait les prières de la recommandation de l'âme. Au son de Ihorloge, il était fidèle à saluer sa mère du ciel par un " Ave Maria."

Plus d'un étranger demanda à voir le malade pour implorer le secours de ses bonnes prières. Plusieurs évêques venus en pèlerinage à la Bonne Ste Anne, le virent et furent grandement édifiés de sa douce et calme résignation à la volonté de Dieu. Ils recommandèrent à ses prières leurs personnes et leurs diocèses.

Sa Grandeur Mgr Bégin, archevêque de Québec, qui affectionnait le P. Alfred, lui dit un jour, en plaisantant: " Mais, Père, que faites-

VOUS de bon toute la journée?" "Monseigneur, répondit-il, je prie et je souffre. St François de Sales a dit : les uns travaillent, les autres sont travaillés; moi, je suis un de ces derniers, me voilà travaillé par la maladie."

Le 22 août, il fit, dans le silence le plus rigoureux, sa retraite du mois, la dernière de sa vie. Le lendemain, on le conduisait au parloir dans un fauteuil. Il vit pour la dernière fois, sa mèr? et quelques autres de ses parents ; il les entretint avec une douce jovialité, et leur donna la bénédiction demandée. On se dit au revoir au ciel. Sa mère répandit beaucoup de larmes lors des adieux, mais le cher Alfred demeura calme, ne voulant rien trahir de son émotion.

Le 26 août, son médecin lui fit une opération douloureuse; il la supporta avec un courage admirable. Il avait auparavant averti sérieusement le docteur qu'il ne tenait pas à ce qu'on prolongeât sa vie et qu'il espérait bien qu'on ne lui donnerait pas de morphine pour apaiser ses douleurs. Ceux qui venaient le voir et lui demandaient comment il se portait, recevaient toujours cette même réponse: " Comme le bon Dieu le veut . "

" Avant mes missions, rapporte le R. P. Bil- Uau, j'avais coutume d'aller le trouver pour rer-3mmander les travaux apostoliques à ses fer-

ventes prières, et jamais il ne lui est échappé une parole ''de regret'' de ne pouvoir donner de missions, ni même d'exprimer le désir de se livrer à ces travaux. Il ne subissait pas simplement avec patience son état de maladie, mais s'y plaisait par sa conformité à la volonté divine. Il m' arrivait souvent de m'entretenir longuement avec lui; un jour nous parlions des missions étrangères; il était rumeur dans ce temps que les rédemptoristes belges prendraient le Congo comme terrain de mission. Je lui dis avec toute la sincérité et l'ardeur de mon âme : ' ' Ah ! cela ferait mon affaire ces missions-là! " — Le cher malade m'écoutait, puis pendant que je parlais avec effusion de ces missions lointaines, il lève doucement les yeux vers moi ; car il était couché et souffrait beaucoup ce jour-là: " Vous irez et y serez Supérieur, me dit-il." — Je ne pris pas la chose au sérieux, et ne pensais plus à cette parole, quand deux ans et demi plus tard, je fus nommé premier Supérieur de nos missionnaires au Congo.

Souvent depuis, je me suis rappelé de cette coïncidence, et cette pensée m'était un encouragement dans les labeurs de nos pénibles débuts sur le sol africain.

Puisse le serviteur de Dieu, qui me semblait voir à l'avance ce vaste champ de l'apostolat de ses confrères, appeler les bénédictions de Dieu sur ces travaux."

A l'occasion du neuvième anniversaire de ses vœux le 8 septembre, fête de la Nativité de la sainte Vierge Marie, plusieurs confrères vinrent lui offrir un magnifique bouquet de fleurs naturelles. Il fut touché de cette bienveillance fraternelle, et remercia ses confrères de leur bonté à son égard. Il plaça le bouquet au pied de l'image de Notre-Dame des douleurs.

