‹ Une fleur du Carmel [microforme] (volume 2)Chapitre 87 sur 186 · Entretien sur différents sujets · texte numérisé non relu

Entretien sur différents sujets

Québec, 18 Juin 1871.

Aujourd’hui étant le jour du repos, j'en profite pour me reposer bien agréablement en venant causer un peu avec vous. Je me suis bien ennuyée depuis mon départ.

Les séparations me sont toujours aussi pénibles, ce qui me fait voir que je suis encore bien éloignée de la perfection, puisque je ne puis supporter qu'en murmurant les peines que le bon Dieu m'envoie.

Hier a eu lieu le service anniversaire pour le repos de l'âme de ma chère grand'maman. Je me suis beaucoup reprochée de ne vous avoir pas écrit avant pour vous l’annoncer, Car vous auriez uni vos prières aux nôtres en ce

jour pour ma chère grandmaman. Qui sait si elle ne souffre pas dans le purgatoire ?

Ma pauvre maman a bien des peines. Je vous prie, mon Père, de demander au bon Dieu qu'il lui envoie quelques consolations, afin qu’elle soit rassurée et qu’elle s'approche ainsi avec plus de confiance de notre bon maître.

Vous m'avez recommandé de vous dire si je suis rassurée maintenant au sujet de ce qui me troublait lors de mon départ de Montréal. Mon bon Père, vous m'avez tout-à-fait calmée. Je remercie le bon Dieu, qui vous a inspiré de venir me parler ; car j'étais alors bien triste par la crainte d’avoir écouté un orgueil secret en vous adressant cette question sur l’état de mon âme.

L’explication que vous m'avez donnée m'aide beaucoup à comprendre la lettre, que vous m’écriviez au mois de décembre dernier. Je ne manque pas de répéter souvent l’oraison jaculatoire : “ © Jésus, mon divin époux, bénissez mor !/” et j'y trouve beaucoup de consolations.

Je demande à Notre-Seigneur de me faire bien comprendre et apprécier la grâce qu’il m'a faite, et surtout je lui demande la conservation de cette grâce.

Vous m'avez dit une parole, pendant que j'étais à Montréal, que je n’ai pas bien comprise et qui m’embarrasse. Vous m'avez dit qu'avant tout on doit régler ses affections,

et faire par conséquent son examen sur ce sujet. Je me demande maintenant quelles sont ces affections ? Comment dois-je ies régler ? Comment faire mon examen sur ce sujet ? Comme je connais votre bonté et la complaisance avec laquelle vous voulez bien répondre à ce que je vous demande, je prends la liberté de vous prier de m'expliquer un peu ce que c’est que régler ses affections, comment je dois faire mon examen sur ce sujet afin que je puisse le faire comme vous me l’avez conseillé.

J'attends avec un vif plaisir l'automne prochain, cet automne qui me procurera une si belle retraite. J'espère que le bon Dieu fera en sorte que mes désirs se réalisent.

12. La pensée du ciel. —Projet d’un voyage en Floride. Québec, 30 Juin 1871.

J'ai lu avec une grande joie votre excellente lettre du 21 juin, dans laquelle vous me dites que vous avez prié pour moi le jour de la fête de saint Louis de Gonzague, et que vous m'avez mise sous la protection de ce saint, ainsi que sous celle de saint Stanislas. Assurément je devrais être remplie de confiance pour l'avenir, ayant au ciel de si glorieux protecteurs. Et ma chère grand’maman et ma bien-aimée sœur Adine ne sont-elles pas aussi mes protectrices ? Depuis que vous m’assurez si fortement qu’elles sont au ciel, j'ai cette confiance qu’elles me protégent et je me sens portée à les invoquer. C’est une chose bien consolante que de considérer la mort sainte de tous mes chers parents. Quand je pense à ces précieuses morts, j'espère que, nous aussi, nous ferons une bonne mort, puisque nous avons au ciel tant de chers parents, qui, j'en ai la confiance, ne nous oublient pas auprès du bon Dieu.

Vous me dites, mon vénéré Père, que vous aimez à penser souvent au ciel Moi aussi, j'y pense souvent, mais c’est surtout quand il me vient des tristesses et des ennuis que ma pensée s'y transporte plus vivement, ce qui me fait croire que les peines sont utiles pour nous élever au-dessus de cette pauvre terre. Mais, mon Père, quand donc parviendrons-nous à ce beau ciel? Hya tant de choses à faire pour le gagner ! quand je regarde la belle image de la très-sainte Vierge que vous m'avez don-

née, je prie cette bonne mère, qu’elle nous obtienne de beiles places dans le paradis.

Maman. prend de tous côtés des informations pour le prochain voyage en Floride. Nous nous effrayons quelquefois à la pensée des dangers d’un si lointain voyage ; mais il faut espérer que le bon Dieu et ses saints anges seront avec nous. Si nous profitons de ce voyage, nous devrons y acquérir un grand abandon à la divine Providence, car nous aurons souvent à produire des actes de cette vertu quand nous aurons des inquiétudes et des frayeurs.

Je ne manquerai pas de réciter tous les jours à saint Louis de Gonzague et à mes autres saints patrons, les prières que vous m'avez données. Vous avez une part toujours grande dans mes prières : j’aime bien à faire des actes de conformité à la sainte volonté de Dieu.

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