‹ Une fleur du Carmel [microforme] (volume 2)Chapitre 167 sur 186 · Mortification de Thérèse de Jésus · texte numérisé non relu

Mortification de Thérèse de Jésus

Notre chère enfant s'élevait avec un grand courage au-dessus des faiblesses de sa petite et frêle constitution : elle craignaiït toujours de trop s’écouter, de donner trop à la nature, et plus d’une fois elle fut reprise pour avoir né-

gligé les précautions ou les soulagements qu’on avait crus nécessaires.

Habituée chez elle à une vie très-douce et très-facile, elle dut beaucoup souffrir du changement si complet qui se présenta pour elle au Carmel; mais rien n’étonnait son courage, et si on l’eût laissée faire, elle aurait embrassé tout d’un coup les austérités de la règle et au-delà, comme plus d’une fois elle en sollicita la permission. La nourriture commune et grossièrement apprêtée lui paraissait trop agréable. Elle la trouvait excellente et se reprochait sans cesse sa sensualité, disait-elle, sa gourmandise.

Les malaises que ses fréquents maux de tête lui occasionnaient, n'étaient pas capables de l'arrêter ; elle remplissait, quand même, tous ses petits emplois, en particulier l'office des lampes et chandeliers, à l'exemple de saint Louis de Gonzague. Elle était très-active, ne perdait pas un moment, et nous assurait que l’exercice dissipait ses petites souffrances habituelles. Les premiers froids lui furent fort sensibles, et néanmoins il fallait veil-

ler sur elle pour la faire vêtir et chauffer autant que le besoin le demandait.

D’elle-même elle eût craint de se trop préserver contre k souffrance. En toute rencontre, elle se demandait si une Carmélite ferait telle ou telle chose, et la réponse :a plus sévère lui semblait devoir être adoptée.

Quand, une huitaine de jours avant sa mort, nous remarquâmes le prompt et extraordinaire amaigrissement qui fut le début de sa maladie, ou plutôt qui signala la

dernière période d’un mal qu’elle portait depuis longtemps, notre Révérende Mère fit appeler monsieur notre médecin. Ilconseilla l'usage d’aliments gras ; mais la physionomie de la pauvre enfant prit une telle expression de douleur qu’il n’insista pas davantage, persuadé que la violence qu’elle devrait se faire pour obéir à cette prescription lui serait plus nuisible que le remède ne pourrait lui être utile. Pourtant, le bouillon gras fut adopté. Toutes les pratiques de pauvreté de la sainte Religion, si nouvelles pour elle, la remplissaient de joie. Se priver de toutes les choses de la terre autant que possible, pour posséder Jésus et avec lui les trésors célestes, quel bonheur ! son cœur l’avait compris : “ J'aime tant la sainte Pauvreté maintenant, disait-elle ; autrefois je ne la comprenais pas. Et son amour pour Jésus, le désir de lui plaire en ;’imitant, la portait à la pratique de toutes les vertus religieuses avec un entrain, une bonne volonté, un élan de toute son âme.

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