Selon sa pi use coutume de composer une prière aux fêtes de la sainte Vierge, en ce jour béni de la naissance de Marie, il prit l'image de Notre-Dame du Perpétuel Secours que lui avait donnée le T. R. P. Kockerols, ancien Provincial, la plaça sur ses genoux et inscrivit, comme encadrement à l'image, ses principes de dévotion à Marie: " Connaître Marie, aimer cette bonne mère d'un amour constant, être reconnaissant pour ses bienfaits, la servir avec une grande fidélité : c'est la vie de la grâce en ce monde, et la vie de la gloire dans l'autre."

Puis, au revers, il écrivit son acte de consécration à l'auguste famille de Nazareth. Nous ne pouvons le passer sous silence, puisque ce sont ses d rnières paroles écrites :

" O Jésus, mon bien-aimé Rédempteur! O Marie, ma bonne mère! ô Joseph, mon glorieux Protecteur! me voici prosterné à vos pieds. Daignez agréer l'offrande que vous fait de tout lui-

même le plus indigne de vos serviteurs. Je renouvelle les promesses de mon Baptême et de ma profession religieuse, renonçant à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et renouvelant mes vœux de chasteté, d'obéissance et de pauvreté, ainsi que mon vœu et serment de persévérance; je me voue entièrement à votre service, vous consacrant mon esprit avec toutes ses pensées, mon cœur avec toutes ses affections, mon corps avec tous ses sens, ainsi que toutes mes actions et toutes mes souffrances, me proposant de tout faire et de tout souffrir en vue de la plus grande gloire de Dieu, en vue de ma propre sanctification, et en vue de la sanctification du prochain. Le tout, en union avec vous : ex amore Jesu, Mariœ et Josephi.

Ainsi donc, mon bien-aimé Jésus, ma bonne Mère Marie et mon glorieux saint Joseph, je suis tout à vous; à vous, sans retour, sans réserve, sans partage, à la vie, à la mort. En retour, je ne désire qu'une chose, c'est que vous me soyez propices pendant le cours de ma vie, et spécialement à l'heure de ma mort.

" O saints noms de Jésus, de Marie et de Joseph! gravez-vous au fond de mon cœur, afin que j'exhale mon dernier soupir en vous prononçant. Ainsi soit-il."

Il récita ce bel acte de consécration tous les jours jusqu'à sa mort, soit de lui-même, soit avec

l'aide du frère qui le soignait. Souvent il se recommandait à la Bonne Ste Anne, pour lui demander, au déclin de la vie, force et courage dans ses peines; chaque jour, il se faisait apporter sa relique et la vénérait pieusement.

Un jour qu'on lui suggérait de demander à notre glorieuse patronne de passer une bonne nuit, il répondit : ' ' Que la volonté de Dieu soit faite 1 les nuits appartiennent au Seigneur."

Une dizaine de jours avant son trépas, il nous dit que la Bonne Ste Anne lui avait rendu un grand service en ne lui obtenant pas sa guéri son.

Le 12 septembre, son frère, étant désigné pour aller prêcher une retraite, lui manifesta son intention de demander un remplaçant au supérieur. " Non, répondit-il, va en mission; imite les saints missionnaires qui apprenaient la mort de leurs parents au milieu des travaux apostoliques, dans l'exercice de la charité."

Son frère partit donc en lui recommandant fortement de ne pas mourir avant son arrivée. Ses vœux furent exaucés.

Le Père Alfred demeura tout le mois de septembre entre la vie et la mort. Son estomac se refusant de plus en plus à toute nourriture, l'affaiblissement augmenta graduellement. Le repos forcé et continuel des derniers mois avait fait de

son corps une immense plaie. Il faisait pitié à voir; cependant, jamais il ne perdit le doux sourire de résignation qui effleurait ses lèvres, et c'était réellement avec joie qu'il entrevoyait sa dernière heure.

La mort, ah! oui, il y avait longtemps qu'il soupirait après elle, afin de pouvoir s'unir plus intimement à Dieu. Souvent on l'entendit répéter ces paroles de St Paul : Cupio dissolvi et esse cum Christ 0 : "Je désire être dégagé des liens du corps, et être avec le Christ." Ses ardents soupirs d'amour allaient bientôt être écoutés, son exil touchait à sa fin. Dans les derniers jours, un Père et un Frère se trouvaient continuellement à son chevet, le veillaient jour et nuit. Le 19 septembre, on crut qu'il allait trépasser, tant il paraissait faible. Dans la soirée, il eut quelques moments de répit. Il nous fit alors un bel entretien sur la vocation religieuse et le bonheur de mourir dans la Congrégation.

