A LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE
0 douce Marie, ô ma bonne Mère ! prêtez-moi votre assistance, je vous en prie, daignez m'enseigner la véritable dévotion que vos enfants doivent avoir envers vous.
La vraie dévotion envers la Bienheureuse Vierge Marie a pour principe la connaissance de cette bénie Mère de Dieu et des hommes.
Par rapport à Dieu, la glorieuse Vierge Marie est Fille chérie du Père, Mère aimante du Fils, Epouse bénie du Saint-Esprit. Y a-t-il plus sublime dignité à laquelle une créature puisse être élevée? Non, il n'y en a pas. Seule la bienheu-
reuse Marie fut choisie, parce que seule entre toutes les créatures elle fut la moins indigne de cet insigne privilège. Il lui fallait pour cela trois dispositions spéciales: une humilité profonde, une pureté sans tache, un amour sans retour, sans réserve, sans partage. Ces trois dispositions, la Très Sainte Vierge les possédait au plus haut degré. Elle était toute humble, comme elle le prouve elle-même dans son sublime cantique, le "Magnificat," qu'on a justement appelé l'extase de son humilité. Elle était toute pure : Tota pulchra es, arnica mea, et macula non est in te! paroles que la sainte Eglise lui applique. Elle était toute
aimante: H or tus conclusus soror mea, sponsa,
paroles qui signifient que le cœur de cette aimable Vierge, figuré ici par un jardin, était fermé à toutes les affections terrestres, et uniquement ouvert à l'amour de son Dieu. Aussi l'adorable Trinité, à la vue de cette Vierge toute humble, toute pure, toute aimante, s'éprit d'amour pour elle, la choisit parmi toutes les filles d'Adam et la combla des dons les plus excellents.
La connaissance de Marie a pour effet de produire en nous les sentiments qui constituent la vraie dévotion à la Sainte Vierge, je veux dire la vénération, l'amour et la confiance.
C'est d'abord une grande vénération, un rrand respect envers cette glorieuse Vierge. Et
quoi ! qui ne se sentirait pas pénétré de respect envers celle que le Père éternel a bien voulu choisir pour sa Fille, le Fils pour sa Mère, le Saint- Esprit pour son Epouse; envers cette Reine du ciel et de la terre? Les anges et les bienheureux eux-mêmes sont saisis du plus profond respect : Sainte, sainte, sainte, ne cessent-ils de répéter, est la Fille, la Mère, l'Epouse du Roi des rois.
Nous devons témoigner ce respect à la Sainte Vierge quand nous lui adressons nos humbles prières, nous efforçant, pour autant que le permet la faiblesse humaine, d'éviter les distractions. De même encore quand nous parlons d'elle, nous devons le faire à la manière d'un enfant qui s'entretient de sa mère, et qui ne le fait qu'avec le plus grand respect.
Le second sentiment que la connaissance de la bienheureuse Vierge excite dans nos cœurs, c'est l'amour: amour de complaisance, amour de bienveillance, amour de préférence, amour de gratitude, amour de condoléance.
C'est, en premier lieu, un amour de complaisance. N'est-il pas tout naturel que les sujets d'une reine se réjouissent de la gloire dont celleci est environnée et du bonheur dont elle jouit? Or, cette Reine, c'est la bienheureuse Vierge Marie; ses sujets, c'est nous. La gloire de notre aimable Reine, c'est d'être tout à la fois Fille, Mère
et Epouse du Roi des rois; son bonheur, c'est d'être intimement unie à l'adorable Trinité. Oh! que vous êtes heureuse, devrions-nous nous écrier ; quel bonheur est le vôtre d'être ainsi environnée de tant d'éclat et de splendeur; nous vous félicitons, ô Marie! d'avoir été établie Reine du ciel et de la terre. Oui, jouissez éternellement de vos sublimes prérogatives.
Puis, c'est un amour de bienveillance. Comment pourrions-nous, réfléchissant à la sublime dignité de cette Vierge incomparable, ne pas sentir en nous le désir ardent de la voir connue de tout l'univers, honorée de toutes les créatures?
Oui, nous devons désirer à cette glorieuse Vierge tout le bien possible: que son culte soit répandu par toute la terre, que partout et toujours elle soit vénérée, louée et bénie. Mais nous ne devons pas nous borner à désirer cette gloire à la bienheureuse Vierge Marie ; il faut travailler nous-mêmes à la lui procurer. C'est la vocation de tout Rédemptoriste : faire connaître aux hommes cette glorieuse Mère de Dieu, prêcher sa bonté, sa miséricorde et son amour pour nous, surtout pour les pauvres pécheurs. Par ce moyen il attirera les hommes à aimer cette clémente Reine, à mettre en elle leur confiance, et à procurer à la bienheureuee Marie un grand honneur.
