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BONHEUR DE THÉRÈSE DE JÉSUS AU CARMEL

Carmel de Reims, 30 Septembre 1873.

Bien chère et bien-aimée maman,

Que la paix du Seigneur soit avec nous !

Qu’allez-vous dire, mère chérie, en recevant encore aujourd’hui une visite de votre petite Carmélite? Je pense que vous ne serez pas fâchée, que vous ne gronderez pas bien fort le porteur ou la porteuse de mes tendresses. Je suis un peu présomptueuse, n'est-ce pas, mère chérie ; mais je vous connais si bien, je sais si bien la vive affection que vous me portez, que je me donne facilement l’absolution de ma présomption.

La raison qui m’amène aujourd’hui auprès de vous, ma bien aimée mère, est tout intéressée ; c’est pour vous prier de m'envoyer de quoi fournir aux dépenses qui doivent être faites à l’occasion de ma prise d’habit.

L'heureux jour de ma prise d’habit approche, je ne pourrai pas avoir la douce consolation de voir à Reims, ma mère chérie. Le bon Dieu me réserve cette consola- . tion et cette joie pour un jour qui sera plus beau encore. Dans un an, j'aurai, je l'espère, le bonheur de faire ma profession religieuse.

Oh ! le beau jour que celui de la profession ! mère

chérie. C’en est déjà un bien beau que celui de la prise d’habit, que j'appelle de tous les vœux de mon cœur. Mais ce n’est encore que le commencement de l'union divine que l’Époux si cher de nos âmes veut bien contracter avec la pauvre petite Canadienne. Vous y serez, ma très-chère maman, à ce beau jour de ma profession ; oui, vous y serez, soyez persuadée que le bon Jésus ne vous refusera pas cette si douce consolation de présenter au bon Dieu votre fille pour qu’elle devienne son Épouse. Votre petite fille ne vous la refusera pas, cette grâce, et vous invite déjà d'avance pour ce jour si désiré. Vous verrez alors, ma très-chère mère, que je ne vous trompe pas en vous disant qu’on est heureux en religion.

Vous verrez comme mon cœur commence à être grand et large depuis que j'ai le bonheur d’être dans ces murs bénis. Que de choses on découvre tous les jours, que de développements l'affection prend ! Je croyais vous aimer beaucoup, ma très-chère mère, et je m'aperçois que je ne vous aimais guère en comparaison de la nouvelle affection qui va toujours croissant dans mon cœur pour la meilleure et la plus tendre des mamans. Que de biens, que de grâces, je désire pour vous! Oh! si vous les connaissiez toutes... !

Dites-moi bien des choses dans votre prochaine lettre, mère bien-aimée, répondez donc plus en détail à mes lettres, je vous prie.

Réjouissez-vous bien, là-bas, en ce beau jour de ma prise d’habit, en union avec la petite novice. Comme il faut que tout le monde soit en fête, si vous voulez bien faire une aumône pour moi aux pauvres, ils prendroni part à ma joie. Je vous en serai bien reconnaissante.

Adieu, mère chérie, je vous quitte pour aller vous rejoindre dans le Sacré-Cœur pendant les Vêpres qui vont commencer. Je ne vous dirai jamais assez combien je

vous aime. J'ai terminé ce matin l’oraison de trente ours que J'ai faite pour vous.

Mes bien aimés frères,

Je ne puis laisser partir cette letire sans vous dire un petit mot, sans vous dire que je vous aïme et que je vous

aimerai toujours de plus en plus.

Réjouissez-vous bien avec moi de mon bonheur ! Mon bon ange m’a inspiré une pensée, une espérance que je ne puis vous cacher. Oh ! mon Jésus ! me suis-je dit, comme le bonheur de ce beau jour serait augmenté si je savais que mes frères bien-aimés vous recevront, et qu’ainsi tous nous nous réunirons dans votre Cœur Sacré. Jai le préssentiment que ce désir sera réalisé. Est-ce que je me trompe? Votre petite sœur vous invite. Priez pour qu’elle devienne une sainte Carmélite.

Ma bonne petite mère, voudriez-vous faire dire la sainte messe pour moi le 13 octobre ? Veuillez aussi demander à mes petites cousines de faire leur communion, ce jour- À, pour leur cousine. Priez afin que je profite des grâces sans nombre du bon Dieu sur ma pauvre âme.

Nos bonnes et bien vénérées Mères me chargent de leurs saluts et amitiés pour la mère chérie de leur petite Canadienne, pour laquelle elles sont mille fois trop bonnes, car elle est si imparfaite et doit leur donner tant d'ennui. Je leur dis quelquefois qu’à leur place je la mettrais bien vite à la porte. Je ne mérite pas d’être dans cette sainte maison. C’est trop de bonheur pour une misérable comme moi. Priez, mère bien-aimée, pour que je ne sois pas une ingrate.

Votre fille bien dévouée et bien heureuse,

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