Un ange dans la famille
Hermine resta donc seule avec sa mère. Dès lors elle crut devoir redoubler de soins pour lui plaire et remplir auprès d’elle la place qu'avait laissée vacante le départ de sa bonne sœur. Vivement émue et édifiée du parti qu’avait pris Adine, plus que jamais, elle se promit d’être toujours bien fidèle à Dieu. Mais la pensée ne lui vint pas d'imiter sa sœur, et elle ne se sentait aucun attrait pour la vie religieuse.
Des personnes indiscrètes, touchées de sa grande piété, essayèrent bien à cette époque de l’engager à imiter Adine, mais ce fut en vain, et bien qu’elle prit dès lors la résolution de renoncer au mariage, elle n'avait pas la moindre volonté de devenir religieuse ; elle ne songeait qu’à rester dans sa famille afin de s’y dévouer à sa chère mère. Elle lui obéissait avec la plus grande promptitude et l'exactitude la plus parfaite. Elle était toute surprise lorsqu'il arrivait à ses petits frères de se montrer moins obéissants : ‘ Comment, disait-elle, maman n’aime pas que vous fassiez cela, et cependant vous le faites !”
Son amour pour sa mère croissait tous les jours ; elle n’était satisfaite que dans sa compagnie et ne voulait pas s'en séparer. À la maison, en voyage, en ville, à l’église, partout, elle voulait être avec sa mère; elle n’aimait à sortir qu’en sa compagnie.
Elle avait aussi l'affection la plus tendre pour madame Panet, sa vénérable aïeule, et une singulière prévenance pour deviner et faire ce qui pouvait lui être agréable. On se rappelle encore avec édification combien elle lui était dévouée pendant sa dernière maladie, avec quelle douce affection elle la servait. Son bonheur semblait être de lui
faire de pieuses lectures, de lui suggérer des oraisons jaculatoires. Les paroles de l’aimable enfant répandaient la plus douce confiance dans le cœur de cette bonne et pieuse dame ; elles inondèrent dé consolations ses derniers instants.
Touchée et édifiée des tendres soins que lui prodiguait sa petite fille, étonnée de l'élévation de ses sentiments, de sa confiance en notre Seigneur, de sa douce piété, la mourante ne put s'empêcher de s’écrier, que Dieu avait des desseins de prédilection sur son Hermine, qu'il se la réservait et en demanderait bientôt le sacrifice à sa mère.
Hermine avait aussi un grand amour pour ses frères et se montrait constamment empressée de faire ce qui pouvait leur être agréable et utile. Pendant les vacances, elle renonçait à tous ses goûts pour les animer aux jeux qui pouvaient les récréer. Aucun petit sacrifice ne lui coûtait, pourvu qu’elle pût éloigner d’eux même le plus petit danger de dissipation nuisible.
Elle alla jusqu’à étudier le latin pour aider son plus jeune frère à vaincre les premières difficultés de cette langue. Plus tard, dans sa piété, elle y voyait un autre avantage, celui de pouvoir, quand Dieu aurait rempli son vœu le plus cher, comprendre le saint office, qu’elle se réjouissait de réciter un jour.