CHAPITRE VII
Un mois après sa profession religieuse, le 9 octobre 1887, le F. Alfred Pampalon avait été promu à la tonsure cléricale et aux ordres mi-
neurs, dans Téglise de St Jean de Beauplateau, par Mgr Bélin, évêque de Namur.
La vie de solitude, d'étude et de prière qu'il menait au scolasticat était déjà une excellente préparation au sacerdoce.
Cependant l'année qui précéda son ordination fut tout spécialement absorbée par la pensée de la dignité sacerdotale, en même temps que par le souci de l'éminente sainteté qu'elle requiert.
Qu'on nous permette de reproduire en grande partie les prières qui nous révèlent le fond de son cœur en ces jours de bénédiction.
Une année avant son ordination, le frère Alfred commence à nous parler de la dignité du prêtre et de la sainteté qu'il doit avoir, dans une belle supplique adressée à l'Enfant Jésus.
A Jésus, le bien-aimé de mon cœur.
" 0 bon et très doux Jésus ! me voici prosterné à vos pieds. Je vous en prie, ne dédaignez pas les faibles prières du pauvre enfant que vous appelez à l'honneur de monter à l'autel.
O pontife saint, immaculé, que je suis loin de vous ressembler.
Vous êtes humble, et moi, je suis orgueilleux. Je vous en supplie, rendez-moi humble comme vous, ô le plus humble des cœurs! Vous êtes pur, sans tache, et moi je suis tout souillé. Ah! Seigneur, ne souffrez pas que je devienne
l'esclave du péché. Non, non, mais purifiez-moi, guérissez les plaies de mon âme.
0 aimable Jésus! vous m'aimez, et moi, j'ai honte de le dire, je ne vous aime pas. Je vous en prie. Seigneur, attirez mon pauvre cœur à vous. Faites de mon cœur et du vôtre un seul et même cœur. O Jésus, mourir à tout autre amour pour ne vivre que pour vous. Oui, je veux vous aimer jusqu'au sacrifice de moi-même et de tout ce monde pour ne vivre que pour vous.
Bon Jésus, il me reste à vous demander une bien grande faveur pour moi et pour mes confrères. Vous le savez, ô adorable Jésus! je commence l'année préparatoire au sacerdoce. Accordez-moi, je vous en supplie, la grâce de devenir un saint prêtre, un prêtre zélé pour sa propre sanctification, et pour la sanctification des autres, en un mot, ô Jésus! un prêtre selon votre cœur. Car, ô bon Sauveur! j'aimerais mieux mourir que de devenir un prêtre tant soit peu négligent, et c'est la grâce que je vous conjure de m'accorder, si vous prévoyez qu'un tel malheur doive m'arriver. Voilà, ô Jésus! ce que j'espère obtenir de vous, non seulement pour moi, mais aussi pour tous mes confrères. Ainsi j'espère. Ainsi soit-il.
O ma bonne mère Marie! intercédez pour moi auprès de votre divin Fils, et priez-le qu'il
daigne nous accorder les grâces que nous lui demandons.
Saint Joseph, ô notre puissant protecteur! priez pour nous.
Saint Alphonse, notre bon père, intercédez pour vos enfants."
Quelques jours après, pendant sa retraite du commencement de Tannée scolaire, il laissa parler encore une fois son cœur brûlant dans une prière sur le même sujet, mais déposée, celle-là, au pied de l'autel de Marie.
" Prière à ma bonne mère Marie, afin qu'elle m'obtienne de T Enfant- Jésus, la grâce de devenir Ui'i saint pi'èlre.
'■ O ma bonne mère Marie! vous le savez, le temps approche toujours où je dois devenir prêtre. Si c'est la sainte volonté de Dieu que je le devienne, je m'y» soumets de grand cœur. Mais, ô ma tendre mère! vous connaissez mieux que moi combien j'en suis indigne, très indigne et le plus indigne. Vu mes faibles dispositions, je n'oserais pas prétendre à une si haute dignité, si la confiance et l'amour que j'ai en vous ne m'inspiraient pas cette pensée que vous, qui êtes toutepuissante sur le cœur de Dieu, si bonne, si miséricordieuse, si charitable, m'aiderez à poser un si grand acte. Oui, ô bonne, ô tendre, ô douce Mère! vous le ferez, j'en ai la ferme confiance.
Pénétrez-moi donc des sentiments, dont vous étiez vous-même animée, lors de la Présentation de votre divin Fils au Temple et au pied de la croix, sur le Calvaire. Faites de moi un saint prêtre, un prêtre selon le cœur de Jésus et le vôtre. O douce Marie! obtenez-moi cette grâce. Vous êtes ma mère et je suis votre enfant et une mère aussi aimante ne peut rien refuser à son enfant qui la prie. Oui, tendre mère! J'ai pleine confiance que vous accorderez à mes bons confrères et à votre indigne enfant ces grâces que j'implore de votre bonté. Ainsi soit-il."
