‹ Une fleur du Carmel [microforme] (volume 2)Chapitre 146 sur 186 · THÉRÈSE DE JÉSUS RASSURE SA MÈRE SUR L'ÉTAT DE SA SANTÉ · texte numérisé non relu

THÉRÈSE DE JÉSUS RASSURE SA MÈRE SUR L'ÉTAT DE SA SANTÉ

Carmel de Reims, 10 Août 1873.

Bien chère et bien aimable maman,

Que le cœur plein d'amour de notre tout aimable Maitre nous embrase et nous console !

Comme vous serez contente de nous voir venir encore aujourd’hui causer un peu avec vous. C’est un privilége, ma très-chère mère, que vous avez de recevoir si souvent de mes nouvelles, et que vous devez à la grande distance qui nous sépare. Pour cette raison, mère chérie, notre bonne et chère Mère m’a dit qu’il nous sera permis de vous écrire tous les mois. Encore une fois, vous devez bien apprécier cette faveur qui ne s'accorde pas souvent au Carmel. Ma très-chère maman, votre dernière lettre, en m’apprenant que vous partiez pour Gaspé, m'a fait grand bien en ce qu’elle m’a fait espérer que vous ne viendriez pas cet automne à Reims. Car comment seriez-vous partie pour un endroit si éloigné devant n'y rester que quelques semaines et en revenir presqu'aussitôt afin de partir pour l’Europe ? Croyez-moi, très-chère mère, vous ne sauriez mieux faire que de demeurer chez nous cette année.

Quelquefois vous êtes encore inquiète par rapport à

ma vocation et à ma santé. Soyez donc sans inquiétude, chère mère, ce n’est aucun motif humain qui m’a amenée au Carmel et qui m’y fait rester. C’est le bon Dieu seul qui m'a appelée et qui m’y fera persévérer, soyez en persuadée.

Quant à ma santé, si vous saviez comme nos bonnes Mères ont soin de moi ; elles m'ont bien recommandé de ne ne pas prendre ce qui pourrait me faire mal, et je m'en garde bien, parce que je sais que je dois obéir. Je vais de mieux en mieux chaque jour, et surtout cette dernière semaine que notre bien-aimée Mère a bien voulu faire une neuvaine à la V. sœur Marguerite du St. Sacrement, religieuse Carmélite qui est sur les rangs pour être béatifiée, afin de m’obtenir du bon Dieu par son intercession, la santé nécessaire pour répondre à ses desseins sur mon âme. La preuve que je vous dis la vérité, c'est que ne suis pas obligée de me coucher, comme je le faisais chez nous, par la force du mal de tête. Et si vous saviez la bonté extraordinaire de nos bonnes Mères pour votre enfant, vous seriez bien tranquille. Ne craignez pas qu’on me fasse manger entre les repas et qu’on me donne des remèdes. Notre Révérende Mère pense comme vous qu’en général on en prend trop. Je vous en supplie, ne vous lamentez pas tant et pensez plutôt à remercier le bon Dieu de la grâce qu’il m’a faite.

Oh ! relevez votre courage par les pensées de la foi, et vous vous rejouirez au lieu de vous attrister en voyant votre enfant au port, en lieu de sûreté, toute à Notre- Seigneur, Vous n’avez plus à craindre pour son avenir les dangers du monde, Notre-Seigneur se charge de tout. Vous serez remplie de confiance envers le bon Dieu et vous vous direz que puisqu'il a appelé votre Hermine à

son service, il lui donnera la santé qu’il lui faut pour être : toute à lui.

Je vous envoie un petit souvenir. Ce sont quelques volumes sur l’'Eucharistie écrits par notre bon Père, Mgr. l'archevêque. Si j'avais le temps, je vous dirais bien des choses de Monseigneur, qui vous feraient voir comme il est bon. Lisez ses ouvrages, mais pas trop à là fois : travaillez à quelque ouvrage qui puisse vous occuper un peu ; distrayez-vous en voyant quelques bonnes dames de vos amies, cela vous fera du bien

L'heureux changement qui s'opère dans mon cœur dans la sainte Religion ne peut assez se comprendre. Je me sens si contente, si heureuse d’être débarrassée du monde où je vois tous les périls qui me menaçaient, que je ne puis assez remercier Notre-Seigneur de m'avoir appelée. Tous les jours, de plus en plus, mon bonheur s’'augmente parce que, de jour en jour, je découvre de nouveaux biens dans la sainte Religion. Mais il faut laisser là le sujet ; si je l’entame, il me faudra tout l'encre de l’écritoire, et encore y réussirais-je ? Je charge mon bon ange gardien de vous dire tout. Mais je ne sais s’il s’acquitte bien de mes commissions. Plutôt je ne doute

pas qu'il s’en acquitte, mais je crains que vous ne fassiez la sourde oreille à tout ce qu’il veut vous dire. Soyez donc bien attentive et bien sainte. Recommandez-vous de ma part aux prières des bonnes âmes. Je vous aime bien, malgré tout, très-chère et bien-aimée de mon cœur. Vous n’en doutez pas. C’est ce grand amour que je vous porte qui me fait vous gronder. Dites-moi si je vous ai fait de la peine.

Votre enfant vous embrasse, vous aime et vous aimera toujours, SŒUR THÉRÈSE DE JÉSUS.

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