‹ Une fleur du Carmel [microforme] (volume 2)Chapitre 165 sur 186 · Son affection pour nos Mères · texte numérisé non relu

Son affection pour nos Mères

Comment exprimer le grand esprit de foi, le respect et surtout la tendre affection de notre chère petite sœur Thérèse de Jésus, pour nos bonnes Mères !… Cette douce intimité des enfants avec leur bonne Mère, qui est la plus douce jouissance du Carmel, en :nême temps que la plus grande sécurité pour l’âme, elle l'avait sentie dès le premier instant de son arrivée. Plusieurs fois, dans ces petites causeries que la règle permet à certains jours

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de licence, elle aimait à nous dire: “ Ma chère petite mère craignait beaucoup pour moi que je ne souffrisse, tout au moins dans le commencement, de me trouver avec des personnes étrangères ; car je ne m’ouvre pas facilement avec quelqu'un que je ne connais pas beaucoup. Mais bien au contraire, aussitôt que j’eus vu nos bonnes Mères, je me suis trouvée à l'aise avec elles, comme si je les eusse toujours connues ; elle avaient déjà té bien bonnes pour moi, mais je ne m'attendais pas à un si grand bonheur ; c’est la grâce qui fait cela...

Oh ! si ma petite mère le savait !.. Mais, lui répondions-nous, vous ne manquerez certainement pas de le lui écrire, car cela doit lui être une vraie consolation ?— Je le lui écris bien, ma sœur, mais il y a des choses qu’on ne peut pas écrire telles qu’elles sont.”

Puis nous aimions toutes les deux à fouiller dans la mine que le bon Dieu a mise pour nous dans ce cher Carmel. Elle était frappée de la grande union qui unit nos deux Mères ; d’un côté la grande déférence de notre Mère pour notre Maîtresse, et de l’autre, notre chère Maîtresse paraissant comme une petite novice devant notre bonne Mère ; et elle nous racontait de petits traits qui nous édifiaient bien l’une et l’autre. Toujours elle redisait leur bonté “ pour la petite Canadienne” ainsi qu'elle s'appelait gracieusement, tous leurs soins, (beaucoup trop grands, disait-elle, pour sa santé si délicate), leur grande patience à écouter et à recevoir nos petites confidences, comme si rien n'eut pu être plus intéressant pour elles, etc., etc. Son refrain était: ‘“ Que nous avons de bonnes Mères !.. Oh ! que c’est beau, les affections de l sainte Religion ?”.. Un jour à la récréation, elle nous dit avec un accent que la vérité des sentiments peut seule donner aux paroles : “ Ma chère sœur, remerciez bien le bon Dieu pour moi, je vous prie, car il m'a fait hier une

bien grande grâce”... Puis un peu après, elle me glissait à l’oreille un petit mot : “ J'ai appris à connaître davantage notre Mère. Oh! demandez que je devienne obé.ssante comme un petit enfant, et que je sois bien ouverte, car je ne le suis pas assez, je fais de la peine à nos bonnes Mères ;” et sa petite figure devenait si triste, toutes les fois que ce scrupule lui traversait l’esprit ! Que de fois elle nous faisait prier à cette intention! Il était convenu avec elle que quand l’une ou l’autre s’apercevrait que sa compagne allait en direction auprès de notre bonne Mère ou de notre chère Maîtresse, elle ferait une petite prière pour qu’elle retirât de sa visite tout le bien

possible.

La chère enfant était tout étonnée de rencontrer des cœurs si affectueux, des âmes si aimantes. Dès les premiers jours, elle était à l’aise et bientôt 1l lui sembla qu’elle avait toujours vécu dans la Communauté, où elle se sentait précisément à sa place. Le tendre dévouement de ses Mères du Carmel, les soins dont elle était l’objet de leur part, excitaient en elle une profonde reconnaissance. On ne saurait rendre avec quelle expression elle disait ces simples paroles : “ Chère Mère!”

Elle se sentait l'enfant de la maison et répondait par la plus sincère affection à celle qui lui était témoignée. Elle estimait et chérissait toutes ses sœurs sans exception : attentive et prévenante, c'était pour elle un vrai bonheur de rendre un léger service. Elle n’en laissait pas échapper l’occasion. Elle eût voulu partager tous les travaux, prendre pour elle les plus difficiles, si sa faiblesse le lui eût permis. Aussi ne voyait-elle qu'à regret les autres s’y livrer, tandis qu’elle-même devait s’en abstenir par obéissance.

Dans plusieurs occasions, elle demanda à suppléer quelques sœurs souffrantes, qui ne pouvaient faire la lecture au réfectoire. “ Je suis la mieux portante de la Communauté,” disait-elle. ‘Et le mercredi qui précéda sa mort, elle sollicitait encore cette grâce pour la semaine suivante. Pauvre petite! Elle ne devait plus passer avec nous la journée du lundi !...

Les récréations avaient pour elle un charme tout particulier. Sa douce gaieté, sa simplicité, ses réparties aimables, pieuses et spirituelles en faisaient souvent le charme. Le lendemain de sa prise d’habit, elle vint saluer chacune de nous, avec le plus gracieux sourire : elle venait se montrer, disait-elle toute glorieuse et fière des saintes livrées de Marie, sa tendre Mère. Tout ce qui se pratiquait à son cher Carmel l’enchantait ; on l’entendait redire à tout propos : “ Oh ! que c’est beau cela ! oh ! que c’est beau !” et toujours ces paroles revenaient sur ses lèvres.” On comprenait dans son regard qu’elles jaillissaient de son cœur. Rien ne l’étonnait ; elle trouvait ce qu’elle avait cherché, ce qu’elle avait rêvé.

Nous nous étonnions de trouver dans cette jeune âme une telle abondance de l'esprit du Carmel; le divin Maître l’y avait imprimé lui-même, et du nouveau monde elle nous arrivait, toute formée, pour ainsi dire, à cet esprit, que d’autres ont tant de peine à saisir. La lumière intérieure lui faisait deviner ce qui devait se pratiquer, ce qui devait être évité pour vivre en vraie Carmélite.

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