"J'espère que nous nous re verrons rédemptoristes, disait-il avec gravité. Mourir rédemptoriste c'est la plus belle mort que nous puissions faire, car St Alphonse a vu toutes prêtes les courones réservées à ceux qui vivent dans la régularité et qui meurent dans l'Institut."

Et, comme transporté au ciel, il ajoutait:

" Je viendrai moi-même vous ouvrir les portes du paradis, et je changerai votre pauvre habit de rédemptoriste contre une robe ornée de diamants et de perles précieuses. Nous devons faire tous nos efforts pour persévérer et mourir rédemptoristes. Tous doivent gagner leur vocation; les uns ont leurs épreuves avant d'entrer en religion; les autres après. Il est arrivé que, plusieurs, cédant aux tentations du démon, ont perdu leur sublime vocation, et, malheureusement n'ont ouvert les yeux qu'après l'avoir abandonnée. Pour persévérer, il faut un grand esprit de prière, un grand amour envers la sainte Vierge, l'ouverture du cœur et la patience."

Le Père Alfred eût été content de mourir le 20 septembre, jour de la Fête de Notre-Dame des sept douleurs. La veille, il avait dit au frère infirmier : "Si Marie voulait venir me chercher demain! "' — " Vous iriez tout droit en paradis^ répliqua le frère." — " Oui, répondit le malade, si la sainte Vierge offre ses douleurs pour moi." A minuit sonnant, il salua la Reine des martyrs par des Ave Maria, entremêlés d'invocations chères à son cœur, telles que : Notre Dame du Perpétuel Secours, Marie Immaculée, Notre-Dame des Douleurs, Notre-Dame du Bon Conseil, saint Joseph, Bonne Ste Anne, etc., auxquelles il répondait lui-même: priez pour nous.

Durant les derniers jours de sa vie, il fit réciter par son frère toutes ses prières quotidiennes et cela à haute voix et lentement, afin qu'il pût les suivre avec plus de facilité.

Le 21 septembre, vers 5 heures et demie du soir, le cher malade eut une crise; les confrères accourent aussitôt dans sa chambre, entourent son lit et récitent les prières des agonisants. Revenu à lui, il demanda pardon des alarmes qu'il leur causait; le pardon était bien facile à donner, car chacun désirait assister cet ange de la terre dans les derniers instants de son séjour au milieu d'eux.

Aux derniers jours, il eut beaucoup à souffrir de la soif; il ne dormait plus, ne reposait plus. Voulait-on lui donner une meilleure position, on ne réussissait pas, on l'asseyait malheureusement sur ses plaies. " Que Dieu soit mille fois béni! " s'écriait-il alors. Ou bien: " Je veux souffrir par amour pour Jésus."

Le corps souffrait, mais l'âme se réjouissait à la pensée qu'il supportait quelque chose pour Dieu, comme il le déclara à son directeur de conscience, le P. Tielen.

Un jour il demanda à ce Révérend Père s'il allait bientôt mourir. " Encore quelques jours," fut la réponse. — " Mais, dit tout naïvement le malade, vous ne voulez donc pas que je meure;

oh! je désire tant aller voir la sainte Vierge." Et il ajouta : Verumtamen non mea voluntas, sed tua fiat : " Cependant que la volonté de Dieu soit faite et non la mienne. ' ' De temps en temps, surtout quand les souffrances devenaient plus fortes, il demandait des prières, afin qu'il pût être courageux jusqu'à la fin.

Pendant les huit derniers jours, il supplia la sainte Vierge de venir le chercher. Il soupirait sans cesse après celle qu'il aimait tant.