C'est encore un amour de préférence. Nous
devons préférer cette mère si aimable à toute autre créature. Eh quoi ! nous préférerions à la beauté incomparable de cette Vierge une beauté périssable, corruptible, souvent la source de tant de malheurs! Quoi! nous placerions nos jouissances, nos délices, nos complaisances dans une créature autre que Marie, lorsque l'auguste Trinité n'a pas dédaigné de placer en elle les siennes! Loin de nous une telle pensée! Elevant plus haut nos esprits et nos cœurs, contemplons la douce Marie, cette Vierge toute belle, devant qui toute autre beauté s'efface et disparaît comme les étoiles à l'apparition du soleil. Admirons ce miroir sublime dans lequel brillent toutes les perfections, miroir de pureté, d'humilité, de charité, de bonté, de miséricorde et d'amour. En faut-il davantage pour gagner nos cœurs et les détourner des apparences trompeuses des créatures? Imitons saint x\lphonse. si épris de cette beauté de la Très Sainte Vierge, qu'on l'entendait parfois s'écrier à son réveil : " Que vous êtes belle, ô Marie! que vous êtes belle ! " Oui, la Madone ornée de toutes les vertus, de toutes le grâces, avait ravi son cœur et lui faisait mépriser toutes les beautés vaines et passagères d'ici-bas.
En quatrième lieu, c'est un amour de gratitude. Connaissant à quelle sublime dignité est élevée notre Mère du ciel, quel sentiment de gra-
titude ne devons-nous pas éprouver envers Dieu, l'Auteur de tout bien, qui l'a élevée si haut et lui a donné tant de puissance, et envers Marie ellemême qui ne trouve pas de plus grand plaisir que de nous faire bénéficier des dons qu'elle a reçus, de la faveur dont elle jouit. Remercions Dieu le Père d'avoir choisi la Très-Sainte Vierge pour sa Fille bénie. Dieu le Fils pour sa Mère bien-aimée, Dieu le Saint-Esprit pour son Epouse chérie. Remercions enfin, et l'auguste Trinité de l'avoir préservée de toute souillure et constitutée Reine du ciel et de la terre, et cette aimable Reine si prodigue envers nous de ses richesses et de ses bontés.
Cinquièmement, c'est enfin un amour de condoléance. Comment se fait-il que tant d'hommes, tout en connaissant cette Vierge incomparable, lui refusent cependant la vénération qui lui est due? Comment se fait-il que d'aucuns même abusent de cette connaissance pour amoindrir auprès des autres la grandeur de Marie, au lieu d'en profiter pour la faire aimer et honorer le plus qu'ils peuvent? Que de malheureux outragent son saint nom, profanent ses images et ses sanctuaires! Pourrions-nous demeurer insensibles devant de pareilles indignités? Non, assurément. C'est pourquoi nous devons nous affliger en voyant notre Mère si peu aimée par ses fils ingrats; nous devons lui faire amende honorable et réparer de la
sorte les nombreuses ingratitudes qu'elle reçoit d'eux.
Et quant à nous, notre devoir est de nourrir envers elle l'amour le plus filial, accompagné de la crainte de lui déplaire Oui, un vrai enfant de Marie préfère sacrifier tout plutôt que de causer le moindre déplaisir à une Mère si bonne. Cette mère est tout pour son cœur: " Lui plaire et puis mourir," voilà sa devise.