Votre enfant qui désire vous aimer
plus que tout autre.
F. Pampalon." • A la retraite de la semaine sainte, six mois avant son ordination, il se montre encore plus préoccupé de se disposer à la sublime dignité du sacerdoce. Ecoutons-le lui-même: "C'est le moment plus que jamais de me préparer à cet acte si important de l'ordination. Le bonheur de devenir un saint prêtre et, après mon ordination, de me conserver saint prêtre, mérite bien que j'emploie tous les moyens, quelques pénibles qu'ils soient, pour y parvenir.
Qui suis-je, mon Dieu, pour que vous daigniez me faire une si grande faveur? Ah! je le comprends, mes infidélités passées m'ont rendu indigne, très indigne et le plus indigne de cette grâce.
Eh quoi! Seigneur, j'irais abuser de ce grand témoignage de votre amour. Non !
Il n'en sera pas ainsi. Je veux devenir et demeurer toujours un saint prêtre pour pouvoir travailler plus tard très efficacement au salut du prochain.
Sache, ô mon âme ! ce qu'il en a coûté à Jésus pour te faire cette grâce. Il lui a fallu verser son sang, donner sa vie. Oui, c'est spécialement pour moi que ce bon Jésus est mort, afin que je devienne prêtre. Oh! quelle serait mon ingratitude, si je m'en rendais indigne. Ce serait fouler aux pieds le sang de mon aimable Sauveur. Oh! plutôt mourir que de me rendre coupable d'une si noire offense. O Jésus! une telle grâce n'a dû me venir que de votre côté transpercé pour mon amour. O précieuse lance qui m'a valu une telle faveur! 0 Cœur de Jésus! d'oii m'est venue cette grâce, ouvrez -vous de nouveau pour me recevoir, et fermez-vous ensuite pour ne plus me laisser sortir. Oui, je veux former un seul cœur avec le vôtre, offrir un même sacrifice avec luit un sacrifice d'anéantissement pour glorifier votre
Père Eternel et lui témoigner mon humble soumission, un sacrifice de victime pure et sans tache, un sacrifice de charité.
O Jésus! que je devienne comme vous une victime d'agréable odeur par mon anéantissesement, par ma pureté et virginité, par ma cha-
rite.
Maintes fois notre pieux lévite répète qu'il préfère " mourir plutôt que d'être un prêtre tant soit peu négligent." Négligent, il ne le fut jamais.
Ces nombreuses prières attestent suffisamment l'activité de son âme soucieuse de s'ouvrir aux grâces du sacerdoce. Aussi ses confrères étaient-ils édifiés et touchés de l'extrême dilfgence avec laquelle il s'instruisait des graves obligations du ministère des autels. Les moindres rubriques de l'office divin et de la sainte messe étaient l'objet de sa profonde vénération et de sa constante application.
En vérité, son préfet spirituel, le R. P. Strybol, a eu raison d'écrire: " Admirable fut sa préparation au sacerdoce : que de prières, que de mortifications! que de saintes absolutions reçues le plus souvent possible, dans le but de disposer son cœur déjà si pur à la grande et divine dignité du prêtre."'
En septembre 1892, huit jours avant son or-
dination, le P. Alfred nous exprime ses sentiments, plus vifs que jamais, sur le grand mystère qui va s'opérer en lui.
Il écrit : " 0 Jésus ! ô Marie ! ô Joseph ! me voici sur le point de commencer ma retraite préparatoire au sacerdoce. De quelle importance n'est-elle pas pour moi? Ah! vous le savez mieux que moi. C'est pourquoi, prosterné à vos pieds, j" implore votre secours tout-puissant. Sous vos auspices, je désire commencer cette retraite: sous vos auspices j'espère la continuer et la terminer. Je dois devenir prêtre et je ne le deviendrai qu'une fois, et cela pour mon plus grand bonheur ou pour mon plus grand malheur, suivant la disposition que j'apporterai à ce grand sacrement. Je le déclare, ô Jésus! ô Marie! ô Joseph! je le déclare en face du ciel et de la terre, j'aimerais mieux mourir à l'instant même que de devenir un prêtre tant soit peu négligent. Est-il possible que vous me refusiez votre assistance? Ah! non, vous êtes trop bons et trop aimants.
Cette retraite sera pour moi, comme je l'espère, la plus fructueuse de celles que j'ai faites jusqu'ici. Il est vrai, je ne suis que pauvreté, misère et indigence, indigne de toutes les grâces; mais cette vue, loin de me décourager, ne doit qu'augmenter ma confiance."
En vérité, ces belles prières nous le prouvent.
le pieux lévite était préparé par le Saint-Esprit lui-même et pouvait sans témérité incliner sa tête sous les mains du Pontife.