Une fois, se trouvant seul avec le frère infirmier, il lui déclara qu'il avait extrêmement aimé Marie. Un autre jour il répondit à un frère candidat qui lui demandait s'il avait beaucoup aimé la bienheureuse Vierge Marie. " Oui, oui, je l'ai toujours aimée, je l'ai toujours priée, cette bonne mère. Et sachez-le, mon frère, c'est la dévotion à Marie qui vous conservera le grand don de la vocation, priez Marie constamment et vous persévérerez . ' '

Une fois, on s'avisa de lui demander quel jour il voulait mourir. Il répondit : " Je serais fort aise de mourir un samedi ou un jour de fête de la Ste Vierge, mais le principal, c'est de bien mourir. Je mourrai quand Dieu voudra."

Le 25 septembre, les premiers juvénistes de notre Vice-Province arrivèrent au monastère de Ste- Anne de Beaupré. On annonça cette bonne

nouvelle au Père Alfred. Il les bénit de tout son cœur et offrit à Dieu ses fatigues et ses souffrances pour la prospérité du juvénat.

Quatre jours avant sa mort, il apprit du médecin qu'il ne lui restait plus que quelques jours à souffrir; il le remercia cordialement de tous ses bons soins.

Supérieurs et confrères se recommandaient à ses prières, estimant avoir affaire à un saint; et même son recteur n'hésitait pas à déclarer qu'il invoquerait le Père Alfred immédiatement après sa mort. Le vénéré malade acceptait volontiers toutes les commissions qu'on lui donnait pour le ciel, et promettait de s'intéresser à la Congrégation et à tous ses confrères.

Le 29 septembre, veille de sa mort, il passa une nuit bien pénible, mais supportée avec une résignation parfaite à la volonté divine. Au matin, on lui demanda quelle grâce spéciale il voulait qu'on sollicita pour lui durant la sainte messe. " La volonté de Dieu," fut toute sa réponse. C'est à cette messe qu'il reçut, pour la dernière fois, le pain de la vie éternelle.

Dans l'après-midi, il reçut la visite du T. R. P. Catulle, vice-provincial, qui recommanda a son confrère les intérêts' de la Vice-Province, et l'encouragea à mettre sa confiance en Marie, l'assurant que la Ste Vierge viendrait l'assister à

ses derniers moments ; il partit en lui donnant sa bénédiction. Cette visite fut une douce consolation pour le cher malade. Le Père Alfred offrit aussi le sacrifice de sa vie pour la prospérité de toute la Province Bels^e. Une de ses dernières paroles fut pour les chers étudiants de Beauplateau. Il leur donna ce conseil : " Qu'ils vivent de telle sorte qu'on puisse dire d'eux comme de Jésus-Christ, qu'ils ont bien fait toute chose."

De temps en temps, dans la journée, on lui entendait dire: " Marie, ma bonne mère, venez donc me chercher ! Je veux aller au ciel pour vous voir, mais quand Dieu le voudra."

Vers 4 heures de l'après-midi, il proféra ces paroles d'un amant du divin Crucifié: " Qu'on est heureux de souffrir !" A six heures et demie du soir, sous l'impression qu'il va rendre le dernier soupir, ses confrères se rendent aussitôt à son chevet. Tout à coup ils lui entendent dire: " O bonne, ô douce, ô tendre Marie! venez me chercher. Ce n'est pas qu'il m'en coûte de vivre, je suis même prêt à souffrir jusqu'au jugement dernier; mais je désire vous contempler, ô aimable Marie! venez me chercher pour l'amour de tous ceux qui m'entourent.

Miséricordieux Jésus, votre justice est infinie, ayez pitié de moi, pardonnez-moi; pardon pour tous les péchés de ma jeunesse. 0 divin Sau-

veur, mon espérance est dans vos mérites. Après Jésus, c'est en vous, ô Marie! que je mets ma confiance. Pardon, ô Marie, pardon pour ma lâcheté à vous servir, je ne vous ai pas encore assez aimée, ô tendre mère, priez, priez pour moi."

Puis un confrère lui suggéra des invocations qu'il répéta.