Le troisième sentiment que produit en nous la connaissance de la Sainte Vierge, c'est une grande confiance. En effet, la bienheureuse Marie est pour nous tous une Mère, Mère pleine de bonté, de miséricorde et de charité. Je dis : pleine de bonté, c'est-à-dire désireuse de nous faire du bien. Que dis- je? elle désire même plus nous dispenser ses faveurs que nous ne désirons les recevoir. Aussi, tous les jours, à tout instant, ne cesse-t-elle de nous faire part de ses nombreux bienfaits. Tous les biens que nous recevons, soit dans l'ordre de la nature, soit dans l'ordre de la grâce, nous arrivent par les mains de cette bonne Mère. Venerunt mihi omnia hona fariter cum illa. C'est elle qui nous a enfantés à la foi: c'est elle qui, ainsi qu'une bonne mère auprès du berceau de son enfant, a veillé sur nos premiers jours; c'est elle qui a conduit nos premiers pas à travers les dangers de ce monde; c'est elle enfin qui nous
a inspiré d'entrer dans cette Congrégation du Très Saint Rédempteur, laquelle prétend ne le céder à aucune autre en filiale dévotion pour cette incomparable mère du ciel. A nous donc de conserver toujours ce précieux dépôt; à nous de payer de reconnaissance cet amour si grand de Marie et de son divin Fils Jésus. Pour cela, soyons toujours fidèles à servir la Très Sainte Vierge, comme le fut toujours Notre Père Saint Alphonse. Je dis, en second lieu, que la douce Marie est une mère pleine de miséricorde, c'est-à-dire, toujours prête à soulager nos misères. Elle accueille tous ceux qui recourent à elle, qu'ils soient justes ou pécheurs. A tous elle ouvre le sein de sa miséricorde; elle raffermit le juste, relève le pécheur, console l'affligé, guérit le malade. En un mot, la miséricorde de cette bonne Mère, c'est celle de Dieu même, incarné dans son sein, miséricorde qui embrasse tous les hommes et chacun en particulier.
Je dis encore que Marie est une Mère pleine de charité. Sa grande charité à notre égard consiste en ce qu'elle veut comme à elle-même notre bien, c'est-à-dire, la grâce en cette vie et la gloire dans l'autre. C'est pour nous procurer ce grand bien qu'elle consentit à mettre au monde Jésus, quoiqu'elle vit alors par avance toutes les peines Qu'elle allait endurer à cause de Lui. Son amour
pour nous l'emporte sur toute autre considération. C'est encore pour cela qu'elle sacrifia à la mort ce Fils chéri qui était tout son bonheur. De là. Saint Bonaventure s'écrie : Sic 31 aria dilexit nos ut Filium suum unigenitum daret! Et maintenant que cette bonne Mère est au ciel, elle ne cesse pas de nous obtenir toutes les grâces nécessaires pour nous conserver dans l'amitié de notre Dieu. Ayons donc en elle la plus entière, la plus filiale* confiance. Attendons d'elle la persévérance finale. Oui, si notre dévotion envers elle est filiale, confiante, persévérente, nous pouvons être assurés de persévérer jusqu'à la mort dans la grâce de Dieu et dans notre sainte vocation. Ainsi, après cette vie si courte, ce sera, en compagnie de notre bonne Mère du ciel, la possession d'un bonheur sans fin.
Si, comme nous l'avons montré, la connaissance de Marie est le principe de la dévotion que nous devons avoir pour elle, l'amour pratique, effectif, c'est-à-dire l'imitation en est le fruit. La vie entière de la sainte Vierge doit donc être placée sous nos yeux comme un tableau qui représente la perfection. Cette vie nous fournit des exemples à suivre dans toute notre conduite : elle nous indique ce que nous devons corriger en nous, ce que nous devons imiter, ce que nous devons perfectionner dans notre âme. Pendant qu'elle vivait sur la terre, Marie n'avait d'autres pensées, d'au-
très affections, d'autres désirs que pour Dieu seul. Dieu seul était son bien, son bonheur, sa vie. A son exemple, méprisons les biens de ce monde et élevons notre esprit vers Tunique bien qui est Dieu.
Marie était la Vierge la plus humble. Considérons-la pendant sa vie ici-bas; elle avait d'elle-même la plus basse opinion. Ecoutons-la parler d'elle-même : Nolite me considerare quod fusca sim; quia decoloravit me sol, paroles que saint Bernard interprète dans ce sens: Approfians un, ex eo me nigram invenio. Cette douce vierge se voyait enrichie des dons les plus précieux : loin de s'en glorifier, elle en rapporte à Dieu toute la gloire. Témoin les paroles pleines d'humilité qu'elle prononce dans son chant sublime " le Magnificat."
La Sainte Vierge aimait par humilité à servir les autres : on le voit par la visite qu'elle fit à sa cousine, Sainte Elizabeth. Elle aimait encore à choisir les dernières places : en énumérant les personnes présentes au cénacle, les évangélistes la nomment la dernière.
L'estime qu'elle avait de l'humilité lui faisait même aimer les mépris : à quels cruels opprobes, à quels sanglants mépris ne s'exposa-t-elle Das pendant la douloureuse passion de son divin Fils?
