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LA FLEUR DU CARMEL EXHALE SON PLUS DOUX PARFUM

(Relation des Carmélites.) 1. Fête d'une Mère.— Le bouquet vivant.

Dès les premiers instants de son séjour parmi nous, nous pûmes apprécier tout ce qu'il y avait d’aimable et de délicat dans le caractère de ma sœur Thérèse de Jésus ; dès lors aussi, nous sentions nos cœurs s'attacher doucement à cette chère petite sœur que Notre-Seigneur nous donne't ; oh ! qu’elle va mettre de joie parmi nous, ous répétions-nous l’une à l’autre, et chacune avait à die un petit mot qui venait confirmer l'opinion de toutes.

C'était justement l’époque où, depuis plusieurs années, le Cœur de Jésus rassemble notre petit Carmel près de notre Révérende et Mère bien-aimée, et où, sous le regard de ce bon Maître, nous faisons en son honneur une de ces fêtes de famille, qui resserrent toujours la douce union de nos cœurs. Rien ne fait rêver au Ciel comme ces jours bénis ; on sent un courant de paix, de joie, d'affection, qui ne peut être qu’un écho de la patrie ; chacune a besoin d’épancher sa reconnaissance et de redire bien haut ce qu’elle confie si souvent à Jésus, dans le secret de la prière : il y a ce jour là des fleurs et des chants, il y a surtout l'harmonie des âmes et le sourire de Jésus... C’est plus qu’il n’en faut pour être heureuse !

Mais cette année, un charme nouveau s'y ajoutait : notre chère petite Canadienne était là, et sa présence donnait encore quelque chose de plus frais à notre fête. On aimait à la rencontrer avec son aimable sourire, prenant avec un cœur si joyeux et une activité si charmante sa part dans n2s modestes préparatifs. O ma Mère, quel beau petit bouquet vivant Notre Seigneur vous envoie, disait une de nos sœurs à notre Révérende Mère... Un bouquet vivant ! cette heureuse pensée fournissait un thème ; il fut bien vite accueilli et mis à exécution. On revêtit la chère enfant des livrées du Carmel qu’on avait ornées de fleurs ; son voile, son scapulaire en étaient gracieusement parsemés, et c’est ainsi parée qu’elle fit son entrée dans la salle où nous attendions notre révérende Mère.

Elle devait rester cachée par trois des plus grandes d’entre nous jusqu’au signal convenu.

Jésus Enfant avait été choisi comme protecteur de cette petite fête: il la présidait dans un berceau de verdure, et c’est à lui que s’adressaient nos chants et nos vœux pour notre Mère bien-aimée...

Regardez ici dans la plaine

Les anges descendus des cieux,

Redisant à perte d’haleine

Ce cantique mélodieux : Gloria in Excelsis Deo.

Leur hymne en ce jour d’allégresse Trouve un écho dans ce Carmel, Et notre voix avec ivresse Entonne leur joyeux noël :

Gloria in Excelsis Deo.

Jésus vient vous fêter, ma Mère, Il vient sourire à nos accents, Et sa présence tutélaire

Rend encore ce jour plus charmant :

Gloria in Excelsis Deo.

Mais de sa divine visite Sachons recueillir les douceurs ; Voyez, son regard nous invite A solliciter ses faveurs :

Gloria in Excelsis Deo.

Oui, pour notre Mère chérie

Entourons le divin Enfant,

Et de sa tendresse infinie

Réclamons les plus doux présents :

Gloria in Excelsis Deo.

C’est que seul il peut, le bon Maître Payer la dette de nos cœurs ; Nul autre ne peut reconnaître

Tant de soins, d'amour, de labeurs :

Gioria in Exceisis Deo.

Oh ! c’est lui qui nous l’a choisie !

Il la voulait sur ce Carmel, Arrosant la vigne chérie De ce jardin béni du ciel :

Gloria in Excelsis Deo.

Et nous, fleurs du divin parterre

Puissions-nous après tant d'amour,

Toujours consoler notre Mère

Et pour Jésus croître toujours :

Gloria in Excelsis Deo.

Et puis un jour dans la patrie

Comme les anges, les élus,

Avec notre Mère chérie

Nous redirons près de Jésus :

Gloria in Excelsis Deo.

Pendant qu’on chantait ce cantique, notre bonne Mère cherchait des yeux et réclamait sa petite Canadienne.

Mais la petite Canadienne se cachait plus encore et ne soufflait mot ; seulement cette sollicitude maternelle éveillait sur ses lèvres un sourire de reconnaissance et de

bonheur. let Enfin, le signal fut donné... Il nous semble encore d’e voir l’élan joyeux de notre sœur et la simplicité charmante Th avec laquelle elle saluait notre Mère, pendant que nous vol chantions ces couplets improvisés en‘hâte pour la circons- n’a tance : Ma AR : Il est né le divin Enfant. oh

elle

REFRAIN. bras

men

Ah ! déjà le divin Enfant C

Vient exaucer notre prière... craig

Oui, déjà le divin Enfant pesa

Vous offre ce joli présent ! déch,

C'est dans un autre continent

Que naît cette fleur printannière ; C’est dans un autre continent Qu'on trouve ce bouquet charmant.

Jésus pour cultiver ce plant Vous réclame, ma bonne Mère, Jésus pour cultiver ce plant Choisit le cœur le plus aimant.

Accourez, cher bouquet vivant, Embrassez notre tendre Mère, Accourez, cher bouquet vivant Sur ce cœur qui vous aime tant.

Justement, quelques jours avant, on nous lisait une lettre dans laquelle une Ge nos sœurs était chargée d'embrasser notre Mère. (Ce qu’entendant ma sœur Thérèse de Jésus, elle nous dit tout bas: “Oh! que je voudrais bien recevoir une pareille commission !” Nous n'avions garde d’oublier son désir en cette belle occasion. Mais il nous faut renoncer à dépeindre son transport en ce moment ; il faut l'avoir vue pour se figurer combien elle était gracieuse et affectueuse en se jetant dans les bras de cette Mère bien-aimée qui l’enlaçait si tendrement aussi !

C'était une des plus chaudes journées de l'été, et nous craignions que nos lourds vêtements ne fussent bien pesants pour ses membres délicats ; aussi voulait-on l'en décharger bien vite ; mais son regard suppliant implorait

une prolongation que notre Révérende Mère ne put lui refuser : elle conserva donc toute la journée le Saint- Habit. On est si bien, disait-elle, sous la bure du Carmel.

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