Le Carmel réagit contre l'égoïsme moderne
Mais vous allez voir que le Carmel, qui est dans le monde une défense pour l’humanité, parce qu’il est une réaction contre l’égoïisme humain, est plus particulièrement une
défense pour notre siècle, parce qu’il est une réaction plus spéciale contre l’égoïsme contemporain.
Ce qui rend nécessaire dans l’humanité la réaction par le sacrifice, c’est la mort même de l’égoïsme. D’où il résulte que le spectacle du sacrifice et de l’abnégation devient d’autant plus salutaire et d’autant plus nécessaire à une société, que l’égoisme y a pris des proportions plus effrayantes. Or, dites-moi, l’égoïsme de votre temps, l’avez-vous bien compris ? Avez-vous vu passer, dans tous les rangs de la société, changeant ses formes, mais toujours dans son fond identique à luimême, ce monstre affreux de l’égoïsme contemporain ? Avez-vous vu son regard avide? Avez-vous senti son souffle froid ? Avez-vous mis la main sur son cœur dur P cœur d’airain qui ne s’émeut qu’au contact du métal vil et des grossières choses ?.... Moi je l’ai vu, je l’ai senti, l’égoïsme ; je l’ai regardé faire, et je me suis dit: Voilà le monstre qui nous ronge, en bas, en haut, au milieu, partout, il apparaît avec sa naturelle et repoussante attitude, le cœur fermé pour refuser, les mains ouvertes pour prendre, et partout, suivant ses sordides instincts, dévorant sa proie et se moquant de l’humanité.
Or, s’il en est ainsi, qui ne comprend que l’exemple du sacrifice et du sacrifice héroïque, nous est devenu plus nécessaire que jamais? Qui ne voit que, lorsque, dans un monde qui se refait païen, il y a un égoïsme grandissant tous les jours, pour rétablir l’équilibre et pour nous arrêter sur la pente où nous nous précipitons, il faut, dans le monde qui prétend être et démeurer chrétien, la réaction croissante contre l’égoïsme, c’est-à-dire lé progrès dans le renoncement, dans l’abnégation et dans le sacrifice ?
Ah ! lorsque nous voyons ce cancer honteux de l’égoiïsme humain envahir de plus en plus dans le corps social
tous les membres gangrenés, à mesure qu’ils se séparent du Christ qui fut leur vie, pourquoi ne verrions-nous pas le sacrifice, ce sel conservateur du monde, se répandre de plus en plus dans tous les membres que pénètre encore le souffle de Jésus-Christ ! Pourquoi n’aspirerions-nous pas à le voir se réaliser avec éclat dans sa forme la plus héroïque et dans ses personnifications les plus sublimes ? Et, tandis que l’égoïsme contemporain nous emporte à l’abîme par des courants désastreux, pourquoi ne verrionsnous pas le sacrifice, par des courants opposés, lutter contre le vaste torrent du siècle pour nous ramener au salut ?