Le 30 septembre, peu après minuit, le Père Alfred dit à celui qui veillait: " C'est aujourd'hui mercredi, n'est-ce pas? Je me rappelle que c'est un mercredi que je suis entré à l'infirmerie. Je vais mourir aujourd'hui sous la protection de St. Joseph, Patron de la bonne mort; n'est-ce pas un beau jour? " — Veuillez me donner son image, ajouta-t-il. On la lui donna et il la baisa avec amour. Il pressait sur son cœur l'image de Notre-Dame du Perpétuel Secours et son crucifix de mission.

A une heure et demie de la nuit, il entonna de toute la force de sa voix le Mannificat , et le chanta entièrement avec le Gloria Pat ri.

Le cantique terminé, il s'écria: " Vivent Jésus, Marie, Joseph! vive Ste Anne! vive St Alphonse! vive le paradis! "

Un confrère lui dit: " Mon Père, vous allez vous fatiguer en parlant si fort." — " Comment me fatiguer, répondit -il ,en présence du Paradis? "

Il se tut Dendant une demi-heure, puis prononça distinctement les actes de foi, d'espérance, de charité, de remerciement et de contrition.

A deux heures, il reçut l'absolution générale et entra en une tranquille agonie vers 6 heures du matin

Un peu avant 8 heures, le P. Alfred ouvrit les yeux, les éleva vers le ciel, un sourire angélique effleura ses lèvres et il exhala doucement sa belle âme. Huit heures sonnaient à l'horloge du Monastère.

Il tenait alors en main son crucifix de mission, ses saintes Règles, son rosaire, ses images de Notre-Dame du Perpétuel Secours et de St Joseph. Son chapelet de Notre-Dame des sept douleurs lui pendait au cou. C'est ainsi que ce parfait rédemptoriste avait voulu mourir, les armes à la main. Il avait vingt-huit ans, dix mois et six jours.

A peine le Père Alfred Pampalon eut-il rendu le dernier soupir, et le glas funèbre, annoncé sa mort dans la paroisse de Ste-Anne de Beaupré, que partout on entendit dire : un saint vient de mourir, le saint est mort, c'est la mort d'un ange, d'un serviteur de Marie.

Le jour de sa mort, à une heure et demie de l'après-midi, on fit la levée du corps, et la dépouille mortelle fut transportée à la sacristie pour être exposée à la vue du public.

Dès le premier jour, les paroissiens vinrent en grand nombre prier autour de ses restes mortels; mais, à la vue de cette figure angélique, à la pensée de sa vie si vertueuse et si parfaite, ils étaient plutôt portés à l'invoquer et à lui demander des grâces qu'à prier pour son âme.

On fit toucher à ses mains, et à ses habits des chapelets, des médailles et autres objets de piété. Une partie de sa soutane fut partagée entre les parents, les amis et des étrangers. Un grand nombre de personnes ont réclamé un souvenir du bon Père Alfred.

Le service eut lieu le 2 octobre, fête des Saints Anges Gardiens, dans la basilique de Sainte- Anne. Le maître-autel était tout orné de fleurs blanches, emblèmes de la pureté du vénéré défunt. Le Révérend Monsieur Antoine Pampalon, son frère, professeur au collège de Lévis, chanta le service; il était assisté du Révérend Père Pierre Pampalon comme diacre et du Révérend Père Saint-Pierre comme sous-diacre. Le corps, placé au milieu du chœur et soulevé un peu hors du cerceuil, pouvait être vu de tous les fidèles. Le calme et la sérénité de sa figure semblaient dire à tous: " Le temps de l'épreuve a cessé pour toujours: à moi maintenant le repos, la récompense et le bonheur éternel."

Toute la paroisse avait voulu assister à son

service; il y eut aussi un grand concours de prêtres, de parents et d'amis. Pendant que le chant du Libéra faisait résonner la voûte de la Basilique, ceux qui étaient chargés de fermer le cercueil, remarquèrent, en mettant le corps en place, que les membres du défunt étaient flexibles comme ceux d'un vivant. Enfin la dépouille mortelle fut portée à sa dernière demeure, au caveau des Pères Rédemptoristes situé au-dessous de l'autel de Notre-Dame du Perpétuel Secours. Le corps du défunt occupe un loculum correspondant au côté de l'Evangile de cet autel.

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