Voilà ce que fut Marie : la plus humble des créatures. Tels elle désire que nous soyons. "Apprenez de moi," semble-t-elle nous dire, après son divin Fils Jésus, " apprenez de moi que je suis douce et humble de cœur."
La Vierge Marie est encore toute pure. Elle est le lis entre les épines; aucune tache n'a souillé son âme. Son esprit, pur de toute pensée terrestre, était sans cesse occupé à contempler le Dieu Suprême; son cœur, libre de toute affection vaine et passagère, était sans cesse occupé à aimer Dieu. La concupiscence n'atteignit jamais, pas même un instant, cette Vierge choisie pour être le temple vivant de l'auguste Trinité. Un ordre parfait régnait entre ses facultés supérieures et ses puissances inférieures, et celles-ci étaient constamment soumises à celles-là. Ici encore Marie est notre modèle et nous invite à lui ressembler. Il est vrai que nous avons hérité le péché de nos premiers parents et ses funestes effets, mais nous avons reçu la grâce de Dieu et le secours de Marie, et cette grâce et ce secours aidant, sous pouvons arriver à notre fin. Travaillons donc à vider notre esprit des pensées vaines et frivoles qui l'occupent, pour le porter vers le seul Bien, le Bien Suprême. Travaillons à vider notre cœur des affections mondaines, pour n'aimer, à l'exemple de Marie, que Dieu seul.
Gardons pur ce corps destiné, comme celui de la Sainte Vierge, à être le temple du Saint-Esprit; gardons purs ces yeux destinés à contempler Dieu éternellement; cette langue créée pour annoncer la parole divine et qui doit prononcer les paroles de l'absolution; ces mains destinées à porter le corps adorable de notre Sauveur, à l'exemple de la bienheureuse Vierge Marie. Enfin, soyons nous aussi un miroir vivant de pureté, non seulement pour nous-même, mais aussi pour les autres. La douce Marie est toute charité. Ego Mater fulchrœ dilectionis. Elle est cette lampe de laquelle il est dit qu'elle ne s'éteindra pas durant la nuit, non eœstinguetur in nocte lucerna ejus. La flamme de la charité brûlait toujours en Marie. Ego dormio et cor menm vigilat. Elle dormait, mais son cœur veillait toujours. Elle aimait son Dieu d'un amour supérieur à celui de tous les anges et de tous les élus réunis. Sans cesse, dans ses occupations comme dans son oraison, son cœur était élevé en Dieu; un seul cœur, un seul amour, un seul bien ici-bas l'enchaînait : ce cœur, cet amour, ce bien, c'était son Dieu. Oui, aimer Dieu, lui plaire et mourir, tel était l'unique désir de cette Vierge incomparable. A son exemple, nous devons aimer Dieu; nous devons mourir à tout autre amour pour vivre uniquement de l'amour de Dieu, pour aimer ce souverain Maître jusqu'au sacrifice de nous-mêmes.
Enfin, nous devons ne vouloir que ce qu'il veut, ne chercher que ce qui lui plaît, n'aimer que ce qu'il aime.
L'amour de Dieu est inséparable de celui du prochain. Ici encore la sainte Vierge Marie peut nous être proposée pour modèle. Quelle mère nous a plus aimés et nous aime plus que cette Reine d'amour? Elle nous a aimés jusqu'au sacrifice d'elle-même et de ce qu'elle avait de plus cher, de son doux Jésus. Non, elle n'a pas hésité à sacrifier pour nous son propre Fils. Aussi, à son exemple, devons-nous aimer notre prochain, nous sacrifier pour lui, s'il le faut. Nous avons été choisis pour continuer l'œuvre du divin Rédempteur, c'est-à-dire, la sanctification des âmes. Marie, elle aussi a pris part à cette œuvre pendant toute sa vie. Maintenant qu'elle est au ciel, elle continue son office de coopératrice dans cette œuvre sainte et sublime, et nous sommes ses ministres. Elle est donc encore ici notre modèle et nous devons suivre son exemple : comme elle nous devons brûler d'un saint zèle pour le salut des âmes.
Si nous imitons ainsi la Sainte Vierge dans toutes ses belles et saintes vertus dont elle nous donne l'exemple, nous pourrons êt(re siirs que nous avons pour elle une dévotion vraie et sincère, telle que Notre Père Saint Alphonse l'exige de tout Rédemptoriste. Cette dévotion sera pour
nous, pendant la vie, la source de nombreuses grâces et un gage assuré de notre prédestination au ciel. " Un enfant de Marie est un enfant